Archive for the ‘Europe’ Category

Pensée du jour

septembre 24, 2010

« Savez-vous bien que j’ai été l’homme le plus moralement discrédité qui existe en Europe, depuis quarante ans, et j’ai été toujours tout-puissant dans le pouvoir, ou à la veille d’y entrer »

Talleyrand

L’ennemi nous veut-il du bien?

septembre 22, 2010

Alertes à la bombe, enlèvements : depuis une semaine, les initiatives des terroristes comme de ceux qui sont sensés les pourchasser ne manquent pas, pour le plus grand plaisir des petits et des grands.

Car il faut l’avouer : il y a définitivement dans le terrorisme un aspect spectaculaire parfaitement saisi par un Don Delillo qui consacre au phénomène pas moins de trois de ses livres. Le mélange de peur et de suspens, d’attente et d’effroi, l’oeil irrésistiblement attiré par le spectacle repoussant, tout dans le terrorisme évoque le langage du cinéma d’épouvante et de suspens, jusqu’à l’apogée du spectacle atteinte en ce jour de septembre 2001 : l’attaque (et plus fin encore, le décalage entre les deux attaques, qui permit à la seconde d’être filmée sous tous les angles), les détournements d’avion, le lieu le plus symbolique des Etats-Unis, la dramaturgie parfaitement orchestrée jusqu’au climax atroce et génial de l’effondrement des tours jumelles : tout dans cet évènement tient du langage cinématographique. A vrai dire, le concept même de film de suspens n’a plus vraiment de sens depuis, tant cet évènement paraît esthétiquement indépassable.

Aussi, il ne faut pas être dupe : le terrorisme est un spectacle en partie issu de notre monde civilisé et libéral. Ajouté à cela qu’il trouve ses bases dans les conditions objectives (politiques de ressentiment, absence de liberté, le tout favorisant des idéologies plus ou moins foireuses) et qu’il se trouve bien souvent instrumentalisé par les mêmes régimes autoritaires qu’il prétend combattre (Algérie) ou par des politiciens occidentaux peu adeptes du langage de vérité (néoconservateurs).

Cependant, de nos jours, le danger de la duperie semble (du moins en Europe) bien moindre que celui, plus préoccupant, de la fausse connaissance. Nombreux sont aujourd’hui les demi-habiles qui se laissent aveugler par  l’aspect spectaculaire du terrorisme au point d’en nier tout simplement l’existence, considérant que tout attentat n’est qu’une création médiatique aux ordres d’un pouvoir politique plus ou moins fantasmatique (voir la remise en cause des attentats du 11 septembre). La rubrique commentaires d’un article de Rue89 consacré au Sahara nous en fournit un bon exemple. Ce raisonnement est évidemment dangereux car, poussé jusqu’à l’absurde, il livre nos métros et nos trains (en plus de régions entières dans le monde) à la furie nihiliste… Le pire étant qu’il continuera à trouver des excuses aux terroristes, sûrement de pauvres victimes du capitalisme, de l’occident et de la vie.

Si nous ne devons pas être dupes de la possible instrumentalisation du terrorisme par les Etats,il ne s’agit pas non plus d’en nier la réalité, pas plus que d’en nier la nature profonde qui nous amène à ce que Julien Freund, après Carl Shmidt, considérait comme le coeur du politique : à savoir le rapport ami-ennemi.

Pour ces deux penseurs, la politique naît dans la reconnaissance d’un ennemi, face auquel la communauté se dote de règles et s’organise afin de se défendre. D’où le lien consubstantiel entre guerre et politique, la première se produisant en général lorsque la seconde n’a pas correctement accompli sa tache.

Effectivement, si la prise en compte du rapport ami-ennemi peut mener à la guerre, sa non prise en compte y mène plus sûrement encore. Lorsque Hitler prend le pouvoir et affirme jour après jour sa volonté d’anéantir l’Europe sous un déluge de feu, les élites franco-anglaises choisissent de ne pas l’écouter, ne regarder ailleurs. Leur désir d’éviter à tout prix le rapport ami-ennemi et le potentiel militaire qu’il contient est tel que Français et Anglais préfèrent croire que le discours de Hitler ne leur est pas adressé. Ou pas vraiment. Et si certains prétendent voir en lui un ennemi, c’est certainement qu’ils ont de bonnes raisons à cela, et qu’ils sont au choix juifs, bellicistes ou communistes (rayez la mention inutile). On ne mesurera jamais assez à quel point l’antisémitisme de Céline ou Pétain trouva sa source dans le pacifisme. Et toute l’histoire des années 30 est résumée dans ce refus de l’ennemi, qui conduit finalement à la plus apocalyptique des guerres.

Tout au contraire, les Etats-Unis reconnaissent immédiatement l’ennemi dans l’URSS, et l’acceptent comme tel. Si bien que les deux puissances mèneront 40 ans de guerre froide en douceur jusqu’à ce que l’une des deux puissances s’effondre sur elle-même, comme n’aurait pas manqué de le faire un régime nazi absurde contenu militairement par une France supérieurement armée.

Aussi, lorsque tonton Mahmoud ou les petits enfants à la croix de bois du Sahara nous disent très clairement et sans la moindre ambiguïté qu’ils sont nos ennemis, qu’ils ne respectent pas nos valeurs et voudraient bien les voir anéanties à coups de machettes, de lance-flammes et de têtes coupées, nous pouvons les écouter. Nous pouvons même les croire. Car la paix repose finalement sur cette reconnaissance, bien plus que sur des résolutions du Machin.

