Archive for the ‘confessions et polaroids’ Category

Pourquoi je ne déteste pas Nicolas Sarkozy

septembre 18, 2010

Connaissez-vous les neutrinos?
Ce sont des particules cosmiques qui ont pour intéressante caractéristique de n’interagir avec aucune autre particule de l’univers. Ainsi, un neutrino peut traverser n’importe quel corps céleste (planète, étoile) à la vitesse de la lumière sans que sa trajectoire n’ait subi la plus petite modification. Son importance scientifique est donc cruciale : les très rares neutrinos captés au moyen d’installations plus que complexes permettent de déterminer des choses aussi sidérantes que la composition de l’univers primitif ou le fonctionnement d’une supernovae.

Le neutrino, donc, présente l’intérêt de résumer magnifiquement le rapport que j’entretiens depuis longtemps avec Nicolas Sarkozy : une indifférence polie. Tout dans le personnage heurte mes valeurs : sa vulgarité, son yacht, ses courses à pied, ses amis jet-setters, sa femme (non, Carla Bruni n’est pas mon genre), ses manières de parvenu enfin, qu’un Talleyrand aurait d’atomisées d’un bon mot. A la limite, et à l’image des Allemands, je verrais bien en lui un comique refoulé : un Louis de Funès, mais au premier degré.

Mais pourquoi tout cela, qui s’oppose en tous points à ce qui m’est cher en tant qu’individu et en tant que français, peut-il me conduire à l’indifférence et non en une seine et franche détestation? Tout simplement en ce sens que ce qui s’oppose à mes valeurs ne m’atteint généralement pas, du moins tant que cela ne m’est pas imposé et ne conduit pas, à mon sens, à un quelconque danger.

Arrivé ici, je dois m’arrêter sur deux points d’importance :

1. Je n’ai pas la télévision.

Ne riez pas, ce qui peut sembler être un détail ne l’est pas : je n’ai jamais subi les discours mal préparés du Guano, ou, pire, les improvisations aléatoires de Sarkozy lui-même. Je n’ai jamais suivi de près les emballements médiatiques plus ou moins stupides et opportunistes des grandes chaînes de télévision qui peuvent se résumer ainsi :

A) Un fait divers X survient, quelque part, comme un million de fois dans l’année.

B) Nicolas Sarkozy s’empare du fait divers, le sépare des millions de faits divers équivalents qui l’ont précédé pour en faire un fait divers exceptionnel, dont on comprend après un discours long et soporifique (ou, au choix, improvisé et stupide) qu’il ne doit jamais se reproduire!

C) Les médias « s’emparent de l’affaire », couvrent le fait divers puis le discours de Sarkozy sans le moindre recul ni esprit critique (il ne s’agirait pas de prendre parti), en oubliant par exemple de mentionner que ce fait divers s’est déjà produit 50 fois depuis le début du mois, sans provoquer jusque là la moindre réaction politique.

D) Dans un nouveau discours, Nicolas Sarkozy annonce des mesures visant à prévenir le fait divers X. Les médias relatent la mesure, qui se voit généralement adoptée sans discussion durant une cession extraordinaire du Parlement réunie à ce seul effet. Inapplicable et déconnectée du réel, la mesure sera bien vite oubliée, sans que les médias n’aient pensé à en évaluer l’efficacité (nulle) sur le terrain.

E) Un fait divers Y survient…

N’importe qui disposant d’un cerveau se dira qu’il est impossible qu’une nation moderne et développée ait pu être dirigée de cette manière trois années durant. La particularité du système médiatique et politique français (pour résumer : l’absence de contre-pouvoirs) a pourtant permis cela. Mais j’y reviendrai dans un prochain article.

2. De ce fait, je passe beaucoup de temps sur internet

Ne pas avoir la télévision donne aussi un autre avantage : je passe beaucoup (beaucoup) de temps sur internet. Aussi, j’ai vu depuis l’élection du dit-président monter peu à peu un antisarkozysme militant propre aux forums et sites d’information en ligne. Certes, la nature ayant horreur du vide, il était logique (et légitime) qu’une opposition se forme sur le net. Mais bordel de Deu, était-il nécessaire que cette opposition prenne la forme d’une armée de décérébrés face auxquels Sarah Pallin elle-même semble être  un parangon de finesse intellectuelle, de tact et de bon goût?

