Sans titre

novembre 19, 2017

tweet antisémite filoche

 

« Je me vois la victime d’une connerie de tweet »

G. Filoche, sur Libe.fr

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Vae Victis!

novembre 13, 2017

Barbares -Ernst

Le 13 septembre dernier, Caroline Galacteros, docteur en science politique et polémologue (c’est savant, et ça signifie spécialiste en guerres et conflictualités en tous genres, ce qui tombe d’autant mieux que madame est colonel au sein de la réserve opérationnelle des armées) livre un article paru sur le site internet du Figaro, et traitant de la situation du conflit syrien comme des modalités de reconstruction d’un ordre politique dans ce pays-martyre alors que la chute de Raqqa s’annonce imminente, et avec elle la quasi disparition de l’Etat Islamique en Syrie et au Levant, du moins sous la forme étatique et territorialisée (désolé, mais je n’ai toujours pas intégré ce terme de « Daesch », qui convoque davantage en moi le souvenir d’une célèbre marque de lessive que la réalité présente de décapitations en direct TV).

Autant le dire tout net : d’un point de vue géopolitique, l’intérêt de l’article est à peu près nul (mais je vous en laisse juge), si ce n’est pour l’art que l’auteure déploie à y aligner poncifs et jugements politiques… disons… bien peu étayés, le tout généreusement enduit de considérations géopolitiques dignes d’un épisode des Guignols de l’Info.

Pourtant, à bien y regarder, cet article est intéressant. Passionnant même. Non pour le message que l’auteure tente péniblement d’y faire passer (le gentil Bachar El-Assad, résiste héroïquement aux pressions occidentales qui tentent depuis des millénaires -ou des millions d’années, ce n’est pas très clair- de faire exploser la Syrie dans le but de s’emparer de son pétrole, de son uranium, de sa recette unique de chipolatas aux herbes de Provence, et réussit contre toute attente à préserver l’unité de son pays menacée par les terroristes islamistes stipendiés par les Etats-Unis, Israël, l’émir du Qatar et la Papouasie Nouvelle Guinée). Non, ce qui est intéressant dans l’article de Galacteros, c’est précisément ce qu’elle n’y dit pas ou, plus précisément, ce qu’elle se contente d’effleurer l’air de rien, supposant sûrement une communion de vue entre ses lecteurs et elle, mais qui n’en structure pas moins idéologiquement l’ensemble de son propos.

Partons donc sur les chemins d’un argumentaire aussi simpliste que dévoyé, sur le cadavre d’un pays livré par ses propres dirigeants aux abominations d’une guerre sans nom…

 

  1. Elégie des faits alternatifs

 

Alors donc, après des débuts plutôt convenus, quoique un brin ampoulés sur la forme, rappelant la dimension internationalisée de la guerre civile syrienne et les jeux d’intérêts portés par les différentes parties en présence, Galactéros entre dans le vif du sujet… dont on se rend bien vite compte qu’il ne consiste pas tellement à analyser la situation du conflit syrien ni les modalités possibles de recréation d’un ordre politique apaisé, mais plutôt à se lancer dans une diatribe contre la diplomatie française en Syrie depuis 2011. Après tout, pourquoi pas ? On ne peut guère que constater l’échec à peu près parfait de la position défendue par la France de Hollande/Fabius (démocratisation/départ de Bachar El Hassad), échec qui se traduit très concrètement aujourd’hui par la place modeste de la France –et plus largement des pays occidentaux, Etats-Unis compris- dans les forces impliquées dans la victoire militaire contre l’EI, et dans les mécanismes de reconstruction politique du pays.

Carte-des-réfugiés-syriens-2015-01-01.png

Pourtant, l’argumentation déployée au service de la thèse de Galactéros étonne, autant sur le fond de l’argumentaire que sur  sa manière de soutenir des affirmations péremptoires et bien peu étayées avec un aplomb remarquable.

Commençons donc :

« L’homme «qui ne méritait pas d’être sur Terre» selon un ancien ministre des affaires étrangères? Toujours au pouvoir, auréolé de sa résistance victorieuse à une pression extrême impuissante à le faire tomber. »

A l’image de cette citation, toute la première moitié de l’article consiste en un jeu de questions/réponses dont on imagine que les premières émanent de ceux-là mêmes qui sont dénoncés par Mme Galactéros, quand les réponses lui permettent de préciser sa pensée. Le procédé permet à l’auteure non seulement de livrer sa vision du conflit, mais surtout de mettre dans la bouche de ses contradicteurs imaginaires un pot-pourri des propos les plus caricaturaux possibles, propos qu’elle réfute avec d’autant plus de facilité. C’est vieux comme le monde (disons comme Platon), mais ça semble toujours fonctionner, ne serait-ce que pour mettre en avant à peu de frais ses propres thèses.

Arrêtons-nous donc sur première cette citation… L’expression malheureuse « l’homme qui ne méritait pas d’être sur Terre » désigne bien évidemment Bachar El-Hassad, président de la République arabe de Syrie depuis le 20 juin 2000. Elle est de Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères d’opérette  – celui-là même auquel nous devons le terme de « Daesch » repris ensuite en cœur par les médias français[1]. Et en effet, pour un ministre des Affaires Etrangères, elle est particulièrement stupide. Mais s’il n’est pas question d’annihiler le dictateur syrien (quoique) ou de lui décerner un brevet d’existence au mérite (qui es-tu, Lolo, pauvre mortel, pour décerner ainsi des brevets d’existence au mérite ?), est-il pour autant nécessaire de courir le marathon des honneurs en sens inverse et de couronner le boucher syrien des lauriers de la résistance ? Non mais sans blague : « auréolé de sa résistance victorieuse », c’est quand même le genre de poncif de commentateur de rugby à 15 dont la Boucherie Ovalie fait son miel chaque semaine.

Pourtant, on aurait tort de s’en tenir à ces badinages, car l’usage du terme « résistance » est révélateur. Que désigne la résistance, si ce n’est le combat, injuste et inégal, du faible contre le fort, du résistant contre la dictature ou la mainmise étrangère ? Sauf qu’ici, le « résistant » n’est pas le rebelle, c’est le chef d’Etat. Le « résistant » ne vit donc pas dans des conditions précaires au cœur de la forêt, dans des cavernes en plein désert, jonglant de place en place pour fuir l’armée régulière de l’oppresseur. Non, il se repose confortablement dans son palais sécurisé, appuyé par son armée, ses services de sécurité et l’aviation de la troisième puissance militaire du monde. Mais d’un revers de main rhétorique, voilà ce chef d’Etat transformé en « résistant » et, finalement plus important, ses adversaires transformés, eux, en oppresseurs. Ce genre de détournement sémantique n’est pas l’apanage de la propagande syrienne : du général Franco aux anciens génocidaires rwandais[2], la plupart des régimes autoritaires ont eu recours à une rhétorique qui leur permettait ainsi de retourner l’interprétation du réel contre le réel lui-même, et de passer pour les agressés quand ils étaient les véritables agresseurs, mobilisant chez leurs partisans des ressources affectives qu’une position de pouvoir trop évidente aurait taries (Moubarak et Ben-Ali auraient pu s’en inspirer…)

Que le régime syrien soigne sa légitimité blessée par cet artifice rhétorique, quoi de plus naturel ? Après tout, à part ce brave Fabius, nous pouvons admettre que même les pires crapules aient le droit de souhaiter survivre. Mais que Mme Galactéros, experte en polémologie et docteur en sciences politiques prenne cet artifice pour argent comptant et le retranscrive tel quel dans un grand journal français, c’est… étonnant. Comme l’est le fait de recourir au terme hautement subjectif de « résistant » quand elle aurait pu  utiliser le vocabulaire qui doit être le sien devant ses étudiants, en parlant par exemple de « stratégie du faible au fort » dans le cadre d’une guerre asymétrique (bien sûr, il est alors plus difficile d’expliquer pourquoi le « faible » possède le territoire, l’aviation et les divisions blindées pendant que le « fort » ne possède que des armes légères et des portions de territoire).

Etonnant, donc, s’il s’agit d’expliquer, d’analyser, d’anticiper. Beaucoup moins étonnant en revanche s’il s’agit de recracher tel quel, sans recul scientifique aucun, l’élément essentiel de la propagande syrienne depuis 2011 : le président Bachar El Assad lutte contre d’odieux et surpuissants terroristes. Chercher à le renverser, c’est souhaiter le triomphe de la barbarie et du chaos. Pour sa défense, Caroline Galactéros n’est pas la première à assumer cette position : n’est pas polémologue qui veut.

