Archive for janvier 2010

Apprenons à rire au Parti Socialiste

janvier 28, 2010
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La pensée du jour

janvier 27, 2010

« Ah que la méchanceté fait du bien, quand elle tape sur les autres ! »

(Alain B., sur le monde.fr, à propos de Stéphane Guillon)

Les vrais gens

janvier 26, 2010

– bonjour Jean-Philippe

– monsieur

– je vous ai fait venir parce que le président n’est pas content

– oui, monsieur

– les sondages sont bas, l’action du gouvernement est illisible. Hier encore, lorsque nous en parlions, il m’a demandé « quel gouvernement ? »

– ha ha, le président a le sens de la formule, monsieur

– oui. J’ai aussi appelé Edouard, le conseiller power point, mais il n’est pas encore arrivé. Donc, en attendant, Jean-Philippe, puisque vous êtes le conseiller média, vous allez devoir me donner des idées

– oui, monsieur

– …

– …

– alors, des idées ?

– j’y réfléchis, monsieur

– pas trop longtemps non plus, mon cher Jean-Philippe. Comme me le disait le président ce matin, « qui réfléchis trop ne saurait agir tôt »

– voilà qui est bien dit !

– n’est-ce pas… et dire que certains le prennent pour un inculte !

– …

– oui, Jean-Philippe ?

– une honte, monsieur

– heureux que nous soyons du même avis.

– mais que fait ce foutre-dieu d’Edouard ?

– je l’ignore, monsieur

– des idées en attendant ?

– oui, monsieur : le président pourrait faire une allocution télévisée

– hum

– éventuellement nous pourrions le placer dans les jardins, ce qui nous permettrait d’installer le dispositif-caméras tout autours. En introduction, nous pourrions faire un travelling vertical montrant la rue Saint-Honoré, pour montrer le côté « homme de la rue » du président.

– continuez, mon cher Jean-Philippe, vous m’intéressez

– ensuite, durant l’émission, nous pourrions faire une série de travelling horizontaux qui mettraient en valeur l’aspect dynamique du président, travellings auxquels on pourrait rajouter…

– je me permet de vous rappeler qu’il s’agit d’une allocution du président, mon cher Jean-Philippe

– …

– pas d’une reconstitution du Cuirassé Potemkine

– certes, monsieur

– en plus, votre truc de l’homme de la rue, ça ne prendra pas. Il faudrait dégager les cars de CRS, ce que le président n’acceptera pas

– je suis d’accord, monsieur

– bien

– et une conférence de presse, monsieur ?

– une conférence de presse ? On en fait une tous les mois !

– non non, une différente, avec des journalistes qui posent des questions

– …

– …

– ha ha ha! Toujours le mot pour rire : c’est pour cela qu’on vous apprécie en haut lieu, mon cher Jean-Philippe

– merci monsieur

– Mais toutes ces frivolités ne nous donnent pas de solution, alors que je vois le président dans une heure. Et que peut faire Edouard, bon sang ?

– Tout à fait entre nous, monsieur, j’ai cru entendre que son dernier diaporama avait déplu au président

– tiens donc !

– mais ce ne sont là que rumeurs, probablement.

– Cela va sans dire. Puis-je vous confier quelque chose, Jean-Philippe ?

– certainement, monsieur

– vous êtes un homme très correct, si on ne vous laisse pas parler plus de quelques secondes.

– …

– vous pouvez dire merci, Jean-Philippe

– merci, monsieur

– alors, des idées ?

– il est possible que j’en ai une : puisque le président veut se rapprocher des gens, pourquoi ne pas le laisser discuter avec des vrais gens ?

– des vrais gens ?

– oui, des gens de la rue…

– j’avais compris, Jean-Philippe. Mais vous savez que le président ne garde pas vraiment de bons souvenirs de ses derniers contacts. Je doute qu’il en apprécie l’idée.

– mais si nous réussissions à créer un contexte favorable, monsieur…

– un contexte favorable ? Une idée lumineuse aurait-elle germé dans votre cerveau ? Ce serait une première, mon cher Jean-Philippe !

– …

– ha ha ha, au contact de notre président, je deviens chaque jour plus drôle. N’est-ce pas, Jean-Philippe !

– oui, monsieur

– ha ha… hum, bon, qu’entendez-vous par « contexte favorable » ?