Et toute la frustration de quelques demi-habiles, qui croient dissimuler leur haine de l’Occident sous les oripeaux de la « pensée critique » à géométrie variable, et tout l’humour mordant de ceux qui croient éviter la menace en niant son existence ne combleront pas cet abime ouvert par quelques nihilistes russes au XIXème siècle : il y a des idéologies et des gens qui ne veulent pas du bien à la civilisation.

Car certains ne rêvent que de voir tout bruler.

Cycle villes européennes : Prague

septembre 9, 2010

Amsterdam et Prague. Deux villes européennes, deux villes que tout oppose : l’une, plongée dans la mer, regarde encore les pays lointains et exotiques, les océans interminables et la dure vie des marins sur les vaisseaux de bois. L’autre, posée au coeur du continent, laisse encore percevoir derrière les mornes vestiges du communisme, le luxe ostentatoire de son passé impérial.

Alors que le voyage pour Amsterdam se signalait par l’ennui des interminables plaines belges -pays heureusement très petit, l’arrivée en République tchèque est plus rocambolesque : une fois passé Nuremberg, le paysage change radicalement. Aux plaines du Bade-Wurtemberg succèdent désormais des montagnes couvertes de sombres forêts de conifères. Et l’adjectif « sombre » n’est pas rhétorique : le sommet des gigantesques pins (font-ils 40, 50 mètres?) est à ce point épais qu’il empêche toute lumière de filtrer. On croirait voir les elfes sortir de ces bois épais et s’étendre tranquillement dans l’or des champs de blé!

Une fois redescendues les montagnes de Bohème, et alors que nous nous attendions à parvenir dans une de ces régions recouvertes d’un noir linceul de cendres délicatement déposé par les cheminées de quelque conglomérat industriel soviétoïde, il fallu bien nous rendre à l’évidence : l’anticommunisme primaire de certains membres du groupe nous avait trompé. Non seulement la plaine bohémienne n’était pas toute entière transformée en zone interdite réservée aux stalkers de l’Education Nationale (ou aux ultimes membres du Parti Communiste Français), mais qui plus est, elle était plutôt accueillante, inondée de soleil et de panneaux publicitaires géants et de vie! Si bien qu’il ne nous restait plus qu’à ranger nos compteurs Geiger (qui ne donnaient que des taux de radioactivité 7 fois supérieurs à la norme, contre 50 selon le guide du routard) et à nous dévêtir des combinaisons anti-radiation, qui, il est vrai, commençaient à nous peser depuis la frontière allemande.

D’autant plus que (et là, les lecteurs ainés de ce blog qui voudraient tenter l’aventure bohémienne sont priés d’écouter attentivement), contrairement à une idée souvent répandue par les plus sudistes d’entre nous, il ne fait pas froid en Europe centrale. Il y fait même chaud. Très chaud! C’est donc armés de brumisateurs et de parapluies (à défaut d’ombrelles) que nous sortîmes de la voiture  afin de gagner le havre climatisé de l’hôtel…

… Peu avant d’en ressortir,  non sans avoir auparavant profité de la douche glacée de notre chambre afin d’affronter l’infernale chaleur du dehors (il est pourtant 22h!) mais aussi, force est de l’avouer, l’impressionnante beauté de la ville!

Car, trêve de plaisanterie : Prague est sans aucun doute l’une des plus belles villes du monde. Ce que je m’en vais montrer tout de suite, preuves à l’appui,

1. Le Château

La vieille ville sur la rive gauche de la Vltava (prononcer « Vltava ») est dominée par le Château, ancienne résidence des rois de Bohême aujourd’hui occupée par la présidence tchèque. En fait de « château », il s’agit d’un immense complexe de palais dominé en son centre par la splendide cathédrale Saint-Guy (photo ci-dessus : une peinture murale de la chapelle Saint Venceslas), et qui évoque le Kremlin tant par sa taille que par sa position dans la ville. A noter la légende praguoise selon laquelle il serait impossible d’accéder au Château, de nombreuses personnes étant mortes en tentant de le faire… Bien évidemment, le touriste ne doit pas écouter ces élucubrations!

2 la grande horloge astronomique

Edifiée alors que le géocentrisme régnait encore en maître, l’horloge de Prague permet de distinguer les mouvements de la lune et du soleil autours de la Terre. Son fonctionnement basé sur le système de Ptolémée reste d’ailleurs très obscur, et toute étude y fut interdite après qu’un groupe de scientifiques de l’université de Brno (prononcer « Brno ») se soit laissé mourir de faim  sans être parvenus à remporter le pari qu’ils avaient fait avec leurs collègues de Prague, pari selon lequel ils ne devaient pas se sustenter avant d’avoir pu lire la date du jour sur l’horloge astronomique. Leurs collègues de Prague, ayant appris la nouvelle, se seraient alors jetés d’une fenêtre par dépit, épisode resté célèbre sous le nom de défenestration de Prague.

3. Les églises


Après que la peste réformée eut été extirpée jusque dans les bas-fonds les plus sordides de la ville, il était nécessaire d’affirmer que Prague n’avait jamais cessé d’être la perle catholique de l’Empire, pure de toute influence protestante. Aussi les Habsbourg construisirent-ils de nombreuses églises baroques, toutes plus magnifiques les unes que les autres, comme l’église Saint-Nicolas que vous pouvez admirer sur la photo ci-dessus.