La reste de la première partie de l’article est une suite d’affirmations péremptoires mâtiné de considérations géostratégiques fondées, mais présentées sans approfondissement aucun.

En voici deux exemples :

« L’armée syrienne exsangue, incapable, composée uniquement de milices étrangères? Une force incroyablement résiliente et désormais très aguerrie en contre-guérilla. »

Tellement résiliente que la reprise de Raqqa n’est pas de son fait, même en tant qu’invitée d’honneur, puisque les forces kurdes sont seules responsables de cette débâcle de l’Etat islamique, comme s’en inquiètent d’ailleurs jusqu’aux sources pro-russes et pro-régime El-Assad. Une armée syrienne par ailleurs réduite à 50 000 hommes effectivement sous les drapeaux contre 200 000 avant la guerre civile, et de toute façon bien en peine de recruter puisque l’évitement du service militaire est l’une des premières causes d’émigration des jeunes syriens depuis 2011. Nous sommes bien loin des temps de la Nation en danger. Enfin, une armée syrienne tenue à bout de bras par 20 000 combattants du Hezbollah encadrés par des généraux iraniens et soutenue par l’aviation russe.

« Bachar el Assad, qui, avec la Russie, ne combat pas l’EI et en est même carrément le créateur? Un homme dont l’armée et ses alliés, après avoir réduit à ses portes ses avatars -al Nosra et consorts- cherche sans équivoque à en finir avec le Califat à Deir ez-Zor. »

Ultime retournement de l’histoire : voici donc la rébellion dans son infinie diversité réduite aux djihadistes d’Al Nosra, longtemps affiliés à Al Qaida, et Bachar El-Assad grimé en défenseur de la Syrie laïque face à l’Etat Islamique, alors même qu’il chercha dès le début à noyauter l’opposition en libérant opportunément près d’un millier de détenus islamistes dans les premiers mois de la guerre civile! Le même Bachar El-Assad concentrant avec ses alliés russes l’effort de guerre sur la rébellion jusqu’à fin 2016, moment où l’écrasement final de l’opposition modérée à Alep permit au régime d’aborder la phase ultime de la guerre civile dans l’avantageuse position que nous connaissons : celle de seul et unique rempart à l’Etat Islamique, sur lequel il peut désormais, en toute bonne conscience, concentrer ses moyens.

En guise d’analyse de la situation, et en tout juste 20 lignes, l’auteure vient donc d’aligner trois affirmations aussi péremptoires que discutables (et parfaitement non sourcées). Non pas entièrement fausses ni totalement coupées de la réalité syrienne, mais situées dans cette zone de floue où l’interprétation des faits conduit à déformer ceux-ci jusqu’à leur faire épouser très exactement les contours de sa grille de lecture. Ce territoire dans lequel vérité et mensonge ne sont que masse indistincte, molle et maléable, limitant toute possibilité même de contestation argumentée. Il ne s’agit pas pour autant de bullshit, défini et théorisé par Harry Frankfurt, qui présuppose une indifférence aux notion mêmes de « vérité » et de « mensonge ». Ici, Galactéros prétend tenir un discours de vérité en s’appuyant sur des faits incontestables, mais dont elle détourne le sens en substituant des causalités imaginées aux causalités effectives (El-Assad et la lutte contre l’islamisme), ou en modifiant/niant le contexte dans lequel s’inscrivent les évènements afin d’en retourner le sens (El Assad luttant pour préserver l’unité du pays quand ce sont précisément les crimes de masse du régime El-Assad qui ont précédé -et provoqué- la rébellion armée d’une partie du pays). Ainsi, à la différence des « stratèges » de Trump, la vérité importe à Galactéros, dans la mesure où elle peut être suffisamment dévoyée pour correspondre à ses thèses.

« Le mélange du vrai et du faux est infiniment plus toxique que le faux » disait Paul Valery. Nous y sommes. Reste maintenant à répondre à la question : les étudiants et les lecteurs de l’auteure bénéficient-ils d’une telle clairvoyance, ou est-ce le lecteur du Fig qui jouit, seul entre tous, d’un tel privilège? Et par quel biais idéologique une analyste stratégique peut-elle plonger à pieds joints dans une tel amas d’interprétations approximatives ?

 

2) L’Occident pour tout ennemi

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Par chance, et comme l’avait déjà prouvé sa défense amusante du soldat Fillon au printemps dernier, Caroline Galactéros n’est pas femme à s’arrêter en chemin. De but en blanc, tombant au milieu de quelques considérations militaires tel un cheveu sur la soupe, voilà qu’elle nous livre le fond de sa pensée, celle qui, l’air de rien, structure idéologiquement son interprétation du conflit syrien :

« Alep, Palmyre, Mossoul, Deir Ez-Zor, bientôt Raqqa : les faits sont plus têtus encore que les sinistres calculs d’un « Occident » qui a cru pouvoir régner encore en divisant à l’infini »

On le tient donc le coupable : « L’OCCIDENT! »

Enfin, du moins… on suppose, étant donné que rien n’est énoncé clairement par une auteure qui laisse le soin à son lectorat de franchir la moitié du ruisseau d’interprétation…

« L’Occident » donc, voilà l’ennemi. Celui qui chuchotait dans les ténèbres, qui se tenait dans la bouche de Fabius clamant sa haine d’El-Hassad, qui croyait « pouvoir régner encore en divisant à l’infini« .  Et avec des « guillemets » d’ironie, des fois que le lecteur (un peu couillon ou grabataire, c’est le Figaro quand même…) n’aurait pas bien compris le mépris total qu’il inspire à l’auteure. Et là, brutalement, ce qui s’apparentait à une analyse tronquée, superficielle et malhonnête de la situation en Syrie prend subitement tout son sens, et révèle la vraie motivation de l’article de Mme Galactéros : enduire de considérations géostratégiques oiseuses une théorie du complot puérilement fondée sur sa détestation de l’Occident. Ou plus précisément d’un Occident fantasmé.

Non mais sérieusement : l’OCCIDENT! En tant que polémologue ou docteur en sciences politiques, nous serions en droit d’attendre un minimum d’imagination et d’inventivité. Ce ne sont pourtant pas les théories du complot ludiques, dangereuses, tordues ou débordantes d’imagination qui manquent. Au pire, et en pleine crise d’inspiration, reste toujours la solution de se réfugier chez Soral (coucou Alain) qui, lui, ne manque jamais d’inventivité -bien que ses thématiques soient quelque peu répétitives. Au lieu de quoi, il faudra nous contenter en guise de distraction d’un énième pensum tentant de prouver que « l’Occident », depuis la nuit des temps, domine le monde, est abonné à Télérama et mange des enfants.

Admettons. Mais se posent alors deux problèmes :

  1. tout à sa volupté de bien montrer à son lectorat à quel point le fait même d’employer le mot « Occident » la dégoûte, à quel point cet objet manque de sérieux et ne mérite que dérision et guillemets d’ironie, l’auteure en oublie que le guillemet conduit moins à se désolidariser de « l’Occident » que de son propre propos, puisque l’Occident ne peut à la fois incarner l’ennemi omnipotent qui structure sa vision du monde et l’objet d’ironie qu’elle met à distance[3].
  2. l’Occident (entendons par là les pays de l’Alliance Atlantique… mais ce n’est qu’une supposition, l’auteure n’ayant pas daigné gratifier son lectorat d’une définition ni d’une limite géographique)  se signale bien plus par son absence que par son interventionnisme en Syrie – en témoigne la « ligne rouge » de Barack Obama. C’est précisément cette absence des Etats-Unis qui offre aux acteurs régionaux et à la Russie la marge de manoeuvre dont ils disposent depuis 2011. Mais gageons que cela n’a guère effleuré notre auteure, la réalité semblant exclue de son champ d’analyse.