– eh bien, si nous réussissions à créer une ambiance de discussion entre le président et une petite dizaine de personnes, cela pourrait recréer une ambiance tout à la fois sérieuse, conviviale et prompte à éviter les débordements des uns et des autres.

– « des uns et des autres » ?

– oui, monsieur

– le président appréciera la délicatesse de votre formule

– merci, monsieur

– très bonne idée, la discussion autours d’un café. Où se déroulerait-elle ?

– je ne sais pas encore.

– plus grave : comment sélectionner les dix personnes ?

– je l’ignore aussi. Nous pourrions peut-être demander à Arthur de nous fournir son public…

– celui de ses émissions ou celui de ses spectacles ?

– je ne sais pas encore, monsieur

– attention, Jean-Philippe, le président veut du concret, quelque chose qui le rende respectable dans l’opinion senior

– oui monsieur

– ce qui suppose l’abandon du plan nichon sur la brunette du premier rang, n’est-ce pas Jean-Philippe ?

– bien sûr monsieur

– d’autres idées ? Une vous est déjà venue, et un miracle ne vient jamais seul !

– euh… merci monsieur

– à moins qu’il nous faille au contraire attendre désormais de longues années ! ha ha ha !

– …

– ha ha ha ! hum… bon, revenons à nos vrais gens

– oui, monsieur, je pensais y mettre un panel représentatif de la diversité sociale…

– très bien, ça, « diversité sociale », ça fait ouverture à gauche, mais pas trop. Le président va aimer !

– je l’espère, monsieur…

– mais dites-moi, mon cher Jean Philippe, qu’entendez-vous au juste par « diversité sociale » ?

– eh bien, je pensais m’inspirer de la diversité des vécus, afin que chaque spectateur puisse se retrouver dans les questions posées par un des intervenants.

– intervenants ?

– euh, je veux dire : vrais gens.

– je préfère. Et, est-ce qu’on est obligé de s’inspirer de tous les vécus ?

– c’est préférable, monsieur, le public n’apprécierait pas que notre panel représentatif ne représente que le parti.

– certes, Jean-Philippe, vous me prenez de court…

– merci, monsieur

– vous ais-je dis que c’était une bonne chose, Jean-Philippe ?

– euh non, je pensais…

– vous devriez éviter de penser, Jean-Philippe, ou ça risque de vous créer des ennuis

– oui, monsieur

– bien, la question est donc : comment éviter que tout ça devienne politique ?

– je pense, monsieur, que le format de la dernière campagne a donné entière satisfaction sur ce plan-là.

– expliquez-vous mieux !

– en focalisant les gens sur un prétendu vécu personnel, on les renvoie sur leur problème propre en les privant de la capacité de penser en terme collectif, ou politique…

– très bien, mon cher Jean-Philippe… et espérons que cela fonctionne, il s’agirait pas qu’ils lui posent des questions de politique étrangère ! ha ha ha ha !

– ha ha ha !

– ha ha ha ha ! hum… plus sérieusement, où allons-nous trouver ces gens ?

– je l’ignore, monsieur… on pourrait bien demander aux impôts…

– ridicule, mon cher Jean-Philippe… mais dîtes-moi, avez-vous seulement pensé à appeler Pernaut ?

– Pernaut ?

– Pernaut !

– je dois avouer, monsieur, que…

– c’est une trèèès bonne idée, ça, lui saura quoi faire pour composer ce public.

– si je puis me permettre, monsieur

– oui oui, permettez-vous de sortir, cher Jean-Philippe, je témoignerai au président de l’allant qui fut le votre pour préparer cette émission…

– …

– au revoir Jean Philippe

– au revoir, monsieur

– allo, Jean-Pierre ? C’est moi, je viens d’avoir une idée…

CSA, mon amour

janvier 25, 2010

Un bureau du CSA, lundi 25 janvier, quelques minutes avant l’intervention télévisée du président.