4. Le quartier juif

Prague s’est toujours montré tolérante, y compris envers les juifs! Aussi leur a-t-elle confié un quartier inondable sur la rive droite de la Vltava, dans lequel ils pouvaient construite toutes sortes de bâtiments propres à leur culture (bijouteries, banques, magasins de fourrure, synagogues). Attention : notre public sensible doit savoir que le port de la kippa est obligatoire pour pénétrer dans une synagogue, ce qui, bien entendu, n’est signalé à l’honnête non-juif qu’après le paiement du ticket d’entrée (non remboursable).

5. Les moyens de transport pragois

Trois moyens de transport coexistent à Prague :

1. le tramway : entièrement gratuit, le tramway accueille 20h sur 24 le voyageur qui ne doit pas se laisser intimider par l’apparence soviétoïde des rames. Les chauffeurs, en revanche, ont été récemment remplacés par des robots à l’apparence humaine, mais l’office des transports pragois assure qu’il n’y a aucun danger!

2. le cheval : alternative au tramway, il donne une plus grande liberté de mouvement mais présente un rapport coût/vitesse relativement défavorable depuis que la municipalité a interdit le galop en centre-ville. Aussi, nous conseillons plutôt :

3. la skoda : voiture typique de l’industrie bohémienne, la skoda fut longtemps surnommée en Europe de l’est « la lada du pauvre ». Il fallut attendre la fin du communisme pour que justice soit enfin rendue à cette voiture certes un peu bruyante, mais solide et ô combien attachante. Peu de gens savent par exemple que la skoda est capable de parcourir jusqu’à 250km sans aucun ennui mécanique. Il est loin le temps où les assurances exigeaients une assurance-vie avant de laisser leurs clients acheter une skoda! Et c’est aujourd’hui toute la fierté de l’industrie tchèque que de permettre aux Pragois de parcourir leur ville ou les charmantes campagnes de Bohème au volant d’authentiques modèles de collection 1968, 1977 ou 1984!

Prague est donc l’une des plus belles villes du monde. Joyau de l’architecture baroque, elle témoigne par ses monuments de son ancienne position de capitale impériale nichée au coeur de l’Europe, entre ces vingt nations qui coexistaient pacifiquement sous la douce férule des Habsbourg. Tout semble l’opposer à Amsterdam, cette capitale du futur, et pourtant telle est l’Europe, de tout temps partagée entre la construction continentale et l’appel du grand large, entre les monuments millénaires et les navires largués vers l’inconnu, entre le poids de l’histoire et la liberté du présent!

Et pourtant, ces deux faces d’un même continent, d’une même culture, forment bien un tout. Auquel j’appartiens, plus que jamais!

Cycle villes européennes : Amsterdam

septembre 8, 2010

Amsterdam et Prague. Deux villes européennes, deux villes que tout oppose : l’une, plongée dans la mer, regarde encore les pays lointains et exotiques, les océans interminables et la dure vie des marins sur les vaisseaux de bois. L’autre, posée au coeur du continent, laisse encore percevoir derrière les mornes vestiges du communisme, le luxe ostentatoire de son passé impérial.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que (du moins au départ de Paris) le voyage pour Amsterdam est une véritable sinécure. A vrai dire, le plus grand risque qui guette le conducteur vient de l’ennui mortifiant du paysage. Quoi d’étonnant à ce que, de Bouvines à Waterloo, tant de batailles se soient déroulées en cette morne plaine où nul obstacle ne bloquait les ambitions des rois ?

Une fois arrivé à Amsterdam, il faut bien se rendre à l’évidence : il y aura de l’eau. Beaucoup d’eau. C’est donc entre deux canaux que l’on se gare (gratuitement, les Pays-Bas n’exportant pas leurs PV vers la France : qui a dit que l’absence de construction européenne était une mauvaise chose?) peu avant de se rendre vers le centre-ville, guidés par d’autres canaux que nous pouvons suivre jusqu’à tomber sur un énième canal, à moins que l’avant dernier canal ne nous ait finalement conduit à la mer!
Mais c’est certainement la mauvaise foi du pied montagnard qui parle en moi, car selon ce plan de la « ville-centre » (dire : windebrük) au XVIIIème siècle, le plan des canaux obéit en fait à un ordre parfaitement rationnel.

Observez sur ce plan la manière dont les canaux entourent l’île centrale en formant une série de réseaux parallèles. Il faudrait être stupide, ou avoir absorbé des produits spécifiquement néerlandais, pour envisager de s’y perdre.

Mais à Amsterdam, il y a plus que de l’eau : il y a un port. Bon, certes, cela fait bien longtemps que le port d’Amsterdam n’en est plus vraiment un, mais on se rappelle, au détour d’une vieille frégate arborant fièrement l’étendard tricolore marqué de la VOC ou en passant près de la magnifique gare centrale construite en front de mer, la destinée maritime de la ville, et l’incroyable puissance que la minuscule Hollande a su en retirer, elle qui a pu tenir deux siècles durant la dragée haute à l’Espagne de Philippe II et la France de Louis XIV, avant que de s’ouvrir trop facilement aux glorieuses armées de la Révolution.