Quitte à ouvrir une petite parenthèse, cette double contradiction dans le raisonnement de l’auteure est en général le problème de tous ceux qui font oeuvre d’anti-américanisme, ou qui, plus généralement, « détestent l’Occident » : est-il l’agent omnipotent et maléfique qu’ils aiment à fantasmer, et dont la main se trouve derrière chaque dysfonctionnement du monde? Il réduit dans ce cas la responsabilité du reste du monde à néant, condamnant les non-occidentaux à une position d’attente victimaire qui confine à la déshumanisation. Triste paradoxe de qui idéalise son prochain en lui déniant toute possibilité de trancher le Bien du Mal, et qui le prive par conséquent des attributs mêmes de l’Humanité (jusqu’à le conduire à l’abomination comme dans le Dogville de Lars Von Trier, mais nous nous éloignons du sujet)

Intellectuellement, on sent bien que cette première forme de rejet ne mène pas loin. Et surtout, qu’elle ne s’applique guère à un théâtre syrien où l’Occident brille par son impuissance. Galacteros opte donc pour une deuxième forme, plus adaptable aux faits en présence : ici, l’Occident reste maléfique et omniprésent, ce qui permet toujours de lui attribuer la responsabilité finale des crimes commis (peu importe que le régime de Bachar El-Assad ait gazé son propre peuple en 2013, il ne l’a fait que pour préserver l’unité d’un pays dont le dépècement fut recherché par l’Occident, sur lequel revient donc in fine la responsabilité morale du massacre), mais il n’est plus omnipotent et laisse la possibilité à « l’autre » de jouer le rôle de Nemesis face à sa propre Hibrys. Comme dans la première version, l’Occident et ses prétendus adversaires sont fantasmés et tiennent lieu d’archétypes moraux bien plus que de réalités géopolitiques, mais qu’importe la réalité, dès lors que le ressentiment qui anime l’auteure trouve matière à s’épanouir.

3) L’ami de mes ennemis

Trump apartment

Difficile lorsqu’on ausculte l’état présent de l’Occident de se passer d’une mention à Donald J. Trump, 45ème président des Etats-Unis, et figure d’un rejet radical de ce que l’Amérique a prétendu incarner jusqu’à nos jours : l’Humanité bienveillante, la démocratie, le droit, la liberté, et une assez grande naïveté dans sa prétention de faire adhérer l’humanité entière à ses principes. Face à cette modification sensible de l’image que Etats-Unis présentent au monde, deux options se présentaient pour Mme Galacteros : ou faire de Trump l’incarnation même de cette Amérique universaliste qu’elle déteste. Où, au contraire, admettre le fait qu’il en est l’ennemi, et en faire par conséquent une figure positive.

Après quelques considérations sur l’état des forces en présence (il faut bien, quand même, justifier son salaire), l’auteure filloniste fait son choix :

« Trump, toujours pragmatique, a même récemment déclaré que l’objectif américain principal en Syrie était de «tuer ISIS», non de renverser Assad…

Mais chaque jour qui passe le voit plus isolé et contrôlé par le tentaculaire système qui décide de facto à Washington, fossilisé sur les vieilles logiques néoconservatrices toujours à l’œuvre au sein des armées, des Services et des lobbys économiques. »

Outre l’intérêt de résumer en peu de phrases la prose interminable et boursouflée de Serge Halimi dans le Monde Diplomatique (sans plaisanter : c’est quasiment du copier-coller! le Figaro , Valeurs Actuelles et le Monde Diplomatique devraient sérieusement envisager un rapprochement de leurs services « relations internationales »), cette « réflexion » -oui, Mme Galactéros, vous n’avez pas le monopole du « guillemet »!- permet de remettre quelques idées en place sur le président des Etats-Unis Donald J. Trump, brave faiseur de paix assiégé par les va-t-en-guerre.

Sérieusement.

Passons rapidement sur les « lobbys économiques » qui souhaitent une bonne guerre (c’est bien connu, une guerre, il n’y a rien de mieux pour l’économie) et venons-en au coeur du raisonnement : pour Mme Galactéros comme pour M. Halimi, le « faiseur de paix » Trump  affronte à Washington le « tentaculaire système » qui conduit systématiquement les Etats-Unis à la guerre depuis des temps immémoriaux (aucune date n’étant donnée, ni aucun contexte ni exemple précis, nous supputerons que le « système » va-t-en-guerre américain opère depuis des temps immémoriaux).

OK

Ici, Mme Galacteros, je me permets un petit point culture : le système politique américain est fondé sur la volonté de transparence garantie par l’usage systématique des contre-pouvoirs, qu’ils soient judiciaire, parlementaire, médiatique (En passant, on ne peut que recommander à l’auteure le visionnage de l’excellente série The West Wing qui lui épargnera de longues et fastidieuses lectures politiques). Or, ces contre-pouvoirs sont une conséquence de l’aversion des Américains envers l’Etat, perçu par eux comme la principale source d’oppression et d’atteinte à leurs libertés.

Donc, et à la différence de ce qui se passe, par exemple, en France (où une militaire experte en matière de polémologie aurait certainement beaucoup à raconter sur l’imbrication des intérêts de l’Etat et de Dassault Aviation, où encore sur l’absence de contrôle parlementaire et de transparence concernant nos OPEX, leur financement flou et le processus décisionnel opaque qui conduit à leur déploiement), les Etats-Unis se signalent par un degré de transparence politique inconnu ailleurs, à part peut-être dans les démocraties d’Europe du Nord, et encore…

Washington-DC-8

C’est donc dans ce pays obsédé par la transparence et constellé de contre-pouvoirs qu’une série d’officines opèrerait secrètement pour former un tentaculaire système aux visées menaçantes, officines dépeintes par exemple… dans la série X-Files (on ne peut pas tout reprocher à Mme Galacteros).

Tout cela pour contraindre le pacifique et « pragmatique » Donald Trump à la guerre.

Tout cela pour conquérir un pays qui ne dispose ni de pétrole (ou en quantités ridicules), ni d’uranium, ni en fait d’aucune ressource ou d’aucun intérêt stratégique, si ce n’est celui de déstabiliser par l’aveuglement criminel de ses dirigeants une région qui n’en demandait pas tant.

C’est officiel : en 2017, la dialectique peut encore casser des briques.

 

4) Le déshonneur et la guerre

 

Reste la question à un milliard de roubles : pourquoi diable Mme Galacteros en veut-elle à ce point à « l’Occident »?

Notons tout d’abord que l’idéologie anti-occidentale sous sa forme anti-américaine (mais aussi, quoique avec plus de soubresauts, anti-européenne) fait partie des valeurs dominantes dans une partie de l’intelligentsia française, comme l’a déjà analysé Jean-François Revel dans son Obsession anti-américaine.

Or, et comme le résume ce magnifique entretien avec Bertrand Badie, spécialiste des relations internationales, il faut s’entendre sur la définition que l’on donne de l’Occident : d’un côté, on peut parler d’un espace de civilisation lentement construit depuis le Moyen-Age central, et dont les valeurs fondamentales (primat du Droit et de l’individu garanti par la limitation et l’équilibre des pouvoirs, sécularisation des sociétés et des Etats, universalisme et croyance dans le progrès) émergèrent d’Europe pour être peu à peu adoptées et remodelées par la majorité des sociétés non-européennes depuis le XIXème siècle. Cet Occident-là, quoiqu’en pense Galacteros, ou Huntington, n’est plus depuis longtemps l’apanage de l’Europe et des Etats-Unis. Il devient un Bien Commun de l’humanité au fur et à mesure que ses valeurs sont intégrées et recomposées par les hommes et les femmes de ce monde (ne serait-ce que pour s’opposer à l’impérialisme politique des pays occidentaux comme le firent les intellectuels de la Nahda dans l’Empire ottoman, les leaders indépendantistes du Tiers-Monde ou les idéologues du Japon Meiji).

D’un autre côté, on peut parler de l’Occident comme projet politique revendiqué, ce que Badie nomme « les usages politico-militaires de l’Occident ». Du colonialisme des années 1880 au néoconservatisme de G. W. Bush ou des actuels dirigeants israéliens, cet occidentalisme confond supériorité matérielle et vertu morale, légitimant de ce fait les projets de conquête cyniques et sans lendemain maquillés sous un prétendu « devoir de civilisation »…

C’est probablement à cet « Occident » là que Mme Galacteros prétend s’adresser dans sa diatribe. Problème : cet « Occident » là n’existe plus, enterré sous les sables d’Irak et les montagnes d’Afghanistan, (justement) renié par le brillant et fataliste Obama comme par le demeuré Trump. Mais l’occasion d’enfouir la complexité de la situation et de nier les responsabilités des dirigeants syriens comme de leurs soutiens diplomatiques russes et iraniens était trop belle : autant alors confondre les valeurs universelles de l’humanisme libéral et leurs dévoiements géopolitiques, afin de les congédier tous deux d’un même mouvement sous la face détestée d’un « Occident » en carton-pâte, et dans un grand ricanement rejeter la Déclaration des Droits de l’Homme en couvrant d’une opprobre générale l’idée même que tout homme – y compris (mon Dieu!) un Syrien- peut revendiquer le droit au bonheur, à la liberté… et à la vie.