– bon, on se fait un briefing consignes ?
– consignes ?
– …
– quelles consignes ?
– …
– ah, les consignes !
– bon, faut qu’on soit prêts, là, ça commence dans cinq minutes.
– ok
– ….
– ….
– Bon, rappelle-moi les trois cas de figure possible du décompte
– euh, le régalien, le « campagne électorale », et euh…
– le commentaire privé !
– ah oui, le commentaire privé, c’est ça !
– c’est bien. Maintenant, dis-moi…
– …
– pourquoi tu me regardes comme ça ?
– euh, dis, ça veut dire quoi « le régalien » ?
– je sais pas, ils l’ont pas dit dans la fiche d’instruction ?
– c’était peut-être dans la partie en japonais…
– pas japonais, idiot, coréen !
– Pfiou, comment tu sais que c’est du Coréen ?
– c’est marqué en bas, en italique : « autorité de contrôle de télédiffusion de la Grande Patrie de la Corée Démocratique et Anti-impérialiste »
– ils ont fait venir les fiches d’instruction de décompte de Corée ?
– oui
– pourquoi ?
– je sais pas… faudrait demander au directeur !
– lequel ?
– je sais pas… le dernier… celui qui a reçu une lettre de François Hollande
– ah, celui-là !
– …
– …
– bon, ça commence dans 3 minutes, faudrait quand même savoir ce que signifie régalien !
– attend, ils ont un dictionnaire au bureau d’à côté

( quelques secondes passent)
– ça y est, j’ai la définition : « régalien : qui est attaché à la royauté ou à la présidence de la République »
– d’accord !
– bon, maintenant, on sait
– oui…
– …
– et, euh, en fait, ça veut dire que tout ce que va dire le président va être régalien, si je comprends bien ?
– voilà.
– donc, on décompte tout en régalien ?
– c’est ça.
– ah…
– …
– …
– QUOI ?
– ben, en fait, si on décompte tout en régalien, ça sert à rien qu’on décompte ?
– si si, au cas où il ferait de la campagne électorale, ou bien au cas où il traiterait de sa vie privée…
-ah
– …
– mais dans ce cas, ce n’est pas du régalien ?
– hum, c’est vrai…
– …
– bon, je vais chercher le dico de gégé, dans le bureau d’en face.

(quelques secondes passent)
– cette fois, c’est bon : « Droit régalien. Droit (de paix ou de guerre, de faire la loi, de battre monnaie, droit de grâce, etc.) qui appartient au roi, au souverain. »
– ok, cette fois, c’est plus clair.
– oui !
– donc, si le président déclare la guerre à la Belgique, on le décompte en régalien ?
– c’est ça !
– et s’il parle de ses vacances en Belgique, c’est du temps de vie privée?
– voilà!
– et s’il parle de l’insécurité en Belgique ?
– je ne sais pas…
– à la limite, on fait moitié-moitié « régalien » et « campagne électorale », puis s’il parle d’une loi ou d’une monnaie contre l’insécurité, on met tout en régalien…
– ok
– mais, par contre, s’il…
(entrée du directeur)
– bonsoir
– bonsoir
– …
– BONSOIR!
– bonsoir!
– bonsoir
– …
– je suis le nouveau directeur, vous avez eu les nouvelles consignes ?
– euh… non ?
– ah mince, heureusement, je pense à tout : voici le formulaire 554 A, tiret 6, tiret 568 B du nouveau code de décompte du temps de parole présidentiel.
– mais, euh…
– plait-il ?
– l’émission commence dans 20 secondes…
– ah oui… aucune importance, de toute façon, c’est écrit en japonais.
– japonais ?
– ou coréen, je ne sais plus…
– merci monsieur !
– bonne soirée messieurs, n’oubliez pas que la bonne marche de notre démocratie dépend de vous !
– euh… merci monsieur !
(sortie du directeur)

– …
– …
– Tiens, c’est quoi ?
– je ne sais pas, c’était à la fin du nouveau formulaire…
– on dirait une cible de jeu de fléchettes.
– c’est vrai !
– il y a même les fléchettes fournies avec!
– qu’est-ce qu’il y a écrit dans la cible ?
– attend, je ne vois pas, c’est écrit en coréen…
– attend, en dessous, c’est écrit en français, en italique
– c’est tout petit!
– ré…
– régalien…

Fin du premier épisode
Père Ubu

Confessions et polaroids

janvier 24, 2010

Petite confession, une semaine après l’ouverture de ce blog : je ne suis plus de gauche.

