Archive for mai 2010

Engagez-vous!

mai 31, 2010

Tu es européen, tu es jeune, tu te sens concerné par l’avenir du monde, le sort des Palestiniens et la cuisine à l’huile, tu es plein d’énergie mais tu ne sais pas comment exprimer ton amour débordant pour les grandes causes de ce monde? Rejoins donc la Flotte de la liberté!

La Flotte de la liberté te permettra de voyager en Méditerranée (tous frais payés*) à la découverte de paysages sublimes. Embarque sur un bateau de la liberté, et vient sillonner la mer sur les traces des grands citoyens engagés du passé, d’Ulysse à Pythéas, à la découverte des subtiles sirènes de notre temps, qui accompagneront de leur chant béni**  la mission humanitaire de la Flotte.

A travers ses escales nombreuses, la Flotte de la liberté te donnera un vaste aperçu de cette mer aux enjeux si complexes et fascinants. A chaque escale, tu auras l’occasion de confronter ta révolte et ton écoeurement à la révolte et à l’écoeurement de tant d’autres européens, qui, comme toi, sont révoltés et écoeurés du capitalisme, de la faim dans le monde, de la cuisine au beurre et du sort réservé aux Palestiniens par l’Etat impérialiste et colonialiste d’Israël. Chaque rencontre contribuera ainsi à forger une opinion pro-palestinienne et une révolte contre le sionisme criminel qui te sera propre, et fera de toi un être exceptionnel, citoyen éclairé et conscient des enjeux de notre temps!

Ainsi, devenu un homme nouveau dans les embruns de la mer millénaire, tu débarqueras sur les plages de Gaza***, cette immense prison à ciel ouvert dans laquelle survivent un million de Palestiniens, enfermés là sans raison par l’hydre sioniste. Tu y seras accueilli avec joie par nos représentants sur place qui t’indiqueront les chambres d’hôtel réservées par nos soins. La durée du séjour sur place dépendant de notre cher organisateur, tu pourras en profiter pour offrir tes talents aux chers administrateurs et amis de Gaza, qui donnent jusqu’à la dernière goutte de leur sueur pour le réconfort et le soutien aux civils gazaouis victimes de l’oppresseur sioniste. Là-bas, tu découvriras une nouvelle forme d’entraide et de générosité qui te permettront d’oeuvrer dans le sens des valeurs critiques et populaires que tu auras appris à apprécier durant ton périple.

Citoyen engagé, rejoins-nous donc!

Ceci est un message promotionnel en faveur de l’association « une flotte pour la Palestine »****


* La direction décline toute responsabilité dans les frais supplémentaires éventuellement occasionnés par la situation politique de certaines escales. Prévoir devises (euro, dollar, sterling, yen, CFA, -éventuellement deutsche mark pour parer à toute éventualité) en cas d’immobilisation imprévue du navire pour cause de déroutement ou d’abordage, ainsi que des cartes au 1/50 000 en cas (très peu probable) d’échouage.
** prévoir des écouteurs pour les heures de prières, auxquelles la direction recommande d’ailleurs de participer quelques fois (voir la partie « ouverture culturelle » du guide de voyage, p. 7 à 9).
***  La direction décline toute responsabilité en cas de problème dans le débarquement. Lors d’un éventuel abordage, veuillez vous conformer aux règles de sécurité définies en pages 12 et 13 (paragraphes 1.5 à 1.9), ainsi que les suppléments « inconvénients de voyage » réservés aux cas d’abordages par des troupes manifestement hostiles. Nous rappelons aux aimables participants que le lancer de tomates, d’oeufs ou de tout objet contondant sur des troupes hostiles reste déconseillé par l’ensemble de nos guides touristiques.
**** Association à but non lucratif. Vous pouvez contacter nos différents services aux agences suivantes : Beyrouth, Gaza, Londres, Sarajevo, Shiraz, Teheran, Tripoli, Tyr.
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Au PS, on n’a pas d’idées, mais on a des Congrès.

mai 29, 2010

« Au PS, le vrai travail commence », a confié Martine Aubry lors de la dernière Convention du Parti. L’occasion de revenir sur l’un des coups de génie organisationnel du PS : le Congrès.

Le congrès consiste à appeler un certain nombre de congressistes, les délégués, à les réunir dans une grande salle (point trop grande non plus, il est important qu’elle paraisse remplie) afin qu’ils viennent écouter des discours ennuyeux. A la fin d’un discours, les gentils organisateurs des congrès circulent dans les rangs afin de réveiller les délégués qui ont alors l’occasion d’applaudir. Cela leur est d’autant plus aisé que la fin d’un discours indique en général la survenue de la pause petits-fours.

