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L’ennemi nous veut-il du bien?

septembre 22, 2010

Alertes à la bombe, enlèvements : depuis une semaine, les initiatives des terroristes comme de ceux qui sont sensés les pourchasser ne manquent pas, pour le plus grand plaisir des petits et des grands.

Car il faut l’avouer : il y a définitivement dans le terrorisme un aspect spectaculaire parfaitement saisi par un Don Delillo qui consacre au phénomène pas moins de trois de ses livres. Le mélange de peur et de suspens, d’attente et d’effroi, l’oeil irrésistiblement attiré par le spectacle repoussant, tout dans le terrorisme évoque le langage du cinéma d’épouvante et de suspens, jusqu’à l’apogée du spectacle atteinte en ce jour de septembre 2001 : l’attaque (et plus fin encore, le décalage entre les deux attaques, qui permit à la seconde d’être filmée sous tous les angles), les détournements d’avion, le lieu le plus symbolique des Etats-Unis, la dramaturgie parfaitement orchestrée jusqu’au climax atroce et génial de l’effondrement des tours jumelles : tout dans cet évènement tient du langage cinématographique. A vrai dire, le concept même de film de suspens n’a plus vraiment de sens depuis, tant cet évènement paraît esthétiquement indépassable.

Aussi, il ne faut pas être dupe : le terrorisme est un spectacle en partie issu de notre monde civilisé et libéral. Ajouté à cela qu’il trouve ses bases dans les conditions objectives (politiques de ressentiment, absence de liberté, le tout favorisant des idéologies plus ou moins foireuses) et qu’il se trouve bien souvent instrumentalisé par les mêmes régimes autoritaires qu’il prétend combattre (Algérie) ou par des politiciens occidentaux peu adeptes du langage de vérité (néoconservateurs).

Cependant, de nos jours, le danger de la duperie semble (du moins en Europe) bien moindre que celui, plus préoccupant, de la fausse connaissance. Nombreux sont aujourd’hui les demi-habiles qui se laissent aveugler par  l’aspect spectaculaire du terrorisme au point d’en nier tout simplement l’existence, considérant que tout attentat n’est qu’une création médiatique aux ordres d’un pouvoir politique plus ou moins fantasmatique (voir la remise en cause des attentats du 11 septembre). La rubrique commentaires d’un article de Rue89 consacré au Sahara nous en fournit un bon exemple. Ce raisonnement est évidemment dangereux car, poussé jusqu’à l’absurde, il livre nos métros et nos trains (en plus de régions entières dans le monde) à la furie nihiliste… Le pire étant qu’il continuera à trouver des excuses aux terroristes, sûrement de pauvres victimes du capitalisme, de l’occident et de la vie.

Si nous ne devons pas être dupes de la possible instrumentalisation du terrorisme par les Etats,il ne s’agit pas non plus d’en nier la réalité, pas plus que d’en nier la nature profonde qui nous amène à ce que Julien Freund, après Carl Shmidt, considérait comme le coeur du politique : à savoir le rapport ami-ennemi.

Pour ces deux penseurs, la politique naît dans la reconnaissance d’un ennemi, face auquel la communauté se dote de règles et s’organise afin de se défendre. D’où le lien consubstantiel entre guerre et politique, la première se produisant en général lorsque la seconde n’a pas correctement accompli sa tache.

Effectivement, si la prise en compte du rapport ami-ennemi peut mener à la guerre, sa non prise en compte y mène plus sûrement encore. Lorsque Hitler prend le pouvoir et affirme jour après jour sa volonté d’anéantir l’Europe sous un déluge de feu, les élites franco-anglaises choisissent de ne pas l’écouter, ne regarder ailleurs. Leur désir d’éviter à tout prix le rapport ami-ennemi et le potentiel militaire qu’il contient est tel que Français et Anglais préfèrent croire que le discours de Hitler ne leur est pas adressé. Ou pas vraiment. Et si certains prétendent voir en lui un ennemi, c’est certainement qu’ils ont de bonnes raisons à cela, et qu’ils sont au choix juifs, bellicistes ou communistes (rayez la mention inutile). On ne mesurera jamais assez à quel point l’antisémitisme de Céline ou Pétain trouva sa source dans le pacifisme. Et toute l’histoire des années 30 est résumée dans ce refus de l’ennemi, qui conduit finalement à la plus apocalyptique des guerres.