Non pas pour autant que j’ai « glissé à droite » (bien que j’affectionne cette expression, qui n’est pas sans évoquer les interminables heures de curling qui nous attendent le mois prochain). En fait, et pour tout dire, j’ai toujours ressenti le plus profond mépris pour la majorité des idéologies classées à droite, et particulièrement pour le versant « pétainiste » des dites idéologies : le culte sénile du terroir, la culture française (oui oui, celle de Stendhal, de David et de Racine) réduite au cul de la vache et au marché-du-sud-ouest, tout cela ne provoque en moi que rire ou accès de bile, selon mon humeur. D’où le mépris total que j’ai pu éprouver pour un Chirac, par exemple (dont, soit dit en passant, seules les « affaires » ont pu attirer ma sympathie).

J’éprouve tout juste moins de mépris pour le versant cocardier de la droite : ce spectre des vrais-et-purs-patriotes qui se croient en droit de monopoliser le patriotisme – les Français étant de toute évidence trop bêtes pour qu’on puisse risquer de leur en laisser le libre usage-, d’en user comme bon leur semble et, chose plus comique encore, de décerner à chacun des brevets de bonne conduite patriotique.


Bien entendu, être un vrai-et-pur-patriote impose de respecter des règles de base :

– critiquer autant que possible le libéralisme, parce que le libéralisme, c’est le mal. En plus, le libéralisme, c’est anglo-saxon.

-critiquer autant que possible le « modèle britannique ». Prendre soin de mettre des guillemets à « modèle britannique », afin de bien montrer que les libéraux anglo-saxons ne vous la font pas, à vous. Si vous ne savez pas ce qu’est le « modèle britannique » et que quelqu’un demande ce qu’est le « modèle britannique » dont vous parlez, répondre : « ah, vous aussi, vous ne vous êtes pas laissé berner par ce prétendu « modèle britannique »! »

– critiquer autant que possible les Etats-Unis. Lors d’une discussion sur le dit-sujet, placer au moins une fois les mots suivants : impérialisme, cinéma commercial, Israël, Mac Donald, guerre, inculte, Georges Bush.

– avoir le torse gonflé et les larmes aux yeux lorsque vous évoquez l’épopée napoléonienne. Eviter cependant de la fêter en public, et vanter officiellement l’histoire anglaise : les anglo-saxons préfèrent, vous comprenez

Après les cuistres des brevets de patriotisme vient la droite « force de vente ». Ne sachant pas vraiment faire la différence entre les thèses d’Adam Smith et celles de Michel Edouard Leclerc, croyant dur comme fer que déjà en son époque, Napoléon devait lutter contre la racaille,  l’immigration et le réchauffement climatique, cette droite est à ce point inconséquente qu’elle en deviendrait presque sympathique.

Les représentants de cette droite pensent sincèrement que l’ère des idéologies est morte. Et c’est tant mieux, parce qu’une idéologie, c’est soit communiste, soit fasciste. Or, le fascisme, c’est mal. Presque autant que le communisme. Maintenant que les archaïsmes idéologiques sont morts, on peut enfin gouverner de manière pragmatique, c’est à dire de manière moderne, comme a su le faire avec un talent non discutable Jean Pierre Raffarin. Qu’est-ce que gouverner de manière moderne, te demanderas-tu, cher lecteur? C’est simple : tu vois l’épicerie de tonton Jacob? Eh bien, un Etat, c’est pareil.

Logiquement, la droite force de vente croit au destin présidentiel irrésistible de Xavier Bertrand et/ou de Jean François Coppé.

Si vous avez lu ce grand classique qu’est le livre de René Rémond sur Les droites en France, vous retrouverez dans cette brève description politique du temps présent les formes dégénérées de ces trois socles idéologiques de la droite française que furent les ailes conservatrice, bonapartiste et libérale. Et que sont devenus les véritables représentants de ces ailes politiques, me demanderez-vous? Certainement dissous dans la grande foire à la modernité qu’est devenue la droite dans ce pays, à l’image de la droite italienne (mais sans l’aspect mafieux qui lui donnerait, à la limite, un certain intérêt).

J’ai bien envie de terminer cet article sans parler de Sarkozy. D’abord parce qu’il ne m’intéresse pas. Ensuite, parce que j’aurai très bientôt l’occasion d’en parler dans un article consacré au futur opéra-comique dans lequel il se verra interrogé par Jean Pierre Pernod et son panel de vrais gens.