Puisqu’il faut bien justifier la tenue d’un congrès, autrement que par la qualité des petits-fours et les prospectus touristiques disponibles dans l’office du tourisme de la ville organisatrice, les socialistes organisent en général une dispute.
La dispute est un rituel du congrès socialiste. Elle se mène en général entre des équipes, nommés des courants. Chaque courant est formé par un leader, appelé camarade (parfois charismatique, mais souvent non, dans la mesure où le charisme participe à une individualisation malsaine de la politique qui tend à mettre en évidence un personnage au détriment de ses idées : on appelle ça la pipolisation) et animé par des gentils organisateurs, aussi appelés personnes de conviction. Il arrive parfois qu’un courant soit formé par plusieurs camarades, au cas où un homme de conviction accéderait à la position convoitée de camarade de courant, ou lorsque plusieurs camarades décident de fusionner les motions.

La motion est le texte proposé par un courant. Il est formé d’un assemblage de phrases, débute par une majuscule et se termine généralement par un point (il arrivait souvent qu’une motion se termine par un point d’exclamation lorsque la dernière phrase était « à bas le capitalisme ! » ou encore « non à la droitisation du parti ! »). La motion présente généralement des idées pour un projet de société. Elle est remise à la direction après avoir reçu l’aval des comités de conformité morale, écologique, éthique et citoyenne.

Une fois toutes les motions remises, la dispute commence entre la motion A, pour une société « antilibérale et écologiquement responsable, dans le respect des libertés citoyennes de chacun », la motion B, pour un monde « plus juste et écologiquement responsable, dans le respect des libertés citoyennes de chacun » et la motion C, pour une société « qui promeuve le développement durable et la responsabilité écologique et sociale de tous, dans un monde où le libéralisme soit au service des citoyens, et non le contraire ».

Les disputes sont ritualisées : chaque camarade de courant vient exposer sa motion devant les autres en faisant un discours ennuyeux, que chaque délégué aura pu parcourir auparavant à l’écrit, de même que les services de presse qui en profitent pour manger des petits-fours. La réussite du courant durant le congrès se mesure généralement à l’écoute du discours par les autres camarades, qui peuvent :
– écouter avec un sourire poli. C’est généralement bon signe.
– écouter en hochant la tête. C’est généralement bon signe.
– écouter en faisant des blagues avec leur voisin(e), dont tout le monde se demande si c’est une vraie blague, ou uniquement un effet de mise en scène destiné à faire jaser les services de presse afin que les petits fours ne disparaissent pas tous avant la fin du discours. Quoiqu’il en soit, c’est généralement bon signe.
– ne pas être présent, mais indiquer que cette absence est due à des raisons externes à leur propre volonté, qui n’a donc rien à voir avec la teneur du discours et la qualité de la motion proposée par le courant, qui obtient bien évidemment tout leur soutien. C’est généralement bon signe aussi.

Lorsque les discours sont passés, les gentils membres du parti, aussi appelés les militants, sont appelés à voter pour décider laquelle, de la motion A, de la motion B ou de la motion C est la plus proche de leur sensibilité politique. Une fois le vote passé et les résultats connus, une synthèse entre les trois motions est proposée par le grand leader du parti, aussi appelé premier secrétaire. La synthèse consiste à prendre des mots dans la motion A, la motion B et la motion C, afin de les mélanger pour donner une motion ABC. Suivant le vote des militants, la motion ABC sera déséquilibrée en faveur de l’une ou l’autre des motions originelles. Par exemple, si la motion A est arrivée en tête, la synthèse sera ABC. De même, si la motion B est arrivée en tête, la synthèse sera ABC. Le camarade à la tête du courant dont la motion est arrivée la première se voit attribuer une place de choix à la direction du parti, aussi appelée le secrétariat national.

Les militants sont appelés à voter pour approuver la motion de synthèse. Il est rare que la motion de synthèse soit refusée, dans la mesure où aucun gentil organisateur ne circule pour réveiller les militants avant le vote. Une fois adoptée, la motion ABC devient le programme du parti jusqu’au prochain congrès. Le programme sert à patienter une fois que les petits-fours sont terminés.
A la fin du congrès, les survivants décident de la date du prochain congrès. Les autres sont renvoyés dans leur cellule, aussi appelée section du Parti. Enfin, certains reviennent à la vie et chantent l’Internationale. En général, ils meurent aussitôt après.