La puissance maritime fit aussi de la république des Provinces-Unies une société dépourvue d’aristocratie, et, par conséquent, très égalitaire pour l’époque. L’aspect général des maisons (qui se ressemblent beaucoup et refusent toute ostentation : nous sommes en pays protestant) comme l’absence d’architecture monumentale marque clairement cela. On cherchera en vain à Amsterdam l’équivalent des grands hôtels particuliers et des palais parisiens, ou d’une place Stanislas… Bien que dépourvue de cette architecture de grandeur qui fait la gloire des villes françaises, Amsterdam n’en reste pas moins une ville au charme immense bien qu’indéfinissable, car il est difficile de le relier à un « grand » monument, une « grande » place qu’il faudrait absolument visiter.

Mais Amsterdam, ce n’est pas qu’une grande histoire maritime, c’est aussi un présent… euh… spécial. Car il faut le dire, l’amateur de sensations fortes (ou plus douces, d’ailleurs) trouve à Amsterdam tous motifs d’être satisfait. Attention, cependant, car les produits, substances et biens immatériels susceptibles d’être consommés à Amsterdam peuvent s’avérer dangereux. Aussi, une petite classification s’impose, que nous ferons arbitrairement commencer du plus inoffensif pour l’achever au plus nocif des produits en vente libre à Amsterdam.

1. La mimolette


Sympathique formage néerlandais, la mimolette a la particularité de ne posséder ni odeur ni goût particulier. Accompagne généreusement vos repas, particulièrement lors de l’entrée, du plat de résistance et du dessert. Peut aussi être servi à l’apéritif.

2. le cannabis


Plante typique des Pays-Bas. Pousse dans des lieux extrêmement nombreux nommés « coffee-shop ». S’accompagne généralement de fumée et d’une odeur caractéristique. Suscite un grand engouement fêté durant la saison du cannabis, qui se déroule généralement durant toute l’année. malheureusement, la plupart des fumeurs de cannabis n’ont pas conscience de participer à une grande tradition néerlandaise, situation à laquelle l’office du tourisme tente de remédier.

3. la tulipe


L’autre plante typique des Pays-Bas, uniquement visible sous forme de sachets plastifiés (à l’exception de la saison des tulipes où les sachets libèrent provisoirement les fleurs). Attention : seuls les sachets comportant la mention « graine de tulipe du pays » contiennent effectivement des graines de tulipes. Les sachets non-identifiés contiennent généralement des graines d’autres espèces végétales (fougère, rhododendron, pavot). La dangerosité  relative de la tulipe vient de ce que certains tentent de la fumer : la mairie se déclare démunie devant ce nouveau phénomène.

4. la pute

La pute néerlandaise base son commerce sur la frustration. En effet, bien que largement plus attirante que son homologue des autres pays européens, elle se dissimule derrière une vitre qui lui permet paradoxalement de s’exhiber de manière bien plus provocante, suscitant ainsi chez l’Européen moyen une réaction pouvant l’amener à dépenser 30 euros pour dix minutes de sexe (compter par la suite 30 euros à la minute) afin de ne pas repartir frustré. A noter que la thèse selon laquelle les lumières rouges associées aux putes seraient dues à leur affiliation au Parti Communiste néerlandais reste discutée.

5. le vélo (aussi connu sous le nom de bicyclette)

Aux Pays-Bas, le vélo est un objet de la vie quotidienne. Il est de plus muni d’une arme extrêmement dissuasive vis à vis des autres usagers de la route : la sonnette. La sonnette a permis de libérer l’espace des pistes cyclables de piétons et autres objets encombrants. Cependant, des études ayant prouvé que l’usage immodéré de la sonnette provoquait chez les piétons de nombreuses crises cardiaques, voire des réactions de panique qui les conduisaient à se jeter dans les canaux, l’usage de la sonnette a depuis été sévèrement règlementé, avec plus ou moins de succès (en 2008, la sonnette était ainsi encore la troisième cause de mortalité aux Pays-Bas).

6. La croquette (en néerlandais, se dit windebrük)

Première cause de mortalité aux Pays-Bas, la croquette est un objet alimentaire non identifié. Les spécialistes discutent de son origine comme de son utilité réelle. Les « rationalistes » tenant de la thèse selon laquelle la croquette serait une arme de destruction massive des Pays-Bas s’opposent aux « mythologues » pour qui la croquette serait une subsistance des cultes sataniques entretenus par des sectes protestantes entre la fin du XVIème siècle et le milieu du XVIIème siècle. la croquette servirait selon ces derniers aux rituels de passage à l’âge adulte qui permet au garçon de témoigner de sa force virile et du dépassement de soi par l’ingestion d’une croquette entière!

C’est d’ailleurs après avoir survécu à l’ingestion d’une croquette (et après que son armée eut été anéantie par un bataillon de vélocypedistes hollandais) que Louis XIV décida de faire des Pays-Bas le territoire européen de la diplomatie : Utrecht, Rastatt, Nimegue, la Haye, autant de villes, autant de Traités de paix signés entre les grandes puissances européennes qui forgèrent sur ce minuscules bout de territoire le système diplomatique classique qui régit les relations internationales jusqu’en 1914!

Et c’est sûrement dans la continuité de cette tradition paneuropéenne qu’Amsterdam reste sûrement aujourd’hui l’une des villes les plus accueillantes qui soient, et qui le restera, du moins faut-il l’espérer

Sur ce, comme le disent les Néerlandais, windebrük à tous!

Manifeste pour un racisme vertueux

juin 6, 2010

On associe souvent racisme et antisémitisme.

A tort, selon moi : l’antisémitisme est un phénomène intellectuellement bien plus intéressant que le racisme.