Car en réalité, voilà ce qui emmerde véritablement Mme Galacteros : que les premiers temps de la révolution syrienne prissent le visage, universel et rayonnant, de l’homme libre réclamant le respect de sa personne et de ses droits. Visage que l’Etat s’empressa de mutiler à coup de blindés, de missiles, et de gaz. Or, en niant les aspirations les plus élémentaires de sa population, en les enfouissant sous un déluge de fer et de feu, le régime signait sa propre fin, ou prenait l’effroyable risque de voir son propre peuple consumé dans la guerre civile, et son propre destin d’Etat pris en main par les puissances de la région. De ce vaste mouvement des plaques géopolitiques, il porte donc l’entière responsabilité.

A

Mais Mme Galacteros n’en a cure, tout à sa délectation de voir la géopolitique confirmer en Syrie la survenue d’un fantasmatique « Contre-monde » (comprendre, le prétendu condominium russo-sino-iranien) qui viendrait enfin rétablir les relations internationales dans leur rigueur westphalienne, loin des chimères de l’humanisme occidental dont les prétentions généreuses conduisent à la catastrophe (Irak, Libye), faute d’une juste évaluations des rapports de force militaire, politique, affectif. Mais tout à son pseudo-réalisme et son mépris évident de la diplomatie « morale » des Etats-Unis ou de l’Allemagne, l’auteure en oublie que la « réalpolitik » dont elle se fait le chantre, et que la guerre en Syrie semble révéler, ne constitue sûrement pas le fondement possible d’une diplomatie. Par exemple, la diplomatie triangulaire de Kissinger, chef d’oeuvre de son « réalisme libéral« , dissimulait elle sous son cynisme apparent de véritables motivations idéologiques : affaiblir le camp communiste et sa pièce maîtresse, l’URSS, attirer dans le camp américain la Chine maoïste en l’incitant, sans contrainte, à emprunter la voie occidentale de développement, ce qui sera chose faite quelques années plus tard.

De même, la diplomatie poutinienne à priori axée sur une realpolitik qui s’embarrasse peu de valeurs ou de sentiments, est-elle en réalité structurée par eux : le rêve du retour à une grande Russie, héritière de l’Empire et protectrice des Slaves et de l’Eglise orthodoxe (voir l’obsession du pouvoir russe à préempter les Eglises orthodoxes de France, traditionnellement rattachées au patriarcat de Constantinople), et peut-être plus encore désir de brider le développement de l’étranger proche russophone afin qu’il ne puisse proposer un modèle alternatif à une société russe verrouillée et paupérisée, véritable terreur de l’oligarchie russe. Dès lors, prétendre ne voir dans la diplomatie poutinienne que le retour à un prétendu ordre international « naturel » car débarrassé de toute référence à des valeurs morales, n’est autre qu’un moyen de défendre les objectifs idéologiques et stratégiques de cette diplomatie, ce que Mme Galacteros s’emploie à faire, hypocritement, dans sa chronique du Figaro. De là à la traiter d’idiote-utile de la diplomatie russe…

A sa décharge, elle n’est pas la seule : de François Fillon à jean-Pierre Chevènement, de Roland Dumas à Eric Ciotti, de Jean-Luc Melenchon à marine le Pen, bien des braves -certes beaucoup plus bêtes qu’elle- se laissent aller à ce genre de débordement affectif envers le « maître du Kremlin » comme l’a décrit le journaliste Nicolas Henin dans son livre La France russe : enquête sur les réseaux de Poutine. A cette séduction, le journaliste discerne trois raisons qu’il livre dans une interview à France Inter et dont je reproduis ici un extrait :

 

Poutine a un discours pour chacun qu’il soit de droite ou de gauche. Il y a un poutinisme de gauche qui affirme qu’il est nécessaire à la bonne santé du monde d’avoir un balancier à l’hégémonie américaine, à l’impérialisme capitaliste ; un poutinisme de droite : c’est un bonapartisme qui considère qu’il faut un homme d’Etat fort et solide ; enfin un poutinisme identitaire pour qui nos sociétés sont déclinantes et qu’il serait bon de revenir à certaines racines chrétiennes de notre civilisation.

Si encore tout cela était efficace…. Mais comble de tout, cette adulation envers la realpolitik d’opérette de la Russie poutinienne et le nouvel ordre « réaliste » qui se dessine en Syrie conduit Mme Galacteros a sous-estimer un point anecdotique, ridicule, presque indiscernable : les Syriens.

Quelles divisions, quelles peurs, quels projets, et quelle volonté de se soumettre, ou pas, au condominium dont l’auteure se fait le chantre en ricanant sur les décombres d’un ordre ancien. Après tout, ils auront bien mérité leur portrait dédicacé du président El-Assad…

Mais ce que Mme Galacteros ne semble pas saisir, obnubilée qu’elle est par le culte du « réalisme » poutinien, c’est qu’un ordre tyrannique, aussi fort soit-il, finit toujours pas se craqueler, puis un jour, disparaître. Voulons-nous alors qu’il disparaisse pacifiquement, remplacé par un ordre acceptable sans coercition par une majorité de la population, ou préférons-nous le voir exploser dans les affres d’une nouvelle guerre civile, quitte à déstabiliser une fois de plus l’ensemble de la région? Telle est la question à laquelle l’auteure ne peut répondre, prisonnière qu’elle est de son prétendu réalisme et de l’idéologie puissamment anti-américaine qu’il masque avec peine. Et les aspirations d’un peuple, et le désir impérieux de liberté, et le simple droit de vivre en paix et en sécurité, tout cela peut disparaître tant qu’il confirme l’auteure dans sa vision du monde cynique et dogmatique.

 

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La dernière délation

octobre 1, 2010

Jusque là, Martin Hirsch m’était plutôt indifférent. Il appartenait à cette catégorie de bons chrétiens prêchant la paix, l’amour de l’autre, la joue gauche et autres Sermons sur la Montagne destinés aux bienheureux qui n’ont jamais eu entre leurs mains les leçons terribles de Hobbes ou Machiavel. A ces belles déclarations de tolérance et de paix, je préfère d’ailleurs de loin la sentence de Mao, pour qui « la révolution n’est pas un dîner de gala »… Que voulez-vous, on ne se refait pas, et que ceux qui croient encore à la bonté naturelle de l’homme ou aux bienfaits de l’ONU me jettent la première pierre!

Aussi, quelle surprise je n’eus pas cette semaine en apprenant tout d’abord que Martin Hirsch n’était plus membre du gouvernement (bon, d’accord, j’ignorais qu’il l’avait jamais été) et qu’il se préparait à publier un livre traitant d’un sujet sensible s’il en est : le conflit d’intérêt.

En France, le conflit d’intérêt fait partie de ces objets exotiques que l’on ressort  du cabinet de curiosité tous les 20 ou 30 ans, en même temps qu’un os de dinosaures ou le dentier de grande tatie (qui fut une aventurière en Indochine au premier temps de la colonisation), et dont la signification s’estompe aussitôt rangé, comme dissimulé par un éternel brouillard.

Mais qu’est-ce donc que ce « conflit d’intérêt »?

Imaginez un député qui soit en même temps maire d’une commune. Imaginez maintenant qu’à un moment donné, ce député doive voter une réforme des collectivités locales qui avantage la nation mais désavantage sa commune. Il est en pleine situation de conflit d’intérêt, c’est à dire une « situation irrégulière dans laquelle il se trouve avoir des intérêts personnels qui sont en concurrence avec la mission qui lui est confiée », ou, plus précisément en ce qui concerne notre député-maire, deux missions d’intérêt public contradictoires qui le forcent à choisir l’une des deux, c’est à dire à délaisser l’autre (et donc à trahir sa mission et l’engagement qu’il a pris envers ses électeurs).

Le conflit d’intérêt n’est défini dans aucune loi, aucun règlement précis, c’est une simple règle de bon sens qui veut que la femme d’un ministre qui interviewe ce même ministre ou son supérieur direct sera dans une situation où elle devra soit attaquer ce même ministre et risquer le divorce, soit mener une interview toute molle, toute gentille, toute consensuelle en préservant son mariage mais en trahissant sa mission de journaliste.

