Archive for the ‘chouette les autres se creusent la tête à ma place!’ Category

Deux émissions

septembre 26, 2010

L’émission Fiction sur France Culture diffuse depuis une semaine une reconstitution du procès Pétain. Mené par la même Haute Cour de justice créée le 18 novembre 1944 pour juger le gratin de la Collaboration, ce procès n’est intéressant ni pour le personnage qui en est la cause (la vieille raclure se contentant de faire valoir sa surdité pour tout argumentaire, laissant le soin à ses avocats de faire tout le travail) ni pour le verdict qui le conclut.

Non : ce qui le rend intéressant, c’est la manière dont les élites déchues de juin 1940, appelés à la barre comme témoins, transforment le procès en autojustification de leur lâcheté et de leur inconséquence, non sans charger autant que possible Pétain (et plus encore Laval) de toutes les responsabilités qui furent les leurs en ces terribles six semaines de mai-juin 1940.

On voit ainsi Raynaud, l’homme qui, d’un mot, aurait pu changer du tout au tout la position de la France dans la guerre, accabler pétain et l’accuser, tenez-vous bien, de l’avoir fait emprisonner toute la durée de la guerre! Mais attend deux secondes, mon Paul : n’est-ce pas toi qui a démissionné cinq ans auparavant en désignant Pétain-la-défaite comme ton successeur, le tout après avoir subi deux semaines durant l’irrespect et la quasi-trahison de Weygand sans aucunement réagir? Donc, Paul, tu apprendras la première leçon de l’histoire : quand tu laisses un pays au fond du gouffre entre les mains de militaires qui préfèrent discuter politique plutôt que faire la guerre, en général, ça se termine rarement par une belle causerie démocratique au coi du feu.

En plus de Raynaud, Daladier et l’inimitable Weygand vont se succéder, reprenant la même antienne de la défaite comme nécessité historique afin de mieux justifier leurs erreurs d’appréciations et leur manque total de lucidité.

Il n’est finalement que le vieux Blum pour sauver l’honneur de cette classe politique appelée à la Barre, lui qui, tout en dignité et en retenue, brosse le portrait de ces parlementaires dont la dignité et l’honneur s’étaient dissouts, « comme plongés dans un bain d’acide », au point qu’ils accordèrent, mi-rassurés, mi-terrorisés, les pleins pouvoirs à Pétain en cette journée infernale parmi tant d’autres de juillet 1940…

Chaque épisode (de 25 minutes environ) correspond à une journée d’audience. Pour l’instant, les dix premiers sont passés, que vous pouvez retrouver sur le site de l’émission indiqué plus haut.

Sinon, sur le sujet de la défaite de 1940 et de la responsabilité de celle-ci, je ne saurai trop conseiller l’excellent 1940, et si la France avait continué la guerre de jacques Sapir, qui permet justement de comprendre en quoi le régime de Vichy et la collaboration d’Etat ne découlaient absolument pas fatalement de la défaite…

La deuxième émission est issue du forum Libération qui s’est tenu à Lyon cette semaine. De l’atmosphère de désastre général de ce forum (palme d’or : le débat sur les nouveaux enjeux démocratiques avec comme invités… Alain Minc et Arnaud Montebourg) émergent tout de même des  débats intéressants, parmi lesquels Consommation : l’hégémonie de la publicité heureusement animé par le couple Raphaël Enthoven-Jacques Séguéla qui, en plus d’animer merveilleusement le débat sur fond du bon et du truand, permettent, en l’espace d’une heure, de faire sortir deux ou trois bonnes idées sur le monde contemporain. Dommage que les questions  (d’ailleurs largement inaudibles suite à une absence de micros) soient plutôt quelconques…

Parmi les sujets de débat que je n’ai pas encore exploré : Peut-on se passer du nucléaire? Le catastrophisme, maladie infantile de l’écologie? Quelle responsabilité avons-nous pour la planète? (Vous l’aurez compris, le forum Libération est orienté écologie et décroissance cette année)

L’adresse, c’est donc ici (faire défiler le menu déroulant en dessous pour avoir les différents sujets de débat).

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Hector était-il une victime de la société?

mars 12, 2010

C’est -en gros- la question posée par ce brillant article du Monde.

