Dieu est-il écologiste?

Ce midi, comme tous les jours, je vais sur des sites météo.
Voyez-vous, j’adore la météo. Bien évidemment, cet hiver me comble, et je ne crois pas avoir jamais véritablement pesté contre le verglas qui fut parfois (et pas plus tard que ce matin) à deux doigts de me conduire dans un fossé. Ainsi, le vendredi qui précéda les vacances de noël, et alors que tout le réseau – y compris le réseau principal- était verglacé et enneigé, je pris ma voiture et fit un véritable tour du Loiret (Gien-Montargis-Orléans) à 50-70km/h (30 par moments), histoire de bien profiter du spectacle total généreusement offert par Mère-nature, le tout en jonglant entre averses de neige et chasses-neige (bon, certes, le désir légitime de conjuguer achats de noël et séance d’Avatar n’y fut pas pour rien…).

Tout cela pour dire que si un être humain sur cette planète devait se sentir particulièrement inquiet et horrifié par la survenue d’un réchauffement climatique, c’est bien moi. Tout ça aussi pour vous faire réaliser à quel point je peux me marrer lorsque des journaleux reconvertis apprentis-climatologues viennent m’expliquer le pourquoi du comment du réchauffement global dans un quelconque papier généraliste, en me prouvant par A plus B que mon indifférence criminelle envers le climat entrainera la planète à sa fin.

Eh, les gars, je dévorais des bouquins sur le climat quand vous appreniez à vous servir d’une mobylette!
Que voulez-vous, on est un geek ou on ne l’est pas.

Or, justement, voilà qu’en naviguant sur un site météo, et plus particulièrement dans la section climatologie du-dit site météo, je tombe sur ce lien (et là, lecteur, je t’incite à le lire même si, quand même, je ne te le dis pas, car je respecte trop l’intimité et le libre-arbitre qui font de toi un lecteur d’exception).

Maintenant, toi aussi, cher lecteur, tu sais que le réchauffement climatique n’est qu’un complot visant à nous faire accepter le fait que le pétrole va peu à peu disparaître.
Je ne reviendrais pas sur la logique propre au complotisme, qui est au mieux une paresse intellectuelle (la guerre pour du pétrole, gné), et au pire le symptôme d’une grave incapacité à faire face à la réalité (voir pour cela la bibliographie complète de Pierre Péan, par exemple).
Or, et c’est là que cela devient intéressant, si cette incapacité peut avoir une multitude de sources, elle a toujours comme point commun le rapport torturé à un élément signifiant dans la vie/la pensée d’un individu.
Ainsi le rapport torturé et passionné de Péan à la France l’entraîne-t-il, pour défendre la France, jusqu’à la négation du génocide des Tutsis, ainsi l’opposition quasi religieuse à l’idée officiellement admise d’un réchauffement climatique entraine-t-il ce cher blogueur à imaginer qu’un immense complot réunissant climatologues, pétroliers et grands dirigeants politiques aurait monté de toute pièce ce même réchauffement pour un motif hautement fantaisiste.
Bien entendu, ce qui nous intéresse ici n’est pas sa thèse, mais le contexte qui a pu mener cet homme, et bien d’autres qui se réclament d’une mouvance dite « climatosceptique », a partager cette thèse du complot climatique.

Ce qui nous amène tout droit au principal problème auquel se retrouve aujourd’hui confrontée la recherche climatique, à savoir son intégration -bien malgré elle- dans cet ensemble bien plus vaste -et bien plus politique- qu’est aujourd’hui la lutte contre le réchauffement climatique.

Or, et de plus en plus, cette lutte contre le réchauffement n’est plus scientifique, ni même politique, mais religieuse. C’est à une Croisade que nous sommes conviés, en lutte contre une menace d’autant plus perverse qu’elle se trouve en chacun de nous, et nous force à nous faire la guerre à nous-mêmes, à traquer les moindres traces de ce mal qu’il nous faut expurger à coups de purification (comment puis-je faire pour diminuer mon bilan-carbone?), le tout sous les yeux d’un Dieu-planète omniprésent et omniscient, sans lequel nous ne sommes rien, mais qui, paradoxalement, paraît n’être plus rien si nous ne sommes plus là pour le contempler –et le sauver! Car il ne faudrait quand même pas oublier qu’il s’agit là d’un culte d’Européens postmodernes, festifs et tolérants. Il ne s’agirait pas non plus de se battre pour un Dieu qui se contrefout de nous comme de sa dernière extinction massive couche culotte.
Quant à l’avis que ce Dieu pourrait avoir sur le fait d’être « sauvé » par l’espèce de Jacques Séguela et de Christophe Maé…