A travers ces deux exemples, on peut voir la particularité du conflit d’intérêt, qui est de placer le député-maire ou la journaliste dans une situation de cas de conscience. Or, comme je l’ai dit plus haut, la nature humaine est ainsi faîte que dans une situation donnée, le brave citoyen sera toujours enclin à craindre le pire : ainsi, il soupçonnera fatalement la journaliste de préférer son mari à son travail. Aussi, le meilleur moyen de contrer le soupçon et la défiance du citoyen est-il encore d’éviter toute potentialité de conflit d’intérêt : le député ne doit pas exercer de mandat local, la journaliste mariée au politique ne doit pas traiter de politique ou présenter un journal télévisé.

Et cela ne doit pas être pris à la légère : à travers le cas de conscience du journaliste/homme politique, c’est toute la confiance du citoyen envers le média et le monde politique qui est remise en question. C’est toute la légitimité d’un système politique qui s’effondre, comme s’est effondrée la légitimité de Radio-France du jour où le président de la République décida d’en nommer lui-même le directeur.

Arrive donc Martin Hirsch et son livre sur les conflits d’intérêts. Contrairement à ce qu’on a pu en dire à droite ou à gauche, il n’est pas marquant en ce qu’il révèle des situations de conflits d’intérêts, mais en ce qu’il met en lumière leur potentialité omniprésente dans le monde politique français. Son livre débute par un questionnaire-florilège du conflit d’intérêt dont j’avoue, malgré toutes les préventions et la perversité qui me sont propres, et m’ont déjà poussé entre autres à déclarer en ces lieux ma flamme à Dominique de Villepin ou à dire « ta gueule » à Jean-François Coppé ou « gros tas de merde » à Xavier Bertrand (ah, c’était pas encore fait?), j’avoue donc que malgré tout cela, ce quizz d’ouverture m’a carrément laissé sur le cul.

Florilège :

Q9. Parmi les catégories suivantes, laquelle est obligée de déclarer publiquement des intérêts qui peuvent entrer en conflit avec les responsabilités qu’elles exercent ?

(Réponse : les experts sanitaires)

Q1. Un député ne peut pas, pendant son mandat. . .

(Réponse : être nommé enseignant)

Q6. Existe-t-il un pays où un membre de la Cour suprême peut avoir son loyer pris en charge par un homme d’affaires étranger ?

(Devinez… Encore merci Jacques Chirac)

J’arrête là : le constat est déjà trop accablant. Bien évidemment, chacun a ses responsabilités dans cette réalité, et il ne s’agit pas de dédouaner une opinion publique qui réélit sans cesse des députés-maires-conseillers généraux-présidents de communauté de communes dont elle semble estimer qu’ils pourront profiter de leur position à l’Assemblée pour en tirer quelques avantages en faveur de leur commune

Cependant, s’il est très improbable que nous devenions un jour des fanatiques du conflit d’intérêt comme le sont les Anglo-Saxons, il faudrait ou bien que l’on cesse de se poser des questions sur la probité de nos hommes politiques et que l’on soit parfaitement heureux d’avoir pour représentants Patrick Balkany ou Charles Pasqua, ou bien que l’on tente enfin d’établir un minimum de règles de bon sens qui permette un certain modus vivendi entre notre penchant catholique pour l’hypocrisie et notre désir secret d’être enfin satisfaits de ce système politique (à moins que l’antisarkozysme ne soit à lui seul une réponse à tous nos défauts)…

Et puisqu’il faut bien commencer quelque part, il serait peut-être temps que les éditorialistes de ce pays assassinent en direct et sans sommation Gerard Longuet, pour qui (menaces à l’appui) la volonté démocratique de Hirsch s’apparente à la trahison d’un secret professionnel (oui ami lecteur, tu as bien lu : pour Gerard Longuet, la politique est  régie par le secret professionnel) ainsi que Jean-François Coppé pour qui les révélations de Hirsch s’apparentent aux délations antijuives de la seconde guerre mondiale.

Ils pourraient aussi en profiter pour mettre en accusation les dirigeants de ce Parti Socialiste si prompt habituellement à s’opposer à tout et n’importe quoi à grand renfort de phrases toutes faîtes et de points godwin en furie et qui, dans cette affaire, restent bien étrangement silencieux… N’est-ce pas Benoit? Mais peut-être Martin Hirsch n’a-t-il pas suffisamment une tête de victime? Ou peut-être devrait-il préalablement tirer à la chevrotine sur des policiers ou se lancer à la chasse aux journalistes pour recevoir le soutien d’élus PS?

En attendant  cet éventuel sursaut politique et médiatique, cher Martin Hirsch, toi que je ne connaissais ni d’Adam ni d’Eve et que j’avais même tendance à dénigrer jusque là, je me rends compte que tu viens de t’attaquer seul à l’un des fléaux majeurs de notre démocratie imparfaite, et l’Eve future t’assure donc, pour ce que cela vaut, de son entier soutien!

Trafic

septembre 28, 2010

Deux émissions

septembre 26, 2010

L’émission Fiction sur France Culture diffuse depuis une semaine une reconstitution du procès Pétain. Mené par la même Haute Cour de justice créée le 18 novembre 1944 pour juger le gratin de la Collaboration, ce procès n’est intéressant ni pour le personnage qui en est la cause (la vieille raclure se contentant de faire valoir sa surdité pour tout argumentaire, laissant le soin à ses avocats de faire tout le travail) ni pour le verdict qui le conclut.

Non : ce qui le rend intéressant, c’est la manière dont les élites déchues de juin 1940, appelés à la barre comme témoins, transforment le procès en autojustification de leur lâcheté et de leur inconséquence, non sans charger autant que possible Pétain (et plus encore Laval) de toutes les responsabilités qui furent les leurs en ces terribles six semaines de mai-juin 1940.

On voit ainsi Raynaud, l’homme qui, d’un mot, aurait pu changer du tout au tout la position de la France dans la guerre, accabler pétain et l’accuser, tenez-vous bien, de l’avoir fait emprisonner toute la durée de la guerre! Mais attend deux secondes, mon Paul : n’est-ce pas toi qui a démissionné cinq ans auparavant en désignant Pétain-la-défaite comme ton successeur, le tout après avoir subi deux semaines durant l’irrespect et la quasi-trahison de Weygand sans aucunement réagir? Donc, Paul, tu apprendras la première leçon de l’histoire : quand tu laisses un pays au fond du gouffre entre les mains de militaires qui préfèrent discuter politique plutôt que faire la guerre, en général, ça se termine rarement par une belle causerie démocratique au coi du feu.

En plus de Raynaud, Daladier et l’inimitable Weygand vont se succéder, reprenant la même antienne de la défaite comme nécessité historique afin de mieux justifier leurs erreurs d’appréciations et leur manque total de lucidité.

Il n’est finalement que le vieux Blum pour sauver l’honneur de cette classe politique appelée à la Barre, lui qui, tout en dignité et en retenue, brosse le portrait de ces parlementaires dont la dignité et l’honneur s’étaient dissouts, « comme plongés dans un bain d’acide », au point qu’ils accordèrent, mi-rassurés, mi-terrorisés, les pleins pouvoirs à Pétain en cette journée infernale parmi tant d’autres de juillet 1940…

Chaque épisode (de 25 minutes environ) correspond à une journée d’audience. Pour l’instant, les dix premiers sont passés, que vous pouvez retrouver sur le site de l’émission indiqué plus haut.

Sinon, sur le sujet de la défaite de 1940 et de la responsabilité de celle-ci, je ne saurai trop conseiller l’excellent 1940, et si la France avait continué la guerre de jacques Sapir, qui permet justement de comprendre en quoi le régime de Vichy et la collaboration d’Etat ne découlaient absolument pas fatalement de la défaite…

La deuxième émission est issue du forum Libération qui s’est tenu à Lyon cette semaine. De l’atmosphère de désastre général de ce forum (palme d’or : le débat sur les nouveaux enjeux démocratiques avec comme invités… Alain Minc et Arnaud Montebourg) émergent tout de même des  débats intéressants, parmi lesquels Consommation : l’hégémonie de la publicité heureusement animé par le couple Raphaël Enthoven-Jacques Séguéla qui, en plus d’animer merveilleusement le débat sur fond du bon et du truand, permettent, en l’espace d’une heure, de faire sortir deux ou trois bonnes idées sur le monde contemporain. Dommage que les questions  (d’ailleurs largement inaudibles suite à une absence de micros) soient plutôt quelconques…

Parmi les sujets de débat que je n’ai pas encore exploré : Peut-on se passer du nucléaire? Le catastrophisme, maladie infantile de l’écologie? Quelle responsabilité avons-nous pour la planète? (Vous l’aurez compris, le forum Libération est orienté écologie et décroissance cette année)

L’adresse, c’est donc ici (faire défiler le menu déroulant en dessous pour avoir les différents sujets de débat).