Et c’est directement en lien avec mon petit article d’hier.
Bonne lecture!

Pacifisme (II)

février 21, 2010

Pierre-André Taguieff dans son ouvrage sur Julien Freund – Julien Freund, au cœur du politique – relate un dialogue savoureux entre le philosophe Jean Hyppolite et Julien Freund lors de la soutenance de thèse de ce dernier, en 1965 à la Sorbonne.

Des années plus tôt, Hyppolite, penseur marxiste convaincu, avait révoqué Freund en des termes pour le moins expéditifs après avoir obtenu de lui les cent premières pages de sa thèse devenue célèbre, L’Essence du politique :

« Je suis socialiste et pacifiste. Je ne puis diriger en Sorbonne une thèse dans laquelle on déclare : Il n’y a de politique que là où il y a un ennemi.»

Freund déçu s’était alors tourné vers Raymond Aron qui accepta de prendre la relève. Le jour de la soutenance, Hyppolite attaqua sévèrement :

«Sur la question de la catégorie de l’ami-ennemi, si vous avez vraiment raison, il ne me reste plus qu’à aller cultiver mon jardin.»

Freund répliqua :

«Écoutez, Monsieur Hyppolite, vous avez dit […] que vous aviez commis une erreur à propos de Kelsen. Je crois que vous êtes en train de commettre une autre erreur, car vous pensez que c’est vous qui désignez l’ennemi, comme tous les pacifistes. « Du moment que nous ne voulons pas d’ennemis, nous n’en aurons pas », raisonnez-vous. Or c’est l’ennemi qui vous désigne. Et s’il veut que vous soyez son ennemi, vous pouvez lui faire les plus belles protestations d’amitiés. Du moment qu’il veut que vous soyez son ennemi, vous l’êtes. Et il vous empêchera même de cultiver votre jardin.»

Hyppolite répondit :

«Dans ce cas, il ne me reste plus qu’à me suicider.»

Taguieff cite ensuite le commentaire critique fait par Raymond Aron à propos de Hyppolite et rapporté par Freund :

«Votre position est dramatique et typique de nombreux professeurs. Vous préférez vous anéantir plutôt que de reconnaître que la politique réelle obéit à des règles qui ne correspondent pas à vos normes idéales.»

La source de cette anecdote.

La source des illustrations, qu’elle fait toujours du bien par où elle passe.

L’identité nationale (II)

février 20, 2010

Une contribution plus qu’intéressante au « grand débat » :

Première partie

Seconde partie

Troisième partie

Avec qui plus est la pensée du jour, pour la première fois non ironique:
« là où le politique s’affaisse […] ce qui se manifeste avec éclat, ce n’est pas le consensus mais l’exclusion ».

Elle est signée de Jacques Rancière (qui m’est, je l’avoue, parfaitement inconnu…)

Pacifisme

février 19, 2010

« L’oubli est la première condition du désarmement des haines, la première condition de la paix. Et, l’histoire c’est le contraire de la paix. »
Gaston Clémendot, 1924.

« Entre le fascisme et la guerre, nous ne choisissons pas. Nous repoussons les deux avec une égale énergie. Accepter la guerre c’est accepter immédiatement le fascisme, car, la guerre c’est le régime de l’état de siège, c’est la dictature fasciste de l’Etat-major. Ceux qui admettent que la guerre est nécessaire pour abattre le fascisme sont les pires fascistes. »
Gaston Clémendot, 1939.

« Les vrais criminels de guerre, ce ne sont pas les Allemands. Ce sont les bandes de la Résistance, FFI, FTP, et autres maquisards, bellicistes enragés, qui, en, rallumant clandestinement, criminellement, une guerre arrêtée par un armistice accepté par toute la France, ont provoqué les représailles allemandes. »
Gaston Clémendot, 1947.

la source sur Gaston Clémendot.

La pensée du jour

février 17, 2010

«En Languedoc-Roussillon, l’honneur des socialistes est d’avoir été clairs en refusant de considérer autre chose que leurs idéaux»

Bertrand Delanoé

La pensée du jour

février 9, 2010

« Un Languedocien de gauche, c’est comme un Niçois honnête, ça doit exister mais personne n’en a jamais vu. »

« Papyvoise » sur libe.fr, à propos des électeurs de Georges Frêche.