Honnêtement, de nos jours, qui sont les racistes, les véritables racistes, capables de disserter des heures durant sur la classification des races suivant leur degré d’évolution tout en se contorsionnant pour prouver que Murakami, Rushdie ou Pouchkine sont bien des représentants purs de la race supérieure? Pouvez-vous en citer un seul? Pouvez-vous trouver un seul site honorablement raciste? (attention : je ne parle pas de cette banale xénophobie de PMU exposée à longueur de journée chez les neuneus de François Dessouche, et dont la seule activité intellectuelle semble consister à compter les racailles dans la banlieue du coin).

Réflexion faite, pourtant, j’en trouverais bien un. (ça va le MRAP, pas trop déçu?)

Et encore, Kemi Seba se revendique autant de l’antisémitisme que du racisme. Pire  : en abandonnant officiellement le suprématisme noir, il semble délaisser le racisme pour se recentrer sur le créneau antisémite. Un signe des temps.

Maintenant se pose évidemment la question : qu’est-ce qui rend l’antisémitisme si intemporel, et, osons le mot, si glamour?

Du laius inutile de réponses moralisantes (la « bête immonde » tapie en chacun de nous, la « connerie humaine ») ou auto-justificatrices (les juifs sont trop « repliés » sur eux-mêmes, ils instrumentalisent leurs malheurs depuis 25 siècles : la preuve, lisez la Bible XD mdr), on peut détacher une base de réflexion : le juif est un objet de projection. Mieux : il est la meilleure machine à fantasme jamais conçue.

Du philosémite à l’antisémite, chacun peut y aller de sa petite construction intellectuelle plus ou moins névrotique, l’un voyant dans « le juif » la réalisation parfaite de l’esprit internationalisé et détaché des basses contraintes nationales et territoriales des autres peuples, un modèle d’autant plus parfait qu’il est vacciné à jamais de la petitesse nationaliste et militariste par les gaz d’Auschwitz. L’autre, au contraire, voit dans le juif apatride l’horreur d’une humanité dépourvue de territoire et de conscience. Agissant par pur intérêt, le juif ignore la profondeur d’un sentiment et n’a de cesse de désirer ce qui lui manque. Etre du vide et de l’absence, il porte symboliquement le poids de tous les malheurs du monde.

Et c’est là, au sein même de ce double fantasme entretenu par le philo et l’antisémite que se niche Israël.

Qu’est-ce qu’Israël? Un Etat. Un Etat comme on n’en fait plus depuis des siècles (à part en Russie et -peut-être- aux Etats-Unis), plus attaché à sa souveraineté qu’un Louis XIV, à son armée qu’un Napoléon et à son territoire qu’un Français. Une construction politique du XXème siècle, mais qui semble sortie armée et casquée du XVIIème. Point donc de ces constructions politiques grotesques qui, des nationalismes arabes aux « chants d’espoir » socialistes ou fascistes en passant par les militarismes latino-américains, ont plongé par milliards les êtres humains dans l’arbitraire, la terreur et la démence.

Juste un Etat souverain au sens fort du terme, dont on ne juge pas la diplomatie avec les critères de Maastricht et de Rome, mais avec ceux de Westphalie, de Nimègue et de Vienne. Un Etat convaincu, contre toutes les leçons des Européens postmodernes, que la liberté et le droit ne se conservent qu’au fil de l’épée. Pire : un Etat qui, malgré son militarisme, n’en croit pas moins charnellement aux vertus de la démocratie, du droit et de liberté, et réussit tout autant à les mettre en pratique que n’importe quelle démocratie postmoderne soumise au diktat permanent de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, et cela va sans dire, infiniment mieux que la série brevetée d’Etats dégénérés issus des poubelles idéologiques du XXème siècle.

Pour le philosémite, postmoderne et éthéré, l’Israélien est donc la trahison de son idéal. Il est celui qui a renié son identité, ou, plus précisément, l’identité que le philosémite projetait en lui. Chaque minute de l’existence d’Israël est  une trahison. Chaque goutte de sang versée au nom de cet Etat est un crime plus épouvantable que le pire des génocides, raison pour laquelle la mort d’un seul Palestinien mérite plus d’attention que celle de millions de Coréens du Nord anéantis par leur propre gouvernement. Car, vous comprenez, d’un côté, il y a normalité : les dictatures tuent, c’est dans l’ordre des choses. En revanche, un Israélien tuant son prochain, voilà le seul Crime!

Et, vérifiant l’adage selon lequel il n’est pire ennemi qu’un idéaliste déçu, les philosémites sont peu à peu devenus les plus grands convoyeurs du fiel anti-israélien. Obsédés par Israël comme l’amoureux transi pour la femme tant aimée, ils ne cessent de la suivre, de l’épier, de lui accorder sans cesse une attention dont elle se passerait bien, la pauvre, mais qu’elle ne peut rejeter d’un revers de main, quoique
Bien entendu, Israël n’est jamais assez irréprochable, ses mots sont toujours trop tranchants, ses gestes n’ont jamais tant de grâce que lorsqu’ils nous sont destinés. Et ses amants, ses amants…!