En attendant, chers lecteurs, je vous souhaite un bon dimanche!

Le jour d’après.

janvier 23, 2010

Et plein d’autres dans cette adresse de bon goût

L’identité nationale pout les nuls (I)

janvier 20, 2010

Afin que toi aussi, cher lecteur, tu puisses mourir moins bête, découvre avec ce petit questionnaire si oui ou non tu es français.

Question 1 :

Cet homme est :
1. un réactionnaire opposé à l’avènement d’une société multiculturelle et post-raciale.
2. le brillant exemple de l’intégration républicaine qui laisse ses chances à chacun et permet un meilleur vivre-ensemble.
3. un nazi.
4. Tiens, Hannibal… je n’avais jamais remarqué…

Question 2 :

Cet objet est :
1. un objet qui prouve la possibilité de l’ouverture à l’autre et d’une pluricitoyenneté accomplie.
2. une forme d’art dégénéré, qui participe à mettre en doute l’intégration et le vivre-ensemble entre l’artiste et sa société d’accueil.
3. vu la couleur, un objet nazi.
4. un urinoir? ça tombe bien…

Question 3 :

Cet homme est :
1. une personne qui n’a pas su mettre sa diversité au service d’un comportement citoyen et d’une l’ouverture à l’autre plus complète, c’est dommage.
2. un fumeur. Ce qui risque de gravement remettre en cause sa citoyenneté d’après l’article 9, paragraphe 43, alinéa 5, tiret 7, tiret 28-455, tiret 9 du nouveau code de l’identité française.
3. un nazi? étrange, ils sont mieux rasés habituellement…
4. no comment.

De l’humour, du masque et de la plume

janvier 18, 2010

Alors donc, hier soir, je me consacrais à cette activité favorite -et un peu honteuse- de mes dimanches soirs entre 20h et 21h qu’est l’écoute de l’émission « le masque et la plume » sur France Inter. Favorite, elle l’est devenue grâce à l’humour mordant et parfois très inspiré de ses protagonistes, qui peuvent aussi bien passer dix minutes à décortiquer LE plan-séquence de dix-sept secondes qui marque l’originalité suprême d’un film roumano-ukraino-bulgare sorti dans 25 salles françaises, que lapider durant les mêmes dix-sept secondes un film dont ils estiment que la testosterone à outrance et/ou l’effet lacrimogène recherché à grandes truelles de pathos sont justement l’occasion idéale de lancer un concours de bons mots, au détriment du-dit film, mais au grand avantage de l’humeur des intervenants et, le plus souvent, des auditeurs.

Un peu honteuse, aussi, dans la mesure où j’aime à me vanter de l’indifférence que ne manquent pas de m’inspirer les avis péremptoires de notre landerneau culturel…

Or donc, hier soir, je suis sorti de l’écoute de l’émission à la fois satisfait et catastrophé. Satisfait de retrouver la même verve, les mêmes critiques adressées par des auditeurs en colère à des commentateurs trop heureux de voir leur conviction et leur avis renforcé – donc légitimé- par un courrier parfois fielleux, souvent antiparisianiste, et tirant le plus souvent argument du « manque d’humanité » de ces commentateurs bobos, coupés des réalités, et déniant les réalités des « vrais gens » (tiens, un concept que je creuserai un jour, mais revenons à nos moutons). Mais catastrophé aussi par les critiques que le masque et la plume a réservé à l’un des films les plus profondément originaux et inventifs -ne serait-ce que dans sa thématique- de ces dernières années… J’entends le film Agora, d’Alejandro Amenabar.

Toute la qualité et tout le problème de cette forme d’humour très particulière -et très française- qu’est la dérision vient de ce que sa cible ne peut être que l’autre, en tant qu’inférieur. Là où l’humour britannique, basé sur l’absurde (se moquer de l’ordre du monde) et sur l’autodérision (relativiser le conflit entre rôle social et personne privée) tire ses origines du dramatique XVIIème siècle et du triomphe des valeurs bourgeoises, l’humour français se fonde encore sur un modèle aristocratique. La dérision est, par essence, l’humour de l’aristocrate signalant au parvenu les distances proprement intergalactiques qui existent entre eux, et qui ne peuvent être franchies qu’à la condition que le parvenu intériorise son statut d’infériorité et prenne conscience du ridicule qu’il y aurait pour lui à vouloir accéder à la véritable noblesse, celle qui ne s’apprend pas.