Pensée du jour

septembre 24, 2010

« Savez-vous bien que j’ai été l’homme le plus moralement discrédité qui existe en Europe, depuis quarante ans, et j’ai été toujours tout-puissant dans le pouvoir, ou à la veille d’y entrer »

Talleyrand

L’ennemi nous veut-il du bien?

septembre 22, 2010

Alertes à la bombe, enlèvements : depuis une semaine, les initiatives des terroristes comme de ceux qui sont sensés les pourchasser ne manquent pas, pour le plus grand plaisir des petits et des grands.

Car il faut l’avouer : il y a définitivement dans le terrorisme un aspect spectaculaire parfaitement saisi par un Don Delillo qui consacre au phénomène pas moins de trois de ses livres. Le mélange de peur et de suspens, d’attente et d’effroi, l’oeil irrésistiblement attiré par le spectacle repoussant, tout dans le terrorisme évoque le langage du cinéma d’épouvante et de suspens, jusqu’à l’apogée du spectacle atteinte en ce jour de septembre 2001 : l’attaque (et plus fin encore, le décalage entre les deux attaques, qui permit à la seconde d’être filmée sous tous les angles), les détournements d’avion, le lieu le plus symbolique des Etats-Unis, la dramaturgie parfaitement orchestrée jusqu’au climax atroce et génial de l’effondrement des tours jumelles : tout dans cet évènement tient du langage cinématographique. A vrai dire, le concept même de film de suspens n’a plus vraiment de sens depuis, tant cet évènement paraît esthétiquement indépassable.

Aussi, il ne faut pas être dupe : le terrorisme est un spectacle en partie issu de notre monde civilisé et libéral. Ajouté à cela qu’il trouve ses bases dans les conditions objectives (politiques de ressentiment, absence de liberté, le tout favorisant des idéologies plus ou moins foireuses) et qu’il se trouve bien souvent instrumentalisé par les mêmes régimes autoritaires qu’il prétend combattre (Algérie) ou par des politiciens occidentaux peu adeptes du langage de vérité (néoconservateurs).

Cependant, de nos jours, le danger de la duperie semble (du moins en Europe) bien moindre que celui, plus préoccupant, de la fausse connaissance. Nombreux sont aujourd’hui les demi-habiles qui se laissent aveugler par  l’aspect spectaculaire du terrorisme au point d’en nier tout simplement l’existence, considérant que tout attentat n’est qu’une création médiatique aux ordres d’un pouvoir politique plus ou moins fantasmatique (voir la remise en cause des attentats du 11 septembre). La rubrique commentaires d’un article de Rue89 consacré au Sahara nous en fournit un bon exemple. Ce raisonnement est évidemment dangereux car, poussé jusqu’à l’absurde, il livre nos métros et nos trains (en plus de régions entières dans le monde) à la furie nihiliste… Le pire étant qu’il continuera à trouver des excuses aux terroristes, sûrement de pauvres victimes du capitalisme, de l’occident et de la vie.

Si nous ne devons pas être dupes de la possible instrumentalisation du terrorisme par les Etats,il ne s’agit pas non plus d’en nier la réalité, pas plus que d’en nier la nature profonde qui nous amène à ce que Julien Freund, après Carl Shmidt, considérait comme le coeur du politique : à savoir le rapport ami-ennemi.

Pour ces deux penseurs, la politique naît dans la reconnaissance d’un ennemi, face auquel la communauté se dote de règles et s’organise afin de se défendre. D’où le lien consubstantiel entre guerre et politique, la première se produisant en général lorsque la seconde n’a pas correctement accompli sa tache.

Effectivement, si la prise en compte du rapport ami-ennemi peut mener à la guerre, sa non prise en compte y mène plus sûrement encore. Lorsque Hitler prend le pouvoir et affirme jour après jour sa volonté d’anéantir l’Europe sous un déluge de feu, les élites franco-anglaises choisissent de ne pas l’écouter, ne regarder ailleurs. Leur désir d’éviter à tout prix le rapport ami-ennemi et le potentiel militaire qu’il contient est tel que Français et Anglais préfèrent croire que le discours de Hitler ne leur est pas adressé. Ou pas vraiment. Et si certains prétendent voir en lui un ennemi, c’est certainement qu’ils ont de bonnes raisons à cela, et qu’ils sont au choix juifs, bellicistes ou communistes (rayez la mention inutile). On ne mesurera jamais assez à quel point l’antisémitisme de Céline ou Pétain trouva sa source dans le pacifisme. Et toute l’histoire des années 30 est résumée dans ce refus de l’ennemi, qui conduit finalement à la plus apocalyptique des guerres.

Tout au contraire, les Etats-Unis reconnaissent immédiatement l’ennemi dans l’URSS, et l’acceptent comme tel. Si bien que les deux puissances mèneront 40 ans de guerre froide en douceur jusqu’à ce que l’une des deux puissances s’effondre sur elle-même, comme n’aurait pas manqué de le faire un régime nazi absurde contenu militairement par une France supérieurement armée.

Aussi, lorsque tonton Mahmoud ou les petits enfants à la croix de bois du Sahara nous disent très clairement et sans la moindre ambiguïté qu’ils sont nos ennemis, qu’ils ne respectent pas nos valeurs et voudraient bien les voir anéanties à coups de machettes, de lance-flammes et de têtes coupées, nous pouvons les écouter. Nous pouvons même les croire. Car la paix repose finalement sur cette reconnaissance, bien plus que sur des résolutions du Machin.

Et toute la frustration de quelques demi-habiles, qui croient dissimuler leur haine de l’Occident sous les oripeaux de la « pensée critique » à géométrie variable, et tout l’humour mordant de ceux qui croient éviter la menace en niant son existence ne combleront pas cet abime ouvert par quelques nihilistes russes au XIXème siècle : il y a des idéologies et des gens qui ne veulent pas du bien à la civilisation.

Car certains ne rêvent que de voir tout bruler.

Décroissance, talibans et bisounours

septembre 19, 2010

Rue89 vient de proposer l’article d’un certain Paul Ariès, docteur ès malbouffe, scientologie, pédophilie et mondialisation, devenu à en croire sa notice wikipedia le penseur de référence du mouvement décroissant. Dans cet article, Paul Ariès décrit les conditions qui pourraient selon lui permettre l’émergence d’un grand acteur politique de la décroissance en France. Mais tout d’abord, et avant que d’aborder l’article proprement dit, il me faut répondre à la question suivante :

1. Le mouvement décroissant, qu’est-ce?

Imaginez un monde dans lequel votre rendez-vous chez le dentiste n’est plus reporté à 4 mois faute de praticiens suffisants, mais à 4 ans, car, pour votre bien, il ne faut pas qu’il y ait trop de praticiens.

Imaginez un monde dans lequel on ne vous propose plus d’acheter un nouveau réfrigérateur lorsque le votre cesse de fonctionner, mais dans lequel on vous propose de réhabiliter votre ancien frigo afin de le transformer en simple garde-manger.
Pour votre bien, évidemment.

La décroissance, c’est donc un enfer imaginé par quelques esprits tordus, dans lequel des fonctionnaires habilités de la décroissance jugeraient de la viabilité de tout nouvel achat d’un téléviseur couleur Thompson modèle 1988 que vous prévoiriez de faire pour noël (une fête d’ailleurs réprouvée par le ministère du développement durable pour incitation à la consommation). Un enfer pour tous, donc. Mais pas pour Paul Ariès. Pour lui, la décroissance, c’est une utopie.

2. La décroissance selon Paul Ariès

Pour Paul (tu permets que je t’appelle Paul?), la décroissance repose sur un constat évident : « Comme on sait que le gâteau -le PIB- ne peut plus grossir, la grande question devient celle du partage. Nous marquons le retour des « partageux ». »

Donc, Paul, j’aimerai te présenter Dorothée, de Sciences Humaines, l’auteure d’un article qui va beaucoup t’intéresser. Et oui, Paul, le PIB mondial n’a jamais plus augmenté dans l’histoire que ces trente dernières années! Mais soyons grand seigneur, et continuons notre lecture comme si nous n’avions rien remarqué.