Dans quel désespoir ces amoureux transis sont-ils de voir l’objet de tous leurs désirs convoler en justes noces avec ce qu’ils considèrent comme l’ennemi par excellence, cet (autre) Etat croyant encore aux vertus de l’histoire et de la liberté, cet Empire… Quels efforts ne font-ils pas pour remettre cette femme tant aimée dans le droit chemin! Combien de pétition, combien d’articles, combien de livres et de contributions! Et tout cela en vain…

Si bien qu’enfin, dérivant dans l’océan de sa mélancolie, le philosémite voit l’éternel objet de son amour quitter sa banale conversation sans même lui accorder un regard, ni un mot, et voguer vers d’autres rivages.

C’est le retour à la réalité, brutal. Finalement, cette grande indifférente, cette femme rebelle, méritait-elle mon amour? Et ce rival qui lui logea une balle dans la poitrine jadis, n’avait-il pas de bonnes raisons de le faire? Ne dissimulait-elle pas en elle les germes de la trahison et de la discorde? Cette femme tant aimée n’aurait-elle été que mensonge et dissimulation? Sa beauté, ses mots aiguisés pour séduire, sa grâce : autant de mensonges, développés au fil des ans par une créature dont les mots, comme autant de serpents, répandaient leur venin sur mes idéaux, une créature perverse et dangereuse, une traitresse, une abomination.

Arrivé à ce point, on pourrait se dire qu’il n’est pire chose que le philosémite puisse penser d’Israël, et qu’il ne pourra faire pire que de haïr cet Etat de 7 ou 8 millions d’habitants. Pourtant, il y a pire encore : le philosémite peut se convaincre qu’il se doit de sauver Israël d’elle-même [petit intermède : Israël doit-il être considéré comme un nom propre de genre masculin ou féminin? Dans l’attente d’une éventuelle réponse et dans l’intérêt de ce récit métaphorique, nous continuerons à employer le féminin].

Dès lors, la ridicule Flottille pour la paix prend tout son sens. Ainsi que la réaction européenne après l’abordage : « c’est donc qu’elle est à ce point diabolique? », ne vaudrait-il mieux pas qu’elle n’ait jamais existé…

L’antisémite est en apparence plus simple que le philosémite. Considérant Israël comme l’Etat juif, autrement dit l’abomination, il n’a de cesse de vouloir le délégitimer. Pour cela, il utilise les chambres à gaz, une création des juifs eux-mêmes qui n’hésitent pas, dans leur monstruosité, à inventer les histoires les plus abracadabrantes [on peut relire L’étoile mystérieuse pour s’en convaincre : tiens, étrangement, on en parle moins que de Tintin au Congo] pour arracher à la communauté internationale le bout de terre qui servira de base de départ à sa méthodique conquête du monde. On en baillerait presque si, au négationnisme, ne s’ajoutait le très rebattu complot juif intergalactique, qui, du Protocole des Sages de Sion au CRIF, en passant par l’Alliance martienne et le Modem, n’avait de cesse de comploter affreusement pour nous imposer, euh, on ne sait trop quoi, mais sûrement quelque chose de terrifiant et d’indiscible.

Bien évidemment, après Auschwitz, les antisémites n’obtiennent en Occident qu’une audience clairsemée. Ils prêchent donc dans le désert et profitent de la base de repli offerte par le monde arabo-musulman en attendant des jours meilleurs. Or, ces jours ont fini par arriver.

Car on rigole, on s’amuse, mais pendant ce temps, une ligne de convergence vient de s’établir entre philo et antisémites : pour sauvegarder leur idéal, Israël doit être anéanti. Le discours de la délégitimation de l’existence d’Israël triomphe désormais en Europe. La femme au port altier est rattrapée par l’ancien amoureux, qui tente vainement de dissimuler ses bouffées de ressentiment sous le masque du transport sentimental ou de la rationalisation absurde.

Cette convergence est facilitée par une double évolution dans la thèse du complot juif : d’une part, la focalisation malsaine et pleurnicharde des sociétés européennes sur Auschwitz semble accréditer la thèse antisémite selon laquelle les juifs imposent leur domination par l’appel à la mémoire torturée (et donc à la faiblesse) des Européens. D’autre part, les bons rapports entre Israël et les communautés juives américaine ou française, chacune structurée par des organisations représentatives (AIPAC et Crif), offre un point de fixation concret à la théorie du complot mondial, qui peut ainsi être rationalisée sans avoir recours aux ridicules Protocoles et autres Illuminatis.

Et cette convergence ne se masque même plus, désormais, les tenants de l’ancien philosémitisme participant sans remords aux opérations de propagande du Hamas. Certes, leurs cries d’orfraie dès lors qu’on les place face au fait accompli réussissent à tromper quelques bonnes âmes.

Mais point de faux-semblants pour l’Eve, cette première femme qui en a vu passer des antisémites, par convois entiers. Remettre en cause la légitimité de l’Etat d’Israël, c’est remettre en cause son droit à l’existence. C’est donc, pour ceux qui ont le courage de leur opinion, rejeter en toute conscience 7 millions de juifs à la mer. Comment donc, « nous ne voulons pas cela »? Tant de commentaires haineux sur rue89 et le monde.fr pour maintenant jouer les mijorées? Lâches que vous êtes! Inconséquents dans votre sentimentalisme pleurnichard comme dans votre haine rance!

J’en viendrais presque à croire que c’est l’inconséquence de ses ennemis qui sauvera Israël, bien plus que ses chars d’assaut!

Quant à moi, je m’en vais rêver à un retour du racisme. Un racisme beau, neuf et parfait, qui puisse tout à la fois convaincre le monde de l’éminente supériorité de la race blanche tout en se parant du masque de la vertu et du droit international.