Tout au contraire, les Etats-Unis reconnaissent immédiatement l’ennemi dans l’URSS, et l’acceptent comme tel. Si bien que les deux puissances mèneront 40 ans de guerre froide en douceur jusqu’à ce que l’une des deux puissances s’effondre sur elle-même, comme n’aurait pas manqué de le faire un régime nazi absurde contenu militairement par une France supérieurement armée.

Aussi, lorsque tonton Mahmoud ou les petits enfants à la croix de bois du Sahara nous disent très clairement et sans la moindre ambiguïté qu’ils sont nos ennemis, qu’ils ne respectent pas nos valeurs et voudraient bien les voir anéanties à coups de machettes, de lance-flammes et de têtes coupées, nous pouvons les écouter. Nous pouvons même les croire. Car la paix repose finalement sur cette reconnaissance, bien plus que sur des résolutions du Machin.

Et toute la frustration de quelques demi-habiles, qui croient dissimuler leur haine de l’Occident sous les oripeaux de la « pensée critique » à géométrie variable, et tout l’humour mordant de ceux qui croient éviter la menace en niant son existence ne combleront pas cet abime ouvert par quelques nihilistes russes au XIXème siècle : il y a des idéologies et des gens qui ne veulent pas du bien à la civilisation.

Car certains ne rêvent que de voir tout bruler.

The Ghost Writer, l’enchantement et l’abomination.

mars 14, 2010

Un ferry aborde dans la nuit sous une pluie battante, son avant s’ouvre et laisse place au défilé de voitures qui s’engouffrent sur les routes de la petite île. Pourtant, un quatre-quatre rutilant ne démarre pas. Son chauffeur n’est plus à l’intérieur. Son corps est retrouvé peu après, étendu sur une plage de l’île, à quelques kilomètres du port…

Peu après, à 5000km de là, un nègre (« Ghost » en anglais) est recruté par l’éditeur londonien des mémoires de l’ancien premier ministre britannique, Adam Lang, avec pour rôle d’achever ces mémoires à la place de l’ancien nègre dont le corps était retrouvé dans la nuit sur la plage, probablement suicidé -le poids de la tâche, vous comprenez.
Logiquement, notre nouveau nègre aborde sa tâche dans l’enthousiasme, et ce d’autant plus qu’il doit l’achever en moins d’un mois. Il se rend alors sur l’île américaine sur laquelle vit Adam Lang avec quelques proches (sa femme, sa secrétaire, des employés). Une île froide, perpétuellement grise, battue par les vents et la pluie. Au centre, la demeure d’Adam Lang : construction sobrement design -verre et béton- posée sur l’île comme un défit à la nature déchainée.

Alors que notre nègre vient de poser les pieds sur l’île survient un incident : Adam Lang est mis en accusation par le tribunal pénal international de la Haye pour avoir soutenu les tortures de la CIA après le 11 septembre. Les Etats-Unis étant l’un des seuls pays du monde à ne pas reconnaître la juridiction de la Haye, l’île américaine, de villégiature, devient seul refuge de Lang.

Ainsi débute ce film brillantissime de Roman Polanski, dans lequel la réécriture des mémoires de Lang va peu à peu conduire le nègre à plonger dans le passé caché du premier ministre. S’adaptant à un contexte dont il découvre progressivement l’hostilité, il se fait enquêteur et suit le fil des mensonges mémoriels qui finiront, d’incohérence en incohérence, par le conduire à la vérité -et accessoirement, à expliquer la mort de son prédécesseur, le tout en jonglant entre les colères de Lang, le caractère impérial de sa femme, Ruth, et les curiosités de sa secrétaire.

A ce moment précis, cher lecteur, je t’interrompt au cas où tu n’aurais pas vu ce film pour te signaler que si la partie qui suit ne contient pas de « spoiler », elle n’en renferme pas moins des allusions qui te conduiront facilement à dénouer les fils de l’intrigue… De plus, c’est bientôt le printemps du cinéma.