« Je me reconnais pleinement dans le mouvement lancé par d’anciens résistants autour de la republication du programme du Conseil national de la résistance, »Les Jours heureux ». Au moment où la France était ruinée, à genoux sur le plan économique et industriel, on a su trouver effectivement les moyens financiers pour permettre cette solidarité avec la Sécurité sociale. Aujourd’hui, avec une France beaucoup plus riche, on voudrait casser cette Sécurité sociale. Il nous semble possible de rénover, d’approfondir les services publics. »

Bon.
Tout d’abord, j’aimerai qu’on m’explique ce que signifie la décongélation du programme du CNR auquel on assiste depuis quelques années. Honnêtement, il n’y a pas plus récent? Voire plus ancien? Après tout, tant qu’à faire un tour aux archives, pourquoi ne pas invoquer le Serment du jeu de paume? l’Edit de Nantes? Voire la Loi Salique?

Mais admettons : les résistants, depuis leurs cercueils, font entendre leur voix. Paul invoque la vengeance terrible des glorieux aînés qui se réveilleront et viendront, dans un remake plus ou moins minable de la nuit des morts-vivants, dévorer nos âmes de traîtres. Il nous faut donc dès aujourd’hui préparer le passé l’avenir en exhumant d’anciens résistants pour les présenter à la présidentielle de 2012.

Sans rire, ce n’est pas un argument de pilleur de tombes, ça? Ou plutôt de détrousseur de cadavres…

Mais poursuivons, sans remarquer la contradiction entre l’idée de décroissance et l’éloge d’un programme de sécurité sociale permis par la très forte croissance des Trente Glorieuses…

« Ce revenu garanti est aussi un pari anthropologique, je veux dire que nous sommes conscients que ça peut foirer. Il s’agit de dire que nous ne sommes pas seulement des forçats du travail et de la consommation, mais beaucoup d’autres choses. »

Arrivé là, cher Paul, j’ai bien envie de te dire « merveilleux ». Par hasard, tu ne serais pas au courant d’un ou deux de ses « paris anthropologiques » ayant conduit à des résultats assez peu orthodoxes? Hein? non? dommage, parce que justement, ils ont foiré…
C’est en général ce qui se produit lorsque des apprentis sorciers dotés des meilleures intentions du monde prennent une société postmoderne pour un legoland. En même temps, si pour toi le XXème siècle se résume aux congés payés et à la sécu, je comprends que tu ne saisisses pas vraiment…

« Le succès d’estime du terme de décroissance permet à chacun de mettre des mots sur ce que chacun ressent : on ne peut pas continuer à produire et consommer plus. Et pas seulement sur le plan écologique, mais humain, sans aller jusqu’à péter les plombs. »

Eh bien voilà, Paul, on aborde enfin la question centrale : la décroissance est une question de comportement personnel et de responsabilité individuelle. Effectivement, concevoir la vie sous le seul angle du consommateur abreuvé de publicités à longueur de journée est « anthropologiquement » impossible. Mais avions-nous besoin de toi pour le deviner? Et surtout, Paul, était-il nécessaire de fonder un mouvement politique pour cela?

Alors, qu’est-ce que tu dirais de laisser tout simplement vivre les êtres humains tels qu’ils l’entendent (on dit aussi « librement »)? Mais peut-être penses-tu que la nature humaine imparfaite requiert tes Lumières, ta Supériorité de vue et ton plan quinquennal pour enfin s’accomplir pleinement?

Mais laissons ce ton sérieux, et concluons cet article sur une dernière citation de notre inimitable décroissant :

« Nous nous sommes dotés de deux outils :

  • une charte a minima -il ne faut pas le cacher, la décroissance c’est aussi une auberge espagnole…-,
  • et un logo pour assurer la visibilité du mouvement, l’escargot. »

Tenez-vous le pour dit : l’avenir sera long. Très long.

Pourquoi je ne déteste pas Nicolas Sarkozy

septembre 18, 2010

Connaissez-vous les neutrinos?
Ce sont des particules cosmiques qui ont pour intéressante caractéristique de n’interagir avec aucune autre particule de l’univers. Ainsi, un neutrino peut traverser n’importe quel corps céleste (planète, étoile) à la vitesse de la lumière sans que sa trajectoire n’ait subi la plus petite modification. Son importance scientifique est donc cruciale : les très rares neutrinos captés au moyen d’installations plus que complexes permettent de déterminer des choses aussi sidérantes que la composition de l’univers primitif ou le fonctionnement d’une supernovae.

Le neutrino, donc, présente l’intérêt de résumer magnifiquement le rapport que j’entretiens depuis longtemps avec Nicolas Sarkozy : une indifférence polie. Tout dans le personnage heurte mes valeurs : sa vulgarité, son yacht, ses courses à pied, ses amis jet-setters, sa femme (non, Carla Bruni n’est pas mon genre), ses manières de parvenu enfin, qu’un Talleyrand aurait d’atomisées d’un bon mot. A la limite, et à l’image des Allemands, je verrais bien en lui un comique refoulé : un Louis de Funès, mais au premier degré.

Mais pourquoi tout cela, qui s’oppose en tous points à ce qui m’est cher en tant qu’individu et en tant que français, peut-il me conduire à l’indifférence et non en une seine et franche détestation? Tout simplement en ce sens que ce qui s’oppose à mes valeurs ne m’atteint généralement pas, du moins tant que cela ne m’est pas imposé et ne conduit pas, à mon sens, à un quelconque danger.

Arrivé ici, je dois m’arrêter sur deux points d’importance :

1. Je n’ai pas la télévision.

Ne riez pas, ce qui peut sembler être un détail ne l’est pas : je n’ai jamais subi les discours mal préparés du Guano, ou, pire, les improvisations aléatoires de Sarkozy lui-même. Je n’ai jamais suivi de près les emballements médiatiques plus ou moins stupides et opportunistes des grandes chaînes de télévision qui peuvent se résumer ainsi :

A) Un fait divers X survient, quelque part, comme un million de fois dans l’année.

B) Nicolas Sarkozy s’empare du fait divers, le sépare des millions de faits divers équivalents qui l’ont précédé pour en faire un fait divers exceptionnel, dont on comprend après un discours long et soporifique (ou, au choix, improvisé et stupide) qu’il ne doit jamais se reproduire!

C) Les médias « s’emparent de l’affaire », couvrent le fait divers puis le discours de Sarkozy sans le moindre recul ni esprit critique (il ne s’agirait pas de prendre parti), en oubliant par exemple de mentionner que ce fait divers s’est déjà produit 50 fois depuis le début du mois, sans provoquer jusque là la moindre réaction politique.

D) Dans un nouveau discours, Nicolas Sarkozy annonce des mesures visant à prévenir le fait divers X. Les médias relatent la mesure, qui se voit généralement adoptée sans discussion durant une cession extraordinaire du Parlement réunie à ce seul effet. Inapplicable et déconnectée du réel, la mesure sera bien vite oubliée, sans que les médias n’aient pensé à en évaluer l’efficacité (nulle) sur le terrain.

E) Un fait divers Y survient…

N’importe qui disposant d’un cerveau se dira qu’il est impossible qu’une nation moderne et développée ait pu être dirigée de cette manière trois années durant. La particularité du système médiatique et politique français (pour résumer : l’absence de contre-pouvoirs) a pourtant permis cela. Mais j’y reviendrai dans un prochain article.

2. De ce fait, je passe beaucoup de temps sur internet

Ne pas avoir la télévision donne aussi un autre avantage : je passe beaucoup (beaucoup) de temps sur internet. Aussi, j’ai vu depuis l’élection du dit-président monter peu à peu un antisarkozysme militant propre aux forums et sites d’information en ligne. Certes, la nature ayant horreur du vide, il était logique (et légitime) qu’une opposition se forme sur le net. Mais bordel de Deu, était-il nécessaire que cette opposition prenne la forme d’une armée de décérébrés face auxquels Sarah Pallin elle-même semble être  un parangon de finesse intellectuelle, de tact et de bon goût?

Depuis 2007, il suffit qu’un article sur un grand site d’information modéré traite de près ou de très (très) loin de Sarkozy pour que l’on voit instantanément se former dans la section commentaire du dit-article une conjuration d’imbéciles semblant éprouver un malin plaisir à participer à une compétition du commentaire le plus stupide et/ou le plus aberrant, et dont le fonctionnement peut être résumé par l’axiome suivant : pour tout article Y, le nombre de commentaires stupides N sera proportionnel au nombre d’occurrences des thèmes A, B et C suivants :

A) Sarkozy, la réincarnation de Hitler (peut éventuellement être remplacé par Pétain) : tout article traitant de politique française, européenne ou internationale pourra faire l’affaire. De plus, cette version peut venir compléter la version B :

B) Sarkozy, l’agent de la conquête libérale intergalactique. Cette tendance présente l’avantage d’être adaptable à tout types de situation. Deux tendances peuvent néanmoins être dégagées : ou Nicolas Sarkozy est un agent volontaire de l’ultralibéralisme (cette version sera privilégiée par le militant de gauche ou par Dominique) ou il en est un agent involontaire placé sous le contrôle des ondes mentales galactiques du Medef (cette version aura la préférence du militant centriste ou gaulliste sociaux).