Mieux, je m’en vais rêver d’une résolution de l’ONU promouvant la supériorité de l’Occident, et qui sera, je n’en doute pas, approuvée par les représentants des races dégénérées d’Afrique et d’Asie sans que cela ne pose le moindre problème aux si nombreuses -et si dévouées- bonnes consciences que compte l’Europe occidentale…

L’euro : un problème politique

mai 10, 2010

Dans son soucis de toujours donner le meilleur et la pointe de l’info à son lectorat, l’Eve Future tient à aborder en ce beau jour de printemps 2010 un décryptage de l’actualité européenne.

Bref résumé de la situation : l’incapacité de la Grèce à honorer ses dettes l’a conduite au bord du défaut de paiement depuis quelques mois, alors que le peu d’empressement des membres de la zone euro à venir à son secours entrainait une crise de confiance sans précédent des marchés financiers envers la monnaie unique européenne. Le climax de cette crise de confiance fut atteint la semaine dernière, à la fin de laquelle, après moultes chutes boursières et sueurs froides de dirigeants européens, ceux-ci se sont suffisamment ressaisis pour concocter un plan de sauvetage venu -in extremis- inaugurer l’ouverture des places boursières asiatiques en ce lundi 10 mai 2010. Tout est donc bien qui finit bien.

Sauf que.
Sauf que, encore une fois, l’Europe n’a pu prendre une décision qu’une fois placée au bord du gouffre.
Sauf que, encore une fois, la décision prise par l’Europe n’a pu l’être qu’une fois placée en dehors de toute règle de droit préétablie, dans la plus totale improvisation institutionnelle et diplomatique.

C’est là une manifestation supplémentaire de ce drame européen qui ne nous donne le choix qu’entre l’impuissance dans le respect du droit et l’efficacité au mépris de ce même droit. L’impuissance, nous la voyons à chacune de ces manifestations ridicules que l’on nomme « sommets européens » et qui, après maints discours plus surchargés de paix et d’ambition paneuropéenne les uns que les autres, accouchent immanquablement de souris diplomatiques dont chacun sait qu’elles seront à ce point rognées par chaque Parlement/référendum national, qu’elles nous apparaitrons rétrospectivement comme des éléphants…

Quant au mépris du Droit (à travers les règles de fonctionnement de l’UE), la présidence Sarkozy de l’UE (juillet-décembre 2008) nous en avait déjà donné un avant goût, qui vit le président louangé pour un bilan qu’il dut avant tout à sa capacité à s’affranchir des règles de fonctionnement et des Traités (voir son rôle lors de la guerre en Géorgie). Dans quel pays s’imagine-t-on un représentant politique vanté pour sa capacité à dépasser toutes les limites de son mandat ? Au Zimbabwé? Au Turkménistan? Point du tout : c’était en 2008, en plein continent européen, parmi les pays les plus développés et démocratiques qui soient.

D’une certain manière, cette dialectique des décisions difficiles et inacceptables finalement adoptées au mépris des règles communes fait penser au mode de fonctionnement de la république romaine, qui recourait à la Dictature dès lors qu’une situation d’urgence imposait des décisions rapides. A la différence que Rome ne recourait à la magistrature suprême qu’en cas de grand danger militaire, et non pas pour régler quelque petit différent financier…

Et justement, en a-t-on véritablement fini avec la chute de l’euro? Rien n’est moins sûr. En laissant la situation se dégrader au point que le monde a pu croire en l’explosion de la zone euro, les pays européens ont montré la mesure de leur incurie. Pire : ils ont prouvé à la face du monde que les intérêts nationaux restaient au fond plus important que le Bien Commun européen, même lorsque la faillite européenne risque d’entraîner dans son sillage celle des nations… La stabilité d’une monnaie étant affaire de confiance, qui pourra à nouveau croire en une zone monétaire qui n’en est pas une, puisqu’elle n’est pas dotée du pouvoir souverain qui, seul, peut disposer des leviers financiers et de la légitimité populaire qui lui permette de mettre en place une politique monétaire sans plonger les marchés dans l’affolement, ou conduire le peuple à la révolte.

Et ici, j’aimerai en venir à l’idée d’un prétendu « gouvernement économique européen », devenu le temps d’une crise le graal de certains décideurs européens. Nous passerons sur la joyeuse oxymore d’un « gouvernement économique » en régime libéral (Kafka semblent promu à un brillant avenir dans la bureaucratie européenne) pour en venir sans préambule au noeud du problème : un gouvernement, qu’il soit économique, social ou culturel (oui, à ce propos, vous voulez un contrôle de l’Etat sur le marché ou la fixation des salaires, moi, je veux un contrôle de l’Etat sur la radio, internet et les journaux : donnant-donnant, comme dirait Ségolène Royal ;-) ne peut être que soumis à un souverain, pour reprendre le vocabulaire hobbesien, c’est à dire à une instance qui légitimera les décisions de ce gouvernement auprès des peuples européens.