Pour autant, il ne faut pas méjuger la valeur de la dérision : employée par les bonnes personnes, elle est une arme extraordinaire au service du bon goût. Et c’est l’un des grands malheurs de notre époque que ne pas avoir laissé la dérision entre de bonnes mains. Il n’est qu’à voir l’opposition du XIXème siècle entre la platitude de la pensée anglaise et la féroce originalité de l’esprit français pour ne pas mésestimer le rôle d’une élite culturelle qui sut croire en la grandeur et en la noblesse de son rôle, à tel point que la France, devenue une puissance politique de second rang en Europe, n’en resta pas moins l’hyperpuissance de culture dans le monde jusqu’en 1914. Bien entendu, cette grandeur culturelle n’alla pas sans un profond mépris envers une « culture » bourgeoise éprise de massification et de démocratie.

On pourrait croire que le déclin de la culture française qui a suivi la première, et plus encore la seconde guerre mondiale, aurait pu affaiblir cet humour de dérision. Il n’en est rien. Les traits d’esprit qu’un Sartre a pu lancer envers Camus, le prolo devenu écrivain, le philosophe pour classes de Terminale, tient précisément de cette dérision. Et c’est là tout le problème de la dérision, qu’elle poursuit inexorablement sa logique quelle que soit la médiocrité et/ou l’aveuglement de ceux qui l’utilisent. D’une dérision au service des intérêts de l’élite culturelle surdouée d’un pays avant-gardiste, nous sommes peu à peu passés à la dérision de quelques pontes jargonants à l’esprit vitreux, se croyant gardiens du bon goût parce qu’ils étaient gardiens de la bonne doctrine. Ainsi, le même esprit de supériorité fut placé non plus au service du beau et du bon, mais à celui du bien et du conforme.

A cela s’ajouta un évènement que l’on peut, avec le recul, considérer comme le coup de grâce d’une dérision qui avait de toute façon mal tourné : je parle bien entendu de l’arrivée de la culture populaire américaine. Les nouveaux aristocrates français, la carte du Parti dans une main, l’élitisme dans l’autre, n’eurent pas de mal à faire face à l’évènement : cette sous-culture n’était que le produit d’une industrie du divertissement abrutissant les populations. La critique de cette sous-culture (et l’humour méprisant qui peut l’accompagner) était dès lors le mal nécessaire à la libération des masses laborieuses soumises, bla bla bla…

Bien entendu, Sartre eut des phrases très bien senties. Il eut un humour terrible.

Oui mais voilà : lorsque Baudelaire anéantissait en des pages furieuses le matérialisme américain, c’était pour défendre Edgar Allan Poe face au conformisme bourgeois. Grâce à Baudelaire, la culture française s’enrichissait de Poe et fustigeait la petitesse américaine. Lorsque Sartre annihilait d’un aphorisme ravageur la science-fiction américaine, c’était pour défendre le terroir français face à l’originalité d’outre -Atlantique. . Désormais, la culture française était du côté de la petitesse et l’originalité avait changé de camps. La dérision, de ce côté-ci de l’Atlantique, était devenue l’arme des bien-pensants.

Or, s’il y a bien une chose que la vie se charge rapidement ne nous enseigner, c’est qu’il n’est rien de plus terrible que de se retrouver du mauvais côté de la dérision. Il y a quelque chose d’irrésistible dans cette puissance de la dérision, lorsqu’elle s’ébranle et décide de frapper une cible renvoyée à son statut d’inférieur, de ridicule. Car, quand bien même la cible essayerait-elle de riposter, elle trouverait face à elle toutes les ressources d’une éducation supérieure, malheureusement utilisée dans le seul but de conserver le Temple face aux assauts de l’originalité.