Tout l’objet du film est donc l’interrogation de cette frontière très floue tracée entre la remise en cause d’une réalité (délirante?) et la paranoïa pure et simple. Le spectateur -totalement identifié au nègre- traverse cette frontière tout au long du film, en ne sachant qui croire et à qui se fier. La secrétaire ne renfermerait-elle pas une femme vénéneuse sous son apparence d’icône sexy (oui, dans ce film, Polanski rend les femmes de 50 ans trèèèès sexy) toute dévouée à Adam Lang? Comment le grand Lang, cet homme qui marqua la vie politique de son pays d’une telle empreinte, pourrait-il n’être que le benêt impulsif qui nous apparaît du début à la fin du film? Plongés dans un monde de doutes, il n’y a finalement guère que Ruth, le cerveau du couple (vous avez dit Hillary? ;), cette femme au caractère de chien mais au coeur d’or, qui nous paraisse digne (d’un semblant) de confiance.

Cette incertitude totale est largement renforcée par les effets de mise en scène : les plans intérieurs de la maison de Lang entre austérité et ridicule, l’humour de situation omniprésent signifiant la frontière fluctuante entre comique et tragique, et soulignant par là-même la frontière entre réalité menaçante et pure paranoïa (mention spéciale à la fin du film, que l’utilisation du hors-champs rend tout à la fois glaçante et poilante). Enfin, l’absence totale « d’effets » dans les situations de tension (la course-poursuite avec les « hommes en noir », la tentative de meurtre de Lang) renforce leur potentiel anxiogène et met véritablement le spectateur dans la peau du nègre.

A travers la mise en scène, c’est donc le sens commun qui semble s’échapper jusqu’à la révélation finale.
Or, il ne peux exister que deux réponses possibles à une situation qui échappe au sens commun : ou bien nous déraillons, ou bien c’est le monde qui déraille. En nous orientant peu à peu vers la seconde hypothèse, Polanski donne à son film une dimension politique évidente. Ce déraillement du monde qui broie peu à peu le nègre comme il avait broyé son prédécesseur n’est que le « dommage collatéral » d’une abomination politique à laquelle à participé Adam Lang dans son passé de premier ministre, passé qui le rattrape désormais.

Bien sûr, il y a dans ce film une bonne part d’autobiographie : plusieurs scènes évoquent plus ou moins directement l' »affaire Polanski », le passé qui ne passe pas, l’acharnement judiciaire contre Lang, le fait qu’il soit interdit de séjour dans son propre pays. Mais il y a aussi et surtout une vision terrifiante de la politique. Une analyse superficielle du film opposerait une vision positive de la politique (le Bien Commun, l’amour du peuple) à celle apparemment proposée par Polanski (machinations broyant l’individu). Pourtant, la critique de Polanski porte plus loin, et plus large. Il plonge ici au coeur du désenchantement fondateur de la politique moderne (Gauchet).

Car l’Irak ou l’approbation de la torture ne sont pas que les dommages collatéraux d’une politique opportunément mise en place après les attentats du 11 septembre. Ils sont les extensions opérationnelles d’une tentative de « réenchantement » du monde opéré par ce fameux groupe des néoconservateurs, qui profitent des attentats pour faire triompher un nouveau Grand Récit politique unificateur et fusionnel, dans lequel la politique ne sera plus cantonnée à la petitesse « réaliste » et aux manoeuvres médiocres de l’ère clintonienne. Mais le postmodernisme ne se laisse pas imposer un Grand Récit innocemment : questionnant tout, il force le nouveau pouvoir néoconservateur à développer mensonge sur mensonge pour parvenir à rendre crédible son récit hyperpolitique. Et c’est du coeur de ces mensonges qu’émerge la figure d’Adam Lang, pris au piège d’enjeux qui le dépassent, et nous dépassent tous.

De Grand Récit, la politique néoconservatrice est devenue une abomination, un cancer de mensonges emboîtés les uns dans les autres, dont les métastases se diffusent dans chaque strate de ce pouvoir déclinant et dans la vie même de ces nègres chargés de glorifier et de poursuivre ce Grand Récit, comme si de rien n’était.

Et ce n’est plus sous la pluie battante et la tempête, mais dans les plus snobs des immeubles londoniens, dans cette vieille Europe relativiste et postmoderne qui n’a plus ni le courage ni l’envie de se prêter aux mensonges des idéalistes d’outre-atlantique, que se résout cette intrigue dont la complexité proprement abyssale fut menée d’une main de maître par un Polanski au sommet de son art.

