Pourquoi je ne déteste pas Nicolas Sarkozy

Connaissez-vous les neutrinos?
Ce sont des particules cosmiques qui ont pour intéressante caractéristique de n’interagir avec aucune autre particule de l’univers. Ainsi, un neutrino peut traverser n’importe quel corps céleste (planète, étoile) à la vitesse de la lumière sans que sa trajectoire n’ait subi la plus petite modification. Son importance scientifique est donc cruciale : les très rares neutrinos captés au moyen d’installations plus que complexes permettent de déterminer des choses aussi sidérantes que la composition de l’univers primitif ou le fonctionnement d’une supernovae.

Le neutrino, donc, présente l’intérêt de résumer magnifiquement le rapport que j’entretiens depuis longtemps avec Nicolas Sarkozy : une indifférence polie. Tout dans le personnage heurte mes valeurs : sa vulgarité, son yacht, ses courses à pied, ses amis jet-setters, sa femme (non, Carla Bruni n’est pas mon genre), ses manières de parvenu enfin, qu’un Talleyrand aurait d’atomisées d’un bon mot. A la limite, et à l’image des Allemands, je verrais bien en lui un comique refoulé : un Louis de Funès, mais au premier degré.

Mais pourquoi tout cela, qui s’oppose en tous points à ce qui m’est cher en tant qu’individu et en tant que français, peut-il me conduire à l’indifférence et non en une seine et franche détestation? Tout simplement en ce sens que ce qui s’oppose à mes valeurs ne m’atteint généralement pas, du moins tant que cela ne m’est pas imposé et ne conduit pas, à mon sens, à un quelconque danger.

Arrivé ici, je dois m’arrêter sur deux points d’importance :

1. Je n’ai pas la télévision.

Ne riez pas, ce qui peut sembler être un détail ne l’est pas : je n’ai jamais subi les discours mal préparés du Guano, ou, pire, les improvisations aléatoires de Sarkozy lui-même. Je n’ai jamais suivi de près les emballements médiatiques plus ou moins stupides et opportunistes des grandes chaînes de télévision qui peuvent se résumer ainsi :

A) Un fait divers X survient, quelque part, comme un million de fois dans l’année.

B) Nicolas Sarkozy s’empare du fait divers, le sépare des millions de faits divers équivalents qui l’ont précédé pour en faire un fait divers exceptionnel, dont on comprend après un discours long et soporifique (ou, au choix, improvisé et stupide) qu’il ne doit jamais se reproduire!

C) Les médias « s’emparent de l’affaire », couvrent le fait divers puis le discours de Sarkozy sans le moindre recul ni esprit critique (il ne s’agirait pas de prendre parti), en oubliant par exemple de mentionner que ce fait divers s’est déjà produit 50 fois depuis le début du mois, sans provoquer jusque là la moindre réaction politique.

D) Dans un nouveau discours, Nicolas Sarkozy annonce des mesures visant à prévenir le fait divers X. Les médias relatent la mesure, qui se voit généralement adoptée sans discussion durant une cession extraordinaire du Parlement réunie à ce seul effet. Inapplicable et déconnectée du réel, la mesure sera bien vite oubliée, sans que les médias n’aient pensé à en évaluer l’efficacité (nulle) sur le terrain.

E) Un fait divers Y survient…

N’importe qui disposant d’un cerveau se dira qu’il est impossible qu’une nation moderne et développée ait pu être dirigée de cette manière trois années durant. La particularité du système médiatique et politique français (pour résumer : l’absence de contre-pouvoirs) a pourtant permis cela. Mais j’y reviendrai dans un prochain article.