La pensée du jour

mai 16, 2010

« Aller faire la mariole dans une manif anti-dictateur dans un pays comme l’Iran, faut vraiment être à la masse. Je ne suis pas sur qu’on ait fait une très bonne affaire… »

Milouzze, sur libe.fr, à propos de Clothilde Reiss

L’euro : un problème politique

mai 10, 2010

Dans son soucis de toujours donner le meilleur et la pointe de l’info à son lectorat, l’Eve Future tient à aborder en ce beau jour de printemps 2010 un décryptage de l’actualité européenne.

Bref résumé de la situation : l’incapacité de la Grèce à honorer ses dettes l’a conduite au bord du défaut de paiement depuis quelques mois, alors que le peu d’empressement des membres de la zone euro à venir à son secours entrainait une crise de confiance sans précédent des marchés financiers envers la monnaie unique européenne. Le climax de cette crise de confiance fut atteint la semaine dernière, à la fin de laquelle, après moultes chutes boursières et sueurs froides de dirigeants européens, ceux-ci se sont suffisamment ressaisis pour concocter un plan de sauvetage venu -in extremis- inaugurer l’ouverture des places boursières asiatiques en ce lundi 10 mai 2010. Tout est donc bien qui finit bien.

Sauf que.
Sauf que, encore une fois, l’Europe n’a pu prendre une décision qu’une fois placée au bord du gouffre.
Sauf que, encore une fois, la décision prise par l’Europe n’a pu l’être qu’une fois placée en dehors de toute règle de droit préétablie, dans la plus totale improvisation institutionnelle et diplomatique.

C’est là une manifestation supplémentaire de ce drame européen qui ne nous donne le choix qu’entre l’impuissance dans le respect du droit et l’efficacité au mépris de ce même droit. L’impuissance, nous la voyons à chacune de ces manifestations ridicules que l’on nomme « sommets européens » et qui, après maints discours plus surchargés de paix et d’ambition paneuropéenne les uns que les autres, accouchent immanquablement de souris diplomatiques dont chacun sait qu’elles seront à ce point rognées par chaque Parlement/référendum national, qu’elles nous apparaitrons rétrospectivement comme des éléphants…

Quant au mépris du Droit (à travers les règles de fonctionnement de l’UE), la présidence Sarkozy de l’UE (juillet-décembre 2008) nous en avait déjà donné un avant goût, qui vit le président louangé pour un bilan qu’il dut avant tout à sa capacité à s’affranchir des règles de fonctionnement et des Traités (voir son rôle lors de la guerre en Géorgie). Dans quel pays s’imagine-t-on un représentant politique vanté pour sa capacité à dépasser toutes les limites de son mandat ? Au Zimbabwé? Au Turkménistan? Point du tout : c’était en 2008, en plein continent européen, parmi les pays les plus développés et démocratiques qui soient.

D’une certain manière, cette dialectique des décisions difficiles et inacceptables finalement adoptées au mépris des règles communes fait penser au mode de fonctionnement de la république romaine, qui recourait à la Dictature dès lors qu’une situation d’urgence imposait des décisions rapides. A la différence que Rome ne recourait à la magistrature suprême qu’en cas de grand danger militaire, et non pas pour régler quelque petit différent financier…

Et justement, en a-t-on véritablement fini avec la chute de l’euro? Rien n’est moins sûr. En laissant la situation se dégrader au point que le monde a pu croire en l’explosion de la zone euro, les pays européens ont montré la mesure de leur incurie. Pire : ils ont prouvé à la face du monde que les intérêts nationaux restaient au fond plus important que le Bien Commun européen, même lorsque la faillite européenne risque d’entraîner dans son sillage celle des nations… La stabilité d’une monnaie étant affaire de confiance, qui pourra à nouveau croire en une zone monétaire qui n’en est pas une, puisqu’elle n’est pas dotée du pouvoir souverain qui, seul, peut disposer des leviers financiers et de la légitimité populaire qui lui permette de mettre en place une politique monétaire sans plonger les marchés dans l’affolement, ou conduire le peuple à la révolte.

Et ici, j’aimerai en venir à l’idée d’un prétendu « gouvernement économique européen », devenu le temps d’une crise le graal de certains décideurs européens. Nous passerons sur la joyeuse oxymore d’un « gouvernement économique » en régime libéral (Kafka semblent promu à un brillant avenir dans la bureaucratie européenne) pour en venir sans préambule au noeud du problème : un gouvernement, qu’il soit économique, social ou culturel (oui, à ce propos, vous voulez un contrôle de l’Etat sur le marché ou la fixation des salaires, moi, je veux un contrôle de l’Etat sur la radio, internet et les journaux : donnant-donnant, comme dirait Ségolène Royal ;-) ne peut être que soumis à un souverain, pour reprendre le vocabulaire hobbesien, c’est à dire à une instance qui légitimera les décisions de ce gouvernement auprès des peuples européens.