Et c’est un grand soutien devant l’éternel des néoconservateurs et de la guerre en Irak qui vous le dit…

Date de sortie cinéma 3 mars 2010
Réalisé par Roman Polanski
Avec Ewan McGregor, Pierce Brosnan, Kim Cattrall
Durée 2h08 min
Année de production : 2008
Distributeur : Pathé Distribution

Aidez Mahmoud!

février 11, 2010

Toi aussi, dans un esprit d’ouverture à l’autre et de dialogue des cultures anti-impérialiste, tu peux aider Mahmoud, le Monde Diplomatique et Thierry Meyssan à repérer les agents de la CIA infiltrés en Iran.

Pour cela, réponds aux questions suivantes :

Question 1

Cette affiche représente :

1. Une femme dénudée et couverte de tatouages. L’exemple même de la sous-culture impérialiste véhiculée par l’occident décadent et ses affidés sionistes.
2. Une femme dénudée et couverte de tatouages. Probablement un agent du Mossad ou de la CIA
3. Une femme dont l’attitude et la tenue vestimentaire reflètent une absence flagrante de dialogue avec la culture islamique et un manque total d’ouverture citoyenne envers les autorités iraniennes. C’est dommage!
4. Je ne sais pas. Mais quand même, si elle est libre, ce soir…

Question 2 :

Cette photographie représente :

1. Des suppots de Satan et de la décadence occidentale, défilant sous l’inspiration du Malin et qu’il faut écraser dans le sang. Allah reconnaîtra les siens.
2. Un vulgaire photoshop des impéralistes américano-sionistes. En fait, il n’y avait que 50 personnes, dont la moitié étaient des agents de la CIA.
3. Manifester contre le CPE, ça n’a qu’un temps. Tous ces pauvres gens ne comprennent pas que leurs actions nous empêchent de dialoguer sereinement avec le régime iranien. Ils feraient mieux de rentrer chez eux et de respecter les traditions culturelles de leur pays.
4. Et tout ça grâce à twitter, quand même, hein! Si c’est pas génial! C’est clairement l’effet internet! Je vous l’avais dit, hein!

Question 3

Cette photographie représente :

1. Le jugement d’Allah!
2. L’arrestation d’un agent de la CIA par les militants démocrates du président Ahmaninedjad. Où est le problème?
3. Des agents policiers maitrisant un sujet de toute évidence malintentionné à leur égard. Certes, ces agents n’ont pas l’air très amicaux, mais est-ce pour autant une raison d’agiter un sac à main potentiellement dangereux sous les yeux des agents de la force publique?
4. C’est quand même une atteinte aux droits de l’homme!

Question 4

Cette photographie représente :

1. Une chienne d’occidentale. Elle a pas fini d’en baver!
2. Une pôôôvre occidentale qui essaye de se faire passer pour une vistime des mééééchants musulmans. Dites, vous ne trouvez pas étrange qu’elle se soit rendu en Iran juste avant le début des actions menées par la CIA et le Mossad?
3. Certes, cette jeune étudiante paraît honnête. Mais tout de même, elle aurait du s’abstenir de participer à des actions hostiles envers le pouvoir en place, et qui ne facilitent pas la mission de dialogue des cultures qui est la sienne.
4. O… Et sinon, quand rentre-t-elle en France? Non, je dis ça comme ça…

Pour plus d’informations ou pour mener des dénonciations citoyennes et participatives, vous pouvez vous adresser aux sites suivants :
http://www.monde-diplomatique.fr/

http://www.voltairenet.org/

http://www.csa.fr/ (bon, celui-là, j’avoue, c’est pour le plaisir ;-)

Toi aussi, découvre ton complot!

février 10, 2010

Découvrir un complot, c’est bien, mais savoir comment être certain d’en découvrir un en toutes criconstances, c’est mieux. Pour cela, 10 règles de base existent :

1. prendre un évènement médiatique (éviter par conséquent de parler de l’Afrique, de Jean-Pierre Chevènement ou de la construction européenne).

2. essayer de comprendre pourquoi cet évènement s’est produit.

3. si cette raison ne correspond pas à sa propre grille de lecture, chercher les raisons cachées.

4. si les raisons cachées sont niées par les enquêteurs officiels, parler d’un complot qui vous empêche de découvrir la vérité.