Depuis 2007, il suffit qu’un article sur un grand site d’information modéré traite de près ou de très (très) loin de Sarkozy pour que l’on voit instantanément se former dans la section commentaire du dit-article une conjuration d’imbéciles semblant éprouver un malin plaisir à participer à une compétition du commentaire le plus stupide et/ou le plus aberrant, et dont le fonctionnement peut être résumé par l’axiome suivant : pour tout article Y, le nombre de commentaires stupides N sera proportionnel au nombre d’occurrences des thèmes A, B et C suivants :

A) Sarkozy, la réincarnation de Hitler (peut éventuellement être remplacé par Pétain) : tout article traitant de politique française, européenne ou internationale pourra faire l’affaire. De plus, cette version peut venir compléter la version B :

B) Sarkozy, l’agent de la conquête libérale intergalactique. Cette tendance présente l’avantage d’être adaptable à tout types de situation. Deux tendances peuvent néanmoins être dégagées : ou Nicolas Sarkozy est un agent volontaire de l’ultralibéralisme (cette version sera privilégiée par le militant de gauche ou par Dominique) ou il en est un agent involontaire placé sous le contrôle des ondes mentales galactiques du Medef (cette version aura la préférence du militant centriste ou gaulliste sociaux).

C) Sarkozy, un sous-homme en général : dans cette catégorie entreront toutes les occurrences de Sarkozy qui, sans pouvoir être directement rattachées de près ou de loin à une manifestation du sarkozysme, peuvent néanmoins, sur certains points hypothétiques, évoquer de manière immédiate ou plus ou moins fantasmatique l’éventuelle possibilité que l’un des thèmes abordés puisse rappeler la présence de Nicolas Sarkozy  (exemple : un article sur les paramécies ou l’accueil des handicapés à l’école pourra rappeler le problème de taille de Nicolas Sarkozy, et pourra susciter nombre de commentaires à priori hors sujets). Ce paramètre C comportant une forte part d’imprévisibilité, il comptera nettement plus dans l’axiome que les paramètres précédemment évoqués.

L’axiome final du commentateur en ligne antisarkozyste peut donc se résumer sous la formule suivante :

N(Y)= ABC²

Mais pour être tout à fait franc, je reproche moins aux antisarkozystes leur trouble obsessionnel compulsif de la sarkozyte que leur totale insignifiance. Il y a une règle de base en politique que lorsqu’on veut s’ériger en juge, on se donne les moyens du procès. On devient inflexible. On devient pointilleux. On devient terrible. Talleyrand, une fois qu’il eut décidé d’anéantir Napoléon, referma son visage tel un masque de cire et prépara minutieusement, des années durant, la chute de son empereur qu’il obtint finalement. Sans avoir jamais eu à employer la moindre vulgarité. Sans s’être jamais abaissé au niveau de son adversaire.
Or, qu’y a t-il de terrible chez ces malheureux obsédés qui, pour toute impertinence, se contentent de donner du « sarko »?

Sarko, ou la vulgarité et la familiarité érigées en valeur.
Ou quand « l’antisarkozyste » devient l’exact reflet de celui qu’il prétend combattre.

Et face à la dialectique infernale de la vulgarité, j’ai quant à moi choisi de ne pas choisir. Les uns et les autres se répondent ici avec trop de complaisance. Le jeu est trop évident. Le triomphe de la facilité trop absolu. Face à l’engrenage, je préfère laisser agir ce même instinct de survie qui m’avait préservé dans le passé de quelques insultes à la raison, de ces petits soldats du Bien alignés tels des robots et prétendant à eux seuls représenter la légitimité, le goût ou la Raison.

Et en attendant qu’arrivent des jours meilleurs, je préfère rester sur la réserve, sans haine ni désespoir, quelque part dans la grisaille du réel…

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L’Eve future s’engage

septembre 15, 2010

La première fois que je rencontrai Dominique de Villepin, ce fut sur un étal de la FNAC. Son autoportrait trônait, tel un buste de César, probablement oublié par quelque lecteur que le poids du dit-ouvrage avait sûrement incité à oublier au beau milieu du rayon « politique étrangère » qui se trouvait alors être le plus proche de lui.

Je traversais une période difficile de ma vie : mes cheveux tombaient. Logiquement, lorsque je vis au loin la crinière magnifique, mon sang ne fit qu’un tour. Les yeux débordant de larmes, le coeur battant, les muscles de contractant, je me précipitai au rayon politique étrangère afin de pouvoir toucher de mes propres mains celui qui était déjà devenu, l’espace de quelques secondes, mon nouveau Messie. L’homme qui pourrait enfin combler le territoire vierge sur ma tête, délimité par cette tonsure dont je me rendis compte plus tard qu’elle exteriorisait sûrement le vide métaphysique qui m’habitait alors.