2. De ce fait, je passe beaucoup de temps sur internet

Ne pas avoir la télévision donne aussi un autre avantage : je passe beaucoup (beaucoup) de temps sur internet. Aussi, j’ai vu depuis l’élection du dit-président monter peu à peu un antisarkozysme militant propre aux forums et sites d’information en ligne. Certes, la nature ayant horreur du vide, il était logique (et légitime) qu’une opposition se forme sur le net. Mais bordel de Deu, était-il nécessaire que cette opposition prenne la forme d’une armée de décérébrés face auxquels Sarah Pallin elle-même semble être  un parangon de finesse intellectuelle, de tact et de bon goût?

Depuis 2007, il suffit qu’un article sur un grand site d’information modéré traite de près ou de très (très) loin de Sarkozy pour que l’on voit instantanément se former dans la section commentaire du dit-article une conjuration d’imbéciles semblant éprouver un malin plaisir à participer à une compétition du commentaire le plus stupide et/ou le plus aberrant, et dont le fonctionnement peut être résumé par l’axiome suivant : pour tout article Y, le nombre de commentaires stupides N sera proportionnel au nombre d’occurrences des thèmes A, B et C suivants :

A) Sarkozy, la réincarnation de Hitler (peut éventuellement être remplacé par Pétain) : tout article traitant de politique française, européenne ou internationale pourra faire l’affaire. De plus, cette version peut venir compléter la version B :

B) Sarkozy, l’agent de la conquête libérale intergalactique. Cette tendance présente l’avantage d’être adaptable à tout types de situation. Deux tendances peuvent néanmoins être dégagées : ou Nicolas Sarkozy est un agent volontaire de l’ultralibéralisme (cette version sera privilégiée par le militant de gauche ou par Dominique) ou il en est un agent involontaire placé sous le contrôle des ondes mentales galactiques du Medef (cette version aura la préférence du militant centriste ou gaulliste sociaux).

C) Sarkozy, un sous-homme en général : dans cette catégorie entreront toutes les occurrences de Sarkozy qui, sans pouvoir être directement rattachées de près ou de loin à une manifestation du sarkozysme, peuvent néanmoins, sur certains points hypothétiques, évoquer de manière immédiate ou plus ou moins fantasmatique l’éventuelle possibilité que l’un des thèmes abordés puisse rappeler la présence de Nicolas Sarkozy  (exemple : un article sur les paramécies ou l’accueil des handicapés à l’école pourra rappeler le problème de taille de Nicolas Sarkozy, et pourra susciter nombre de commentaires à priori hors sujets). Ce paramètre C comportant une forte part d’imprévisibilité, il comptera nettement plus dans l’axiome que les paramètres précédemment évoqués.

L’axiome final du commentateur en ligne antisarkozyste peut donc se résumer sous la formule suivante :

N(Y)= ABC²

Mais pour être tout à fait franc, je reproche moins aux antisarkozystes leur trouble obsessionnel compulsif de la sarkozyte que leur totale insignifiance. Il y a une règle de base en politique que lorsqu’on veut s’ériger en juge, on se donne les moyens du procès. On devient inflexible. On devient pointilleux. On devient terrible. Talleyrand, une fois qu’il eut décidé d’anéantir Napoléon, referma son visage tel un masque de cire et prépara minutieusement, des années durant, la chute de son empereur qu’il obtint finalement. Sans avoir jamais eu à employer la moindre vulgarité. Sans s’être jamais abaissé au niveau de son adversaire.
Or, qu’y a t-il de terrible chez ces malheureux obsédés qui, pour toute impertinence, se contentent de donner du « sarko »?

Sarko, ou la vulgarité et la familiarité érigées en valeur.
Ou quand « l’antisarkozyste » devient l’exact reflet de celui qu’il prétend combattre.

Et face à la dialectique infernale de la vulgarité, j’ai quant à moi choisi de ne pas choisir. Les uns et les autres se répondent ici avec trop de complaisance. Le jeu est trop évident. Le triomphe de la facilité trop absolu. Face à l’engrenage, je préfère laisser agir ce même instinct de survie qui m’avait préservé dans le passé de quelques insultes à la raison, de ces petits soldats du Bien alignés tels des robots et prétendant à eux seuls représenter la légitimité, le goût ou la Raison.