5. Si les enquêteurs nient l’existence du complot, considérer qu’ils en font partie.

6. De manière générale, considérer toute personne allant contre les conlusions de votre enquête comme un agent potentiel du complot.

7. enquêter en évitant soigneusement le terrain (d’abord, parce que c’est moins cher, ensuite, parce que vous risquez de rencontrer des témmoins de l’évènement -potentiellement mélés au complot- qui pourraient chercher à influer sur votre enquête).

8. utiliser un vocabulaire scientifique. Cela fait plus sérieux. Eviter cependant d’en abuser afin de conserver le lectorat. De manière générale, essayer de rendre l’enquête agréable à l’aide de graphiques, de changements d’échelle, de montages d’images médiatiques (éviter les images d’archive et non-médiatiques qui n’accrochent pas suffisamment le public). Autoriser les commentaires en bas de page : le public fera le travail d’inquisition de modération lui-même.

9. éviter les références aux loups-garous, aux OVNI, aux Templiers et à Mein Kampf.

10. Donner les conclusions de l’enquête. Attention, le passage est délicat et demande une bonne maîtrise des phases précédentes, sans laquelle la suspension d’incrédulité ne fonctionne pas.

Maintenant, cher lecteur, tu es toi aussi un expert, et tu peux, comme Pierre Péan ou Thierry Meyssan, te lancer à la découverte de nouveaux complots!

Le Complot

février 10, 2010

Avant de commencer à lire cet article, cher lecteur, il est préférable que tu ais pris de ton temps (certes précieux, mais c’est ce dévouement qui fait de toi un lecteur de qualité) afin de regarder ce petit reportage. Dépêche-toi, ce n’est censé rester que sept jours!

Tel Aviv, date inconnue.
Un bureau assez vaste et sombre.
Un planisphère, surmonté d’un compas et un œil du triangle. Une faible source de lumière l’éclaire.
Au dessous, deux personnes assises.

– Bonjour, mon cher David

– monsieur

– je vous ai fait venir car l’Organisation a décidé de passer à l’acte demain.

– Enfin, je me demandais quand cela viendrait, monsieur!

– vous n’êtes pas censé vous demander quoi que ce soit, David…

– excusez-moi, monsieur

– des goys ont déjà été exécutés pour moins que ça!

– excusez-moi, monsieur!

– et arrêtez de vous excuser, on dirait un Allemand! hahaha!

– hahaha!

– ces pauvres Allemands… 50 ans qu’on les fait chanter avec nos camps de vacances en Pologne!

– c’est bien vrai, monsieur!

– Déjà un grand coup de l’Organisation, mon cher David.

– J’en sais quelque chose, mon grand-père y a participé!

– c’est vrai?

– il travaillait dans les services d’information de l’Organisation basés en Pologne. C’est lui qui a recruté les figurants pour la prétendue « libération des camps ».

– tiens donc! Vous êtes plein de surprise, mon cher David!

– merci, monsieur !

– hum… Faîtes-moi plaisir, David…

– oui, monsieur ?

– Evitez de prendre ça pour un compliment à l’avenir. Je n’apprécie généralement pas les surprises.

– …

– et l’Organisation non plus.

– bien sûr, monsieur.

– et ne vous ventez pas trop de votre grand-père : de nombreux figurants buvaient tellement en Pologne qu’ils avaient leurs appareils photo autour du coup lors de l’arrivée des Soviétiques.

– je ne savais pas, monsieur.

– et leur chemise à fleur.

– cela me surprend…

– pourquoi croyez-vous que nous avons demandé aux Soviétiques de tourner des films sur la libération des camps plusieurs mois après ?

– …

– hahaha ! Ne faîtes pas cette tête dépitée, mon cher David : demain sera un grand jour. Et vous serez aux premières loges pour assister à cela ! Tout est-il prêt de votre côté ?

– oui, monsieur. Les banques sont contactées, nos actionnaires ont revendu leurs parts et nos employés de la côte Est ont pris un jour de congé.

– bien.

– nous avons bien eu quelques problèmes du côté des agents navigants, mais rien qui ne se soit réglé rapidement…

– ah oui, ces agents qui refusaient de travailler un jour de Shabbat…

– oui, monsieur. C’est la raison pour laquelle nous avons du remettre l’opération de quelques jours.