A peine rentré chez moi, je me mis à la lecture de l’ouvrage que je ne lâchai plus. Peu importait l’absence de conseil capillaire (bien qu’une marque de shampoing, voire une bonne adresse de coiffeur n’eut pas été de trop), je n’en étais plus là. Deux jours durant, je dévorai le livre qui semblait être, à première vue, une autobiographie romancée de Dominique (tu permets que je t’appelle Dominique?). Les pages s’enchaînant, j’imaginais Dominique, le sabre à la main, provoquer en duel l’émir du Qatar ou le président américain. Je le voyais sauter par-dessus les montagnes afin de délivrer la belle princesse Ingrid emprisonnée par l’horrible colombien Uribus dans sa jungle poisseuse.

Enfin, arrivé à l’apogée de son règne de gloire, je pleurai moi-aussi aux côtés de Mouammar et de Robert en écoutant l’indépassable discours prononcé à l’ANU. Mes voisins durent d’ailleurs me prendre pour un fou lorsque, à la fin du discours et alors que mes quelques cheveux se trouvaient projetés en plein ANU, à des milliers de kilomètres du reste de mon corps, je me mis à applaudir frénétiquement, emporté que j’étais par la gloire villepinienne!

Mais qui n’a pas lu son livre, ou écouté ses discours, ne peut saisir le sentiment qui étreint l’auditeur devant la prose développée par Dominique. Aussi, et non sans vous inviter à y adhérer, je vous livre la pertinente analyse de l’oeuvre villepinienne par un commentateur d’un grand site d’achat en ligne :

« En vérité le livre est un palimpseste: A la surface, les écrivains, leurs idées et leurs batailles sont présentés ; mais les conclusions principales brillent en dessous. Et c’est ça qui compte. De l’underground émerge un discours de valeurs. L’auteur accomplit un travail de conscience permanent formulé en pleine nuit. Ecrire un livre sur ses nuits blanches en tant que premier ministre est en soi un fait courageux. Ces nuits souvent solitaires et douloureuses sont en même temps les seules heures de réflexion, de silence et de paix, permises à un ministre. Indirectement DDV nous montre aussi sa méthode à confronter la politique quotidienne. »

Or, cette politique quotidienne qui étreint le coeur de l’homme tel un serpent, Dominique va y être confronté directement, sous la forme de l’infâme docteur Sarkozus. Originaire des lointains marécages de l’Est, le docteur Sarkozus s’est rendu maître d’un ministère stratégique, à partir duquel il ourdit un complot réfléchi de longue date : devenir tyran à la place du président. Armé de sa hargne, de sa méchanceté et de toute l’intelligence pernicieuse que lui donne son éducation plébéienne, Sarkozus ne va avoir de cesse de détruire celui qu’il pressent comme étant son seul ennemi sur la route du pouvoir : Dominique. Aussi va-t-il s’employer à monter des machinations toutes plus atroces les unes que les autres afin d’abattre le grand homme. Mais Dominique n’est pas homme à renoncer face à la vilenie et la méchanceté! Et surtout, il n’est pas homme à devenir méchant et à monter des machinations stupides et absurdes pour rendre les coups à son vicieux adversaire! Aussi, infâme tragédie, l’horrible docteur Sarkozus parvient-il à tromper le brave paysan français en lui instillant ses idées poisseuses qu’une nature trop faible et un esprit trop dégrossi n’ont pas réussi à déceler.

La gentillesse, cette fois, a échoué. Les Français sont décidément des veaux. Mais comme le disait le Général, éternelle source d’inspiration de Dominique : une bataille est perdue, mais la guerre ne l’est pas. Ainsi continue-t-il le combat, envers et contre tous, et malgré toutes les embûches que l’infâme tyran Sarkozus et ses immondes complices dressent sur son passage! Car le règne de la gentillesse et du bisou a trouvé son souverain. Car Dominique est le seul a pouvoir enfanter un monde sur lequel jamais plus la pluie ne tombera!

Aussi, parce qu’il faut être gentil, parce qu’il faut être solidaire, parce qu’il faut que Mahmoud, Robert et Hugo, ces braves représentants du monde libre, puissent enfin donner une voix à ceux qui n’en ont pas dans le respect de tous, parce que, enfin, il faut être bien coiffé, l’Eve future donne sa voix à Dominique. Elle vote pour un nouvel ordre mondial qui fasse prévaloir le droit et la justice, et ose enfin dire non à la guerre et aux pointes sèches!

Elle vote République Solidaire!

Confessions et polaroids

janvier 24, 2010

Petite confession, une semaine après l’ouverture de ce blog : je ne suis plus de gauche.