Ainsi le pauvre film d’Amenabar fut-il traité à la légère. Parce que son esthétique est baroque et inégale, parce que les acteurs ne sont pas tous convaincants, parce que découvrir les lois de Kepler au IVème siècle est absurde, quand même, parce qu’enfin, il faut le dire, tout cela n’est pas très réaliste

Peu importe, dès lors, la pertinence d’une mise en scène particulièrement bien mise au service du sujet, la manière brillante dont sont agencés les évènements historiques et les réflexions d’Hypathie, l’émotion à fleur de peau alliée à l’intelligence du propos, l’originalité du sujet comme de son traitement. En se concentrant sur quelques éléments jugés d’emblée ridicules, donc inaptes à priori à participer de notre enrichissement culturel, les commentateurs en oublient et la portée du message, et l’intérêt d’une forme parfois bancale certes, mais toujours originale.

Mais l’originalité effraye. Américaine et populaire avant tout, elle se voit inexorablement associée au triomphe de la masse et de la médiocrité. La dérision française est désormais du côté des gardiens d’un temple en ruine et assailli de toutes parts, et ces mêmes gardiens qui se gaussent aujourd’hui regarderont peut-être avec nostalgie cette agora qu’ils méprisèrent jadis.

Bienvenue à toi, cher lecteur!

janvier 18, 2010

En nos temps doux et baroques à la fois, il est difficile de résister à la tentation de parler de tout et de n’importe quoi sur internet. C’est donc à mon tour de me lancer dans cette grande aventure.

Afin d’éviter la propention au narcissisme que ne manque pas de susciter ce genre d’initiative, et dans la mesure où ne me guide aucun principe particulier, qu’il soit politique, esthétique ou autre, et dans la mesure où ce blog ne sera pas réservé à un genre particulier, que ce soit l’actualité politique/cinématographique/littéraire, la critique des derniers numéros d’Okapi ou la digitabuphilie (si si, ça existe!), il est d’autant plus important de fixer quelques règles de base.

Ce blog aura donc pour vocation de traiter d’une multitude de thèmes, si possible sous l’angle de l’humour (absurde de préférence, noir si cela s’impose), et, si nécessaire, sans humour. Les articles sans humour (ou encore « prise de tête ») seront repérés par un sigle spécial encore en analyse dans les laboratoires de wordpress, mais qui ressemblera certainement à une petite carte plastifiée, comparable à celle que sort l’agent Mulder lorsqu’il veut prouver qu’il est bien un agent des fascistes fédéraux de Washington lorsqu’il arrive dans un village du fin fond de l’Arkansas.

Le portrait de J. Edgar Hoover pourrait alors être remplacé par celui, guère plus avenant il est vrai, mais ô combien plus classe, d’Oscar Wilde en train de s’en griller une :

Voici donc un site qui va parler de tout et n’importe quoi, à l’exception notable de :

– la variété française, la chanson et, d’ailleurs, la musique en général. Parce que sans musique, la vie serait une erreur. Et que l’expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs.

– la Palestine. Un grand problème de réglé.

– l’actualité judiciaire/policière/sociétale : moi, un procès, ça me fait dormir, à part lorsqu’il est vite et bien mené. Quant à mon avis sur l’euthanasie, la polygamie, le mariage gay ou l’adoption par les couples homoparentaux de petits enfants trisomiques violés à de multiples reprises par leur arrière grand-père et achetés dans un village reculé de Transylvanie… et bien, il y a des endroits où je peux le donner, éventuellement.

Néanmoins, et afin de ne point débuter ce modeste blog sous les auspices du mensonge, il convient d’ajouter que certains sujets seront abordés plus que de mesure. Parmi ceux-ci la politique ou la science-fiction (que j’essayerai en général de relier à la première). Je ne m’interdis de parler de rien, à l’exception de ce qui a déjà été signalé plus haut.

Evidemment, certains posts pourront être assez fantaisistes, voire carrément idiots. Je te fais alors confiance, ô lecteur, pour me confier tes tourments et tes interrogations dans la partie prévue à cet effet, au bas des articles.

Bien entendu, langue française oblige, les « lecteurs » comprennent aussi les lectrices. Et bien que ce modeste lieu soit placé sous le patronage de la plus antiféministe des gloires littéraires du XIXème siècle, cette Eve future de fer et d’électricité qui fut, pour Villiers de l’Isle-Adam, préférable à ses homologues de chair et de sang, ne vous inquiétez point, gentes dames, et usez comme il vous plaira de la partie consacrée aux commentaires pour confier les critiques et remarques que n’aurait pas manqué de susciter un article. ;-)

Sur ce, je ne peux que vous souhaiter une bonne lecture,

Vallesmarineris