C) Sarkozy, un sous-homme en général : dans cette catégorie entreront toutes les occurrences de Sarkozy qui, sans pouvoir être directement rattachées de près ou de loin à une manifestation du sarkozysme, peuvent néanmoins, sur certains points hypothétiques, évoquer de manière immédiate ou plus ou moins fantasmatique l’éventuelle possibilité que l’un des thèmes abordés puisse rappeler la présence de Nicolas Sarkozy  (exemple : un article sur les paramécies ou l’accueil des handicapés à l’école pourra rappeler le problème de taille de Nicolas Sarkozy, et pourra susciter nombre de commentaires à priori hors sujets). Ce paramètre C comportant une forte part d’imprévisibilité, il comptera nettement plus dans l’axiome que les paramètres précédemment évoqués.

L’axiome final du commentateur en ligne antisarkozyste peut donc se résumer sous la formule suivante :

N(Y)= ABC²

Mais pour être tout à fait franc, je reproche moins aux antisarkozystes leur trouble obsessionnel compulsif de la sarkozyte que leur totale insignifiance. Il y a une règle de base en politique que lorsqu’on veut s’ériger en juge, on se donne les moyens du procès. On devient inflexible. On devient pointilleux. On devient terrible. Talleyrand, une fois qu’il eut décidé d’anéantir Napoléon, referma son visage tel un masque de cire et prépara minutieusement, des années durant, la chute de son empereur qu’il obtint finalement. Sans avoir jamais eu à employer la moindre vulgarité. Sans s’être jamais abaissé au niveau de son adversaire.
Or, qu’y a t-il de terrible chez ces malheureux obsédés qui, pour toute impertinence, se contentent de donner du « sarko »?

Sarko, ou la vulgarité et la familiarité érigées en valeur.
Ou quand « l’antisarkozyste » devient l’exact reflet de celui qu’il prétend combattre.

Et face à la dialectique infernale de la vulgarité, j’ai quant à moi choisi de ne pas choisir. Les uns et les autres se répondent ici avec trop de complaisance. Le jeu est trop évident. Le triomphe de la facilité trop absolu. Face à l’engrenage, je préfère laisser agir ce même instinct de survie qui m’avait préservé dans le passé de quelques insultes à la raison, de ces petits soldats du Bien alignés tels des robots et prétendant à eux seuls représenter la légitimité, le goût ou la Raison.

Et en attendant qu’arrivent des jours meilleurs, je préfère rester sur la réserve, sans haine ni désespoir, quelque part dans la grisaille du réel…

L’Eve future s’engage

septembre 15, 2010

La première fois que je rencontrai Dominique de Villepin, ce fut sur un étal de la FNAC. Son autoportrait trônait, tel un buste de César, probablement oublié par quelque lecteur que le poids du dit-ouvrage avait sûrement incité à oublier au beau milieu du rayon « politique étrangère » qui se trouvait alors être le plus proche de lui.

Je traversais une période difficile de ma vie : mes cheveux tombaient. Logiquement, lorsque je vis au loin la crinière magnifique, mon sang ne fit qu’un tour. Les yeux débordant de larmes, le coeur battant, les muscles de contractant, je me précipitai au rayon politique étrangère afin de pouvoir toucher de mes propres mains celui qui était déjà devenu, l’espace de quelques secondes, mon nouveau Messie. L’homme qui pourrait enfin combler le territoire vierge sur ma tête, délimité par cette tonsure dont je me rendis compte plus tard qu’elle exteriorisait sûrement le vide métaphysique qui m’habitait alors.

A peine rentré chez moi, je me mis à la lecture de l’ouvrage que je ne lâchai plus. Peu importait l’absence de conseil capillaire (bien qu’une marque de shampoing, voire une bonne adresse de coiffeur n’eut pas été de trop), je n’en étais plus là. Deux jours durant, je dévorai le livre qui semblait être, à première vue, une autobiographie romancée de Dominique (tu permets que je t’appelle Dominique?). Les pages s’enchaînant, j’imaginais Dominique, le sabre à la main, provoquer en duel l’émir du Qatar ou le président américain. Je le voyais sauter par-dessus les montagnes afin de délivrer la belle princesse Ingrid emprisonnée par l’horrible colombien Uribus dans sa jungle poisseuse.

Enfin, arrivé à l’apogée de son règne de gloire, je pleurai moi-aussi aux côtés de Mouammar et de Robert en écoutant l’indépassable discours prononcé à l’ANU. Mes voisins durent d’ailleurs me prendre pour un fou lorsque, à la fin du discours et alors que mes quelques cheveux se trouvaient projetés en plein ANU, à des milliers de kilomètres du reste de mon corps, je me mis à applaudir frénétiquement, emporté que j’étais par la gloire villepinienne!

Mais qui n’a pas lu son livre, ou écouté ses discours, ne peut saisir le sentiment qui étreint l’auditeur devant la prose développée par Dominique. Aussi, et non sans vous inviter à y adhérer, je vous livre la pertinente analyse de l’oeuvre villepinienne par un commentateur d’un grand site d’achat en ligne :

« En vérité le livre est un palimpseste: A la surface, les écrivains, leurs idées et leurs batailles sont présentés ; mais les conclusions principales brillent en dessous. Et c’est ça qui compte. De l’underground émerge un discours de valeurs. L’auteur accomplit un travail de conscience permanent formulé en pleine nuit. Ecrire un livre sur ses nuits blanches en tant que premier ministre est en soi un fait courageux. Ces nuits souvent solitaires et douloureuses sont en même temps les seules heures de réflexion, de silence et de paix, permises à un ministre. Indirectement DDV nous montre aussi sa méthode à confronter la politique quotidienne. »

Or, cette politique quotidienne qui étreint le coeur de l’homme tel un serpent, Dominique va y être confronté directement, sous la forme de l’infâme docteur Sarkozus. Originaire des lointains marécages de l’Est, le docteur Sarkozus s’est rendu maître d’un ministère stratégique, à partir duquel il ourdit un complot réfléchi de longue date : devenir tyran à la place du président. Armé de sa hargne, de sa méchanceté et de toute l’intelligence pernicieuse que lui donne son éducation plébéienne, Sarkozus ne va avoir de cesse de détruire celui qu’il pressent comme étant son seul ennemi sur la route du pouvoir : Dominique. Aussi va-t-il s’employer à monter des machinations toutes plus atroces les unes que les autres afin d’abattre le grand homme. Mais Dominique n’est pas homme à renoncer face à la vilenie et la méchanceté! Et surtout, il n’est pas homme à devenir méchant et à monter des machinations stupides et absurdes pour rendre les coups à son vicieux adversaire! Aussi, infâme tragédie, l’horrible docteur Sarkozus parvient-il à tromper le brave paysan français en lui instillant ses idées poisseuses qu’une nature trop faible et un esprit trop dégrossi n’ont pas réussi à déceler.

La gentillesse, cette fois, a échoué. Les Français sont décidément des veaux. Mais comme le disait le Général, éternelle source d’inspiration de Dominique : une bataille est perdue, mais la guerre ne l’est pas. Ainsi continue-t-il le combat, envers et contre tous, et malgré toutes les embûches que l’infâme tyran Sarkozus et ses immondes complices dressent sur son passage! Car le règne de la gentillesse et du bisou a trouvé son souverain. Car Dominique est le seul a pouvoir enfanter un monde sur lequel jamais plus la pluie ne tombera!

Aussi, parce qu’il faut être gentil, parce qu’il faut être solidaire, parce qu’il faut que Mahmoud, Robert et Hugo, ces braves représentants du monde libre, puissent enfin donner une voix à ceux qui n’en ont pas dans le respect de tous, parce que, enfin, il faut être bien coiffé, l’Eve future donne sa voix à Dominique. Elle vote pour un nouvel ordre mondial qui fasse prévaloir le droit et la justice, et ose enfin dire non à la guerre et aux pointes sèches!

Elle vote République Solidaire!