La peur ou le rire?

Le-Pen-Trump-Poutine

La Russie.

D’un côté, elle fait un peu peur : du marquis de Custine à la guerre froide, que n’a-t-on pas glosé sur les dangers de cette puissance asiatique et barbare aux frontières de l’Europe.

A voir le reportage passionnant consacré par Arte à la guerre hybride menée par la Russie contre nos démocraties, ou, pour être plus précis, menée par l’appareil de pouvoir russe contre la démocratie, nous avons d’ailleurs quelque raison de craindre cette puissance d’autant plus agressive qu’elle est faible, d’autant plus expansionniste qu’elle voit son influence décroître, sous le commandement d’un gang de cleptocrates singeant dérisoirement le tsarisme déchu.

C’est ici (disponible jusqu’à J+7 sur Arte)

D’un autre côté, il y a RT. RT fait partie avec Spoutnik, mais en plus sérieux tout de même, de ces médias russes pour lesquels la défense de la ligne gouvernementale tient lieu de ligne éditoriale. Or, RT, parmi moultes sujets sur l’invasion migratoire européenne, le grand remplacement, la décadence de l’Occident (perverti par les homosexuels et les immigrés) ou l’alliance conclue entre Emmanuel Macron et les forces de l’Empire galactique, proposait hier un intéressant débat sur les « élections présidentielles russes », visible ci-dessous.

C’est là. Et ça vaut son pesant de fou rire.

A vrai dire, on pourrait se demander ce qui n’est pas immanquable dans cette vidéo… L’accroche absolument putassière présentant l’élection présidentielle russe comme l’épisode d’un mauvais film à suspense, immédiatement contredit par la journaliste (Magali Forestier) qui annonce tout de go que Poutine sera réélu (2’30), peu avant de se contredire elle-même en vantant quelques minutes plus tard l’ouverture de cette élection « où il y a huit candidats » (9’35). Pas un mot bien sûr d’Alexei Navalny, seul opposant de poids et par conséquent interdit de se présenter à l’élection. Les invités de l’émission : Michaël Miguères, membre de Les Républicains et propagandiste gentil de la « révolution conservatrice » russe, et Alexis Bachelay, du PS, dont on sent bien qu’il est un peu obligé d’égratigner la statue du commandant Poutine, parce que quand même, il est de gauche. Mais sans trop en faire non plus, hein.

Alors commence un « débat » ou Mickaël Miguères , défend les « concepts philosophiques de la voie russe » sur le plan intérieur à coup de citations mal digérées de Dostoïevski, tout en se faisant le chantre de la diplomatie poutinienne fondée, selon lui, sur le « respect scrupuleux du droit international » (sic). Pauvre Micha, j’espère au moins que sa maman lui avait donné un parapluie pour le Trocadero!

miguere

Mickaël-poupin Miguères (sérieusement, vous n’avez pas envie de le prendre dans vos bras?)

Face à lui, Alexis Bachelay tente comme il le peut de montrer que la Russie du sous-commandant Poutine ne représente guère l’avenir de l’Humanité. Mais, trop désireux de ménager la chèvre et le choux, et bien peu informé de son sujet, il ne peut guère que se laisser manipuler gentiment par une Magali Forestier, pourtant adepte des gros sabots.

Magali Forestier justement : un sourire entendu par-ci, un petit jugement l’air de rien par-là, et des questions qui feraient passer Laurent Delahousse pour un intervieweur percutant et corrosif. Bref, elle semble sortie tout droit d’un JT de Jean-Pierre Pernaut qui serait axé géopolitique.

Oh, j’ai failli oublier : les invités et la journaliste oublient totalement d’évoquer les autres candidats… un point de détail concernant une émission de débat sur l’élection présidentielle russe.

Le rire donc, bien plus que la peur, voilà ce qu’inspirerait ce régime de guignols grimés en tsars d’opérettes, si on oubliait une seconde les tristes réalités qui l’ accompagnent : un peuple souffrant du mal-développement, volé au quotidien par une élite mafieuse qui le conduit inexorablement à la guerre, un soutien politique et armé à Bachar al-Assad, qui permet à celui-ci de mener une guerre inexpiable à son propre peuple depuis 7 ans déjà, la déstabilisation de la démocratie, enfin, et le soutien systématique à ce que nos élites politiques comportent de plus inepte, de Donald Trump à François Fillon. Et tout cela pour quoi? Gagner en influence? Jamais la Russie ne fut plus isolée! Impulser une révolution conservatrice? Bien sûr,  à condition que l’élite puisse s’offrir les plaisirs de la « France décadente »… Développer le pays? A l’exception du gaz et du complexe militaro-industriel, l’économie russe s’apparente à un champ de ruines.

La peur et le rire donc, à moins que ce ne soient les larmes versées sur une civilisation qui porta Dostoïevski, Dziga Vertov et Kandinsky, et qui s’abime aujourd’hui dans la tyrannie molle et castratrice d’un pouvoir devenu tigre de papier, et que notre lâcheté seule permet encore de maintenir dans l’illusion de sa propre puissance.

 

 

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