Non pas pour autant que j’ai « glissé à droite » (bien que j’affectionne cette expression, qui n’est pas sans évoquer les interminables heures de curling qui nous attendent le mois prochain). En fait, et pour tout dire, j’ai toujours ressenti le plus profond mépris pour la majorité des idéologies classées à droite, et particulièrement pour le versant « pétainiste » des dites idéologies : le culte sénile du terroir, la culture française (oui oui, celle de Stendhal, de David et de Racine) réduite au cul de la vache et au marché-du-sud-ouest, tout cela ne provoque en moi que rire ou accès de bile, selon mon humeur. D’où le mépris total que j’ai pu éprouver pour un Chirac, par exemple (dont, soit dit en passant, seules les « affaires » ont pu attirer ma sympathie).

J’éprouve tout juste moins de mépris pour le versant cocardier de la droite : ce spectre des vrais-et-purs-patriotes qui se croient en droit de monopoliser le patriotisme – les Français étant de toute évidence trop bêtes pour qu’on puisse risquer de leur en laisser le libre usage-, d’en user comme bon leur semble et, chose plus comique encore, de décerner à chacun des brevets de bonne conduite patriotique.


Bien entendu, être un vrai-et-pur-patriote impose de respecter des règles de base :

– critiquer autant que possible le libéralisme, parce que le libéralisme, c’est le mal. En plus, le libéralisme, c’est anglo-saxon.

-critiquer autant que possible le « modèle britannique ». Prendre soin de mettre des guillemets à « modèle britannique », afin de bien montrer que les libéraux anglo-saxons ne vous la font pas, à vous. Si vous ne savez pas ce qu’est le « modèle britannique » et que quelqu’un demande ce qu’est le « modèle britannique » dont vous parlez, répondre : « ah, vous aussi, vous ne vous êtes pas laissé berner par ce prétendu « modèle britannique »! »

– critiquer autant que possible les Etats-Unis. Lors d’une discussion sur le dit-sujet, placer au moins une fois les mots suivants : impérialisme, cinéma commercial, Israël, Mac Donald, guerre, inculte, Georges Bush.

– avoir le torse gonflé et les larmes aux yeux lorsque vous évoquez l’épopée napoléonienne. Eviter cependant de la fêter en public, et vanter officiellement l’histoire anglaise : les anglo-saxons préfèrent, vous comprenez

Après les cuistres des brevets de patriotisme vient la droite « force de vente ». Ne sachant pas vraiment faire la différence entre les thèses d’Adam Smith et celles de Michel Edouard Leclerc, croyant dur comme fer que déjà en son époque, Napoléon devait lutter contre la racaille,  l’immigration et le réchauffement climatique, cette droite est à ce point inconséquente qu’elle en deviendrait presque sympathique.

Les représentants de cette droite pensent sincèrement que l’ère des idéologies est morte. Et c’est tant mieux, parce qu’une idéologie, c’est soit communiste, soit fasciste. Or, le fascisme, c’est mal. Presque autant que le communisme. Maintenant que les archaïsmes idéologiques sont morts, on peut enfin gouverner de manière pragmatique, c’est à dire de manière moderne, comme a su le faire avec un talent non discutable Jean Pierre Raffarin. Qu’est-ce que gouverner de manière moderne, te demanderas-tu, cher lecteur? C’est simple : tu vois l’épicerie de tonton Jacob? Eh bien, un Etat, c’est pareil.

Logiquement, la droite force de vente croit au destin présidentiel irrésistible de Xavier Bertrand et/ou de Jean François Coppé.

Si vous avez lu ce grand classique qu’est le livre de René Rémond sur Les droites en France, vous retrouverez dans cette brève description politique du temps présent les formes dégénérées de ces trois socles idéologiques de la droite française que furent les ailes conservatrice, bonapartiste et libérale. Et que sont devenus les véritables représentants de ces ailes politiques, me demanderez-vous? Certainement dissous dans la grande foire à la modernité qu’est devenue la droite dans ce pays, à l’image de la droite italienne (mais sans l’aspect mafieux qui lui donnerait, à la limite, un certain intérêt).

J’ai bien envie de terminer cet article sans parler de Sarkozy. D’abord parce qu’il ne m’intéresse pas. Ensuite, parce que j’aurai très bientôt l’occasion d’en parler dans un article consacré au futur opéra-comique dans lequel il se verra interrogé par Jean Pierre Pernod et son panel de vrais gens.

En attendant, chers lecteurs, je vous souhaite un bon dimanche!