Bien entendu, une nouvelle religion ne va pas sans son lot de vrais fanatiques et de faux-dévots. Les premiers sont les héros de notre temps. Prenant sur leurs épaules de titan le sort de la planète toute entière, ils sont les seuls à tracer un avenir à une humanité déchue, qui, sans eux, serait condamnée à regarder Joséphine Ange Gardien en mangeant des pizzas quatre fromage sans même se soucier de ses enfants bientôt promis à la damnation éternelle. Les fanatiques se reconnaissent généralement à leur morgue de citoyens engagés (ce nom que l’on donne aujourd’hui aux commissaires politiques) cools et écoresponsables. Généralement, le citoyen engagé et écoresponsable (que l’on appellera l’écocitoyen), comme tout bon prêtre, n’a d’autre occupation que celle de rapprocher autant que possible sa pratique écocitoyenne de sa conviction religieuse écologique.
Estimant qu’il fait tout son possible pour vivre en accord avec ses convictions, il estimera posséder des droits, et en particulier celui de culpabiliser tout être humain qui ne chercherait pas autant que lui la voie de la pureté.
Ainsi, le fanatique écologiste envahit-il progressivement tout support médiatique qui peut aider à sa lutte contre le mécréant.

Le faux-dévot, quant à lui (et comme l’avait déjà compris Molière), est une source intarissable de rire.
Jean-Philippe, militant UMP des Hauts de Seine, et récemment chaud partisan du Grenelle de l’environnement, en est l’archétype. Au fond, il se fout de la nature et de l’environnement comme de ses derniers électeurs décédés, mais décide que la stratégie électorale impose de faire semblant de s’y intéresser. Alors, bien sûr, des fois, ça réussit, et Jean-Philippe impose à tous sa morgue de commissaire politique à l’occasion du grenelle de l’environnement. Mais bien heureusement, ça rate la plupart du temps, et Jean-Philippe se retrouve alors en train d’approuver un grand projet d’Airbus visant à refroidir la planète en lançant des glaçons sur la banquise. Et c’est justement pour ça qu’on les aime, nos faux-dévots!

Vous me direz, chers lecteurs, qu’il nous manque ici une dernière catégorie : les hérétiques.
Tout système religieux secrétant ses rejets, il n’en va pas autrement du système écolo-climatique. Les hérétiques croient être de grands esprits indépendants, alors qu’ils sont tout aussi soumis à la norme religieuse que les écologistes. Car l’hérétique ne s’intéresse pas à la climatologie en tant que science, mais en tant que religion qu’il pourra retourner contre le dogme officiel au nom de ses propres dogmes.

Car, et c’est là qu’est tout le problème, quand la discussion scientifique se mène sur une base rationnelle qui laisse toujours à ses participants la possibilité d’un terrain de communication et d’objectivation du conflit, la discussion théologique, elle, se mène sur une base par définition non-objectivable, irréductiblement fermée à ceux qui n’adhèrent pas intégralement à ses dogmes. Elle ne laisse que la possibilité de s’inscrire au sein du système, ou de le rejeter dans son intégralité. Pas de juste milieu. Pas de compromis.
Ainsi, ceux qui rejettent la théologie du réchauffement climatique sont aussi tentés de rejeter par là même le réchauffement en tant que fait scientifique. Et notre pauvre blogueur, obsédé par l’idée de rester libre de la théologie climatique, ne fait en réalité que s’inscrire bien malgré lui dans le schéma de pensée de ses adversaires (Un peu comme ces prétendus athées qui passent leur vie à critiquer le pape), renforçant de ses thèses complotistes leur argumentaire sénile…

A la fin de ce petit tour d’horizon de l’Empire du réchauffement, se pose quand même la question : y a-t-il une quelconque chance que nous puissions échapper, dans les années qui viennent, au mouvement des zozos « sauvons la planète »?
Probablement pas. L’Europe, et la France tout particulièrement, a besoin de croire. Et puisque Dieu, la nation, l’histoire ou toute autre chose nous sont désormais interdits (trop fascistes), il nous faut bien le remplacer par quelque culte new age plus ou moins débilitant.

La lutte contre le réchauffement en vaut bien un autre.

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