Pourquoi? Tout simplement parce qu’un peuple souverain n’accepte un gouvernement qu’à partir du moment où il est formé en son nom (Rousseau et Hobbes). Rappelons que le gouvernement du peuple souverain a pour rôle de perpétuer l’unité politique au-delà des clivages sociaux, économiques et culturels qui traversent le peuple (Freund). Cette perpétuation de l’unité ne peut elle-même s’accomplir qu’à l’aide de choix politiques réalisés au nom de l’ensemble du peuple, même s’ils le sont simplement par 51% des représentants de ce même peuple. C’est précisément la capacité d’un peuple à se soumettre aux décisions de la majorité -même limitée- qui décide de sa nature politique (d’où l’erreur de Rosenvallon : ce n’est pas du mode de scrutin, mais bien du « désir de collectif » et de son absence que proviennent les problèmes politiques européens). Ainsi, une minorité qui refuserait de se soumettre à la majorité (sous prétexte de se battre pour ses droits, par exemple) condamnerait la communauté politique dans son ensemble à la guerre civile, ou à l’impuissance -à l’impolitique, pour reprendre un terme de Freund.

Dès lors, tout gouvernement est essentiellement politique, et ce n’est que par extension de cette fonction première qu’il s’occupe d’affaires économiques ou sociales. Car les divisions économiques, sociales ou culturelles d’un peuple sont indépassables et ne peuvent être transcendées que par la décision politique : ce fut la grande leçon de Machiavel et -bien malgré eux- des marxistes. Aussi, prétendre mettre en place un gouvernement européen de l’économie sans avoir auparavant fondé la politique d’un Etat européen appuyé sur la souveraineté d’un peuple européen est une absurdité dans les termes.

Une absurdité qui pourrait nous mener loin : d’une part, dépourvu de toute capacité politique, ce gouvernement s’enfermerait dans une prise de décision à l’unanimité, dans la mesure ou l’adoption de la majorité supposerait une légitimité appuyée sur une souveraineté dont il ne dispose pas. Ainsi, ce gouvernement serait-il rapidement réduit à l‘impolitique, condamné à n’accoucher que de souris, comme le sont depuis leur début des Commission Européenne, Parlement Européen et autres machins européens (récemment, le Président et la ministre des Affaires Etrangères de l’Union) que l’on ne cesse d’ajouter depuis 1957 à l’interminable convoi des petits machins, et dont on espère sans doute que de leur petite nouveauté naîtra par magie une légitimité qui, bien évidemment, n’apparaît jamais…

D’autre part, se rendant bien vite compte de l’inefficacité de ce nouveau machin, il est probable que des pro-européens enthousiastes, tout à leur envie de faire progresser leur petit hochet européen sans apparemment comprendre que 50 ans de joujou européen ont lassé nombre des européens les plus enthousiastes, appelleraient bien vite à simplifier le processus de décision : autrement dit, à introduire de la majorité afin que les décisions soient prises rapidement. C’est bien, mais cela pose un problème de taille : les décisions sont prises, mais elles le sont dans le vide de l’absence de souveraineté. Dépourvues de toute légitimité auprès d’un peuple européen qui n’existe pas, elles sont donc vues, au mieux, comme sans intérêt, et au pire, comme les agressions caractérisées de l’ultralibéralisme, l’islam, l’étatisme bruxellois, l’impérialisme franco-allemand (rayez la mention inutile) contre les valeurs des nations européennes, chacune voyant bien entendu le danger suivant sa propre grille d’interprétation politico-culturelle.

Encore une fois, cette tentative de simplification des Institutions aboutirait à un référendum, donc à un ratage et à une (énième) délégitimation de l’idée européenne auprès des peuples : le circuit de 2005 recommencerait ad vitam aeternam, alimentant de sa trainée de frustrations les rêves exotiques de quelques nouvel-ancien populiste que les forces du Bien pro-européen se chargeraient de dénoncer, elles qui ont tout fait depuis plus de 50 ans pour éliminer la peste brune de l’Europe!

Pour conclure : peut-on espérer que l’euro, cette monnaie si critiquée, posera la question des conditions politiques propres à sa préservation? Et que derrière l’émergence d’un gouvernement économique se profile l’espoir d’un véritable gouvernement politique européen? La chose est peu probable, mais, bah, l’espoir fait vivre!

Au pire, nous pouvons penser, comme Napoléon, aux Romains et à leurs Dictatures! Comment, cela ne vous fait pas envie? Faignants que vous êtes!

S’ils sont sensibles

mai 8, 2010