Et en attendant qu’arrivent des jours meilleurs, je préfère rester sur la réserve, sans haine ni désespoir, quelque part dans la grisaille du réel…

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5 Réponses to “Pourquoi je ne déteste pas Nicolas Sarkozy”

  1. Hyarion Says:

    Tu auras remarqué que, pour ma part, je n’ai jamais employé personnellement, sur mon blog, ce surnom dont on qualifie souvent l’actuel chef de l’Etat français en utilisant les seules cinq premières lettres de son nom.

    Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa est un pauvre type. Ni plus, ni moins. Il ne me laisse pas indifférent, mais il ne mérite pas pour autant qu’on lui donne une importance excessive, ce que j’ai fini par admettre au bout de trois années d' »énervétude » plus ou moins inutile.

    Alors qu’il est de bon ton, en ce moment, au plus haut niveau de l’Etat, de prétendre être plus poli et plus respectueux que son voisin (notamment européen), je me rends compte qu’en ce qui me concerne, j’avais déjà tout dit en janvier 2008 dans un de mes articles (épargné par la « censure » administrative), à la fin de ma modeste tirade inspiré de Jean Yanne :

    Sarkozy, vous êtes un con. Vous me trouvez grossier ?
    Et bien moi, mon cher ami, je vous trouve vulgaire.
    Vous ne comprenez pas ? Je vais vous expliquer :
    Dire « merde » ou « gros con », c’est simplement grossier.
    Maintenant voyons donc tout ce qui est vulgaire.
    Prendre une voix assurée et avec surenchère,
    Vendre, avec des slogans, au bon con d’électeur,
    Sa prétendue « rupture » ou ses histoires de coeur.
    Connaissant leurs effets sur les foules apathiques,
    Faire appel aux médias pour vanter sa boutique.
    Employer les plus bas et les plus sûrs moyens,
    Faire des beaux discours sur la vie, sur l’humain,
    Sur l’amour. Enfin, jouer sur les bons sentiments,
    Afin de mieux fourguer son programme affligeant,
    Tout cela c’est vulgaire, ça pue, ça intoxique
    Mais cela fait partie de votre jeu médiatique
    Vendre la merde, oui, mais sans dire un gros mot.
    Tout le monde est gentil, tout le monde il est beau.
    Mais là, mon cher Sarkozy, vous ne pouvez comprendre,
    Et dans un tel combat, je ne puis que me rendre,
    Alors Sarkozy, salut, je préfère me taire,
    Je crains, en continuant, de devenir vulgaire.

    Cordialement,

    Hyarion.

  2. vallesmarineris Says:

    Je te reconnais bien là, vaurien! ;)

    Mais encore une fois, tu personnalises le truc. Pour moi, Sarkozy n’est qu’un symptôme…

  3. Hyarion Says:

    La personnalisation du « truc » n’est qu’une impression. Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa n’est sans doute, en effet, qu’une sorte de symptôme signalant une maladie autrement plus préoccupante, mais il n’en représente pas moins symboliquement, à une échelle historique, ou même plus bassement politique, une immense perte de temps, vis-à-vis de laquelle on ne peut être complètement indifférent.

  4. Gaïa Says:

    Celui-ci, il me paraissait obligatoire de le lire, vu le titre… ben voilà, c’est fait.
    Vous avez quand même une fâcheuse tendance à développer en long en large et en travers une idée toute simple. Donc vous ne vous mettez pas à la porté de l’internaute de base… ok, c’est évidemment fait exprès…

    Pour le coup, je me sépare de ma télévision moi-aussi, elle trône dans le salon, sans autre utilité que de servir à passer des dvd… le dernier en date est « L’encerclement », si ça vous intéresse. On n’y parle pas du tout de Mr Sarkozy.

  5. vallesmarineris Says:

    Oui, c’est long. Et encore, je me limite : vous verriez les brouillons! ;)

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