L’eunuque, le cowboy et le tsar

Excellent article paru sur un site de trop bon goût pour ne pas être réactionnaire.

« L’eunuque, le cowboy et le tsar » est une référence, en cette année d’amitié franco-russe, aux tentations pro-russes de nombre de Français qui croient forger dans une nouvelle alliance continentale le projet grandiose d’une union eurasiatique pouvant contrebalancer la puissance américaine.

Mais là est le problème que ceux qui croient en cette construction continentale sont aveuglés par leur antiaméricanisme  sur la véritable nature de la Russie : un pays qui ne se considère pas comme européen (et fonde précisément son rapport au monde sur son ambiguïté euro-asiatique), une puissance dont les doctrines géopolitiques tiennent de Frédéric II et de la grande Catherine (et non de Robert Schuman et Jean Monnet), un pays, enfin, passé maître dans l’art de se victimiser afin de nier toute responsabilité dans une marche du monde qu’il influence pourtant plus qu’il ne le croit (mais certes moins qu’il se plaît à l’espérer). En clair, les Russes n’ont que faire de nos questionnements identitaires, comme ils n’ont que faire de notre grand projet de construction européenne -à moins, bien sûr, que celui-ci puisse être utilisé comme levier de leur weltpolitik.

Connaissant cela, il semble absurde de défendre un quelconque projet franco-russe hors des domaines économiques et culturels. Mais c’est mal connaître la force de l’aveuglement antiaméricain qui semble toucher tel un cancer l’opinion de gauche -et une part non négligeable de l’opinion de droite- dans ce pays, aveuglement apparu au grand jour lors du conflit russo-géorgien durant lequel les armées de bien-pensants de gauche se firent tout à coup les défenseurs acharnés d’une Russie qui n’en demandait pas tant, et qui conduit ses thuriféraires à courir, tels des eunuques, à la recherche de ce Sultan qui pourrait enfin bouter hors de leur vue l’hydre américaine. C’est mal apprécier l’expansion sans fin du ressentiment, telle une métastase envahissant tout le champs de la réflexion et oblitérant toute raison.

C’est mal connaître, enfin, l’influence mortifère de cette philosophie de la castration politique que l’on appelle la « construction européenne » et qui, amenée à sa Fin (le consensus total et l’harmonie éternelle), nous conduirait peu à peu à devenir des homo europeus, sortes d’eunuques impuissants et bouffis de ressentiments, tout juste capables de passer leurs journées à dénoncer le pensémal-et-la-discrimination-qui-brisent-l’harmonie tout en votant pour un quelconque parti fascisant, histoire de se défouler tous les 5 ans (quoique, la dialectique Halde vs Front National nous révèle que l’homo europeus est déjà notre présent…)

Voici donc notre petite Europe, potentielle puissance politique et militaire -si seulement nous savions nous donner la philosophie politique que nous méritons, disposant des moyens technologiques et culturels aptes à tenir la dragée haute à ces Russie et ces Chine qui semblent tant nous effrayer depuis peu, et qui se résout, au nom de ses « valeurs », de sa « construction européenne », de la « paix », à n’être que le grand lupanar de ce XXIème siècle, tout juste bon à engendrer les maquerelles qui sauront le vendre à quelque puissance de second ordre auprès de laquelle elle ira désormais prendre ses ordres.

Mais cela n’est pas grave.
car en nous passant de la nécessité d’assumer nos décisions, nous resterons aussi purs et vierges de tout « mal » que nos chers « pères fondateurs » le désiraient. Nous serons le continent de l’innocence, jusque dans les crimes que quelque Empire nous fera commettre. Nous serons le continent de la paix, jusque dans les guerres que nous serons obligés de faire au nom de notre puissance tutélaire.
Nous serons les purs et les bons, les homo europeus passant leurs journées à fantasmer sur la « lutte contre le libéralisme » ou l' »islamisation de l’Europe », pendant que le reste du monde sera occupé à des besognes naïves et secondaires.
Celle de faire l’histoire, par exemple.

Mais heureusement, nous en rirons.

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2 Réponses to “L’eunuque, le cowboy et le tsar”

  1. Hyarion Says:

    Bon choix pour la troisième illustration (cette photo a-t-elle un auteur identifié ?) : j’espère pour toi que cela aura des conséquences positives sur ton audience… ;-)

    Quant à la deuxième illustration, ce serait amusant de faire une partie de ce jeu de stratégie, un de ces jours… Cela fait une éternité que je n’y ai pas joué… ;-)

    Amicalement,

    Hyarion, passant en coup de vent… mais qui a quand même lu l’article… ;-)

  2. vallesmarineris Says:

    Il était plus que temps de commencer à soigner mon audience, j’en ai assez des 10 visiteurs/jour ;-)
    (mais non, je plaisante mes chers lecteurs, je préfère dix lecteurs fidèles à 2000 chers lecteurs égarés ici par l’entrée « leatitia casta nue »)
    (Bien évidemment, je serais nettement plus compréhensif envers des lecteurs attirés ici par l’entrée « jane fonda nue »)

    Mais non, cher lecteur attiré ici par la grâce d’un moteur de recherche, ne fuis pas! D’ailleurs, pour te prouver que l’Eve future sait se mettre à la portée de toutes les attentes, Je te promets très bientôt des plans sympathiques de l’immanquable, que dis-je, de l’inimitable Barbarella.

    Amicalement,
    Vallesmarineris

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