– Refuser de participer à un jour historique pour notre communauté… ces réactionnaires sont une plaie pour l’organisation, je l’ai toujours dit !

– oui, monsieur.

– au moins, les rationalistes athées que nous employions pendant la guerre ne nous posaient pas ce genre de problèmes.

– certes.

– cela fait longtemps que je demande à l’organisation de revoir son processus de recrutement, mais en vain. C’est comme ces symboles !

– oui, monsieur ?

– ce compas et cet œil au triangle sont devenus bien trop banalisés! Vous rendez-vous compte, David, que la moitié des membres de l’Organisation ne sont même plus capables de dire ce que cela signifie ?

– c’est effrayant, monsieur !

– effrayant ? Non, ce qui est effrayant, ce sont les réponses que j’ai obtenues dans le sondage organisé par nos instituts, et qui affirme que la moitié de nos membres croient que le compas est un symbole maçonnique.

– …

– vous rendez-vous compte, un symbole maçonnique !!

– une honte, monsieur !

– une infamie ! Et je ne parlerai même pas de l’autre moitié qui y voyait une bonne idée de logo pour leur boutique !
je l’ai encore dit au premier ministre, tout à l’heure.

– monsieur ?

– je sens à votre ton que vous avez une question

– effectivement, si vous le permettez, j’aurai bien…

– allez droit au but, David, vous savez combien les préambules m’ennuient !

– eh bien, je ne sais rien de ce qui va suivre la journée de demain…

– haha ! Je vois, mon cher David, je vois… Vous savez pourtant que la bonne marche de cette Organisation et l’atteinte des Buts qu’elle s’est fixée dépend de sa capacité à conserver une opacité totale pour le commun des mortels.

– certes, monsieur

– et que cette opacité dépend de l’étroitesse du cercle instruit du déroulement des opérations.

– oui, monsieur

– aussi, en théorie, je ne puis répondre à votre question. Mais nous sommes la veille d’un jour historique, et vous nous êtes fidèles, mon cher David, tout comme votre grand-père et votre père !

– merci beaucoup, monsieur

– ne me remerciez pas, David. Ce secret, vous devrez le garder. Ce sera un poids plus lourd que ce que vous n’aurez jamais eu à porter.

– j’espère en être digne, monsieur

– digne ? Est-on digne de faire l’histoire sans que cela ne soit jamais connu de personne ?

– je l’ignore, monsieur

– moi aussi, mon cher David. Mais l’Organisation seule compte, comme me l’a répété le premier ministre tout à l’heure. Voyez cette carte, David. Repérez-vous Israël ?

– Bien entendu, monsieur.

– non, David, c’est faux.

– Monsieur ?

– personne ne repère Israël sur une carte du monde, à moins de le connaître déjà.

– …

– personne, alors que la Chine, l’Inde, la Russie se voient tout de suite ! Mais cela va changer à tout jamais ! Le premier ministre a placé l’armée en alerte. Après-demain, nous décrèterons la mobilisation générale et, d’ici une semaine, ce qui se faisait appeler le « monde arabo-musulman » n’existera plus. Pendant que nous nous occuperons sans risque des arabes, nos esclaves nord-américains envahiront l’Asie centrale, et, de là, une coalition formée par les îles Salomon, la Papouasie Nouvelle-Guinée et les commandos de manchots empereur des Kerguelen occuperons l’Inde, le Pakistan et la Birmanie. Enfin, nos services infiltrés dans le Parti Communiste Chinois provoqueront des tremblements de terre et des épidémies de rhume des foins qui mettront à bas toutes leurs grandes villes, pendant que Bernard-Henri Levy, le Modem et Arnaud Viviant s’empareront des principaux médias en Europe. D’ici deux mois, mon cher David, nous serons les maîtres du monde.

– C’est extraordinaire, monsieur

– n’est-ce pas ?

– et comment ferons-nous pour diriger les gens qui ne sont pas, enfin, vous savez…

juifs, mon cher David, ne tournez pas autour du pot !

– oui, monsieur

– eh bien, nos sages ont des plans pour eux, mais je doute que cela leur plaise… hahaha !

– hahaha !

– mais trêve de plaisanterie, revenons à notre sujet, et résumez-moi une dernière fois la première phase de la procédure, mon cher David.

– Bien sûr, monsieur. A 8h14, heure de Washington, le vol UA175 décollera…