Pourquoi? Tout simplement parce qu’un peuple souverain n’accepte un gouvernement qu’à partir du moment où il est formé en son nom (Rousseau et Hobbes). Rappelons que le gouvernement du peuple souverain a pour rôle de perpétuer l’unité politique au-delà des clivages sociaux, économiques et culturels qui traversent le peuple (Freund). Cette perpétuation de l’unité ne peut elle-même s’accomplir qu’à l’aide de choix politiques réalisés au nom de l’ensemble du peuple, même s’ils le sont simplement par 51% des représentants de ce même peuple. C’est précisément la capacité d’un peuple à se soumettre aux décisions de la majorité -même limitée- qui décide de sa nature politique (d’où l’erreur de Rosenvallon : ce n’est pas du mode de scrutin, mais bien du « désir de collectif » et de son absence que proviennent les problèmes politiques européens). Ainsi, une minorité qui refuserait de se soumettre à la majorité (sous prétexte de se battre pour ses droits, par exemple) condamnerait la communauté politique dans son ensemble à la guerre civile, ou à l’impuissance -à l’impolitique, pour reprendre un terme de Freund.

Dès lors, tout gouvernement est essentiellement politique, et ce n’est que par extension de cette fonction première qu’il s’occupe d’affaires économiques ou sociales. Car les divisions économiques, sociales ou culturelles d’un peuple sont indépassables et ne peuvent être transcendées que par la décision politique : ce fut la grande leçon de Machiavel et -bien malgré eux- des marxistes. Aussi, prétendre mettre en place un gouvernement européen de l’économie sans avoir auparavant fondé la politique d’un Etat européen appuyé sur la souveraineté d’un peuple européen est une absurdité dans les termes.

Une absurdité qui pourrait nous mener loin : d’une part, dépourvu de toute capacité politique, ce gouvernement s’enfermerait dans une prise de décision à l’unanimité, dans la mesure ou l’adoption de la majorité supposerait une légitimité appuyée sur une souveraineté dont il ne dispose pas. Ainsi, ce gouvernement serait-il rapidement réduit à l‘impolitique, condamné à n’accoucher que de souris, comme le sont depuis leur début des Commission Européenne, Parlement Européen et autres machins européens (récemment, le Président et la ministre des Affaires Etrangères de l’Union) que l’on ne cesse d’ajouter depuis 1957 à l’interminable convoi des petits machins, et dont on espère sans doute que de leur petite nouveauté naîtra par magie une légitimité qui, bien évidemment, n’apparaît jamais…

D’autre part, se rendant bien vite compte de l’inefficacité de ce nouveau machin, il est probable que des pro-européens enthousiastes, tout à leur envie de faire progresser leur petit hochet européen sans apparemment comprendre que 50 ans de joujou européen ont lassé nombre des européens les plus enthousiastes, appelleraient bien vite à simplifier le processus de décision : autrement dit, à introduire de la majorité afin que les décisions soient prises rapidement. C’est bien, mais cela pose un problème de taille : les décisions sont prises, mais elles le sont dans le vide de l’absence de souveraineté. Dépourvues de toute légitimité auprès d’un peuple européen qui n’existe pas, elles sont donc vues, au mieux, comme sans intérêt, et au pire, comme les agressions caractérisées de l’ultralibéralisme, l’islam, l’étatisme bruxellois, l’impérialisme franco-allemand (rayez la mention inutile) contre les valeurs des nations européennes, chacune voyant bien entendu le danger suivant sa propre grille d’interprétation politico-culturelle.

Encore une fois, cette tentative de simplification des Institutions aboutirait à un référendum, donc à un ratage et à une (énième) délégitimation de l’idée européenne auprès des peuples : le circuit de 2005 recommencerait ad vitam aeternam, alimentant de sa trainée de frustrations les rêves exotiques de quelques nouvel-ancien populiste que les forces du Bien pro-européen se chargeraient de dénoncer, elles qui ont tout fait depuis plus de 50 ans pour éliminer la peste brune de l’Europe!

Pour conclure : peut-on espérer que l’euro, cette monnaie si critiquée, posera la question des conditions politiques propres à sa préservation? Et que derrière l’émergence d’un gouvernement économique se profile l’espoir d’un véritable gouvernement politique européen? La chose est peu probable, mais, bah, l’espoir fait vivre!

Au pire, nous pouvons penser, comme Napoléon, aux Romains et à leurs Dictatures! Comment, cela ne vous fait pas envie? Faignants que vous êtes!

L’Espagne, la vérité, la politique

avril 24, 2010

Actualité européenne aujourd’hui, avec l’affaire du juge Garzon.

Ce juge espagnol s’est rendu célèbre dans le passé pour la mise en accusation de l’ancien dictateur chilien Augusto Pinochet, accusation qui s’est achevée de manière particulièrement grand-guignolesque après avoir suscité nombre d’espoirs.

Or, voilà qu’après les fantômes de Pinochet, Garzon s’est attaqué à ceux de Francisco Franco, ancien « caudillo » de l’Espagne de 1939 à 1975, entré dans l’histoire bien plus par la guerre civile (1936-1939) qui suit sa tentative de coup d’Etat du 17 juillet 1936 que pour le régime dictatorial et ultraconservateur qu’il mit en place après sa victoire. Le projet de Baltasar Garzon consiste à obtenir réparation des crimes franquistes pour ses victimes, à l’aide tant des archives que des charniers franquistes qu’il entend faire ressortir au grand jour.

Mais Baltasar Garzon, en éclairant les charniers à la lumière du jour et de la vérité, déterre en même temps une mémoire enfouie sous une loi d’amnistie datant du retour à la démocratie. Les plaies qu’il met à jour ravivent les clivages de la société espagnole, et conduisent logiquement ses adversaires à l’accuser de mener une affaire plus politique que judiciaire. Ainsi le juge se retrouve-t-il suspendu de ses fonctions, dans l’attente d’un procès pour excès de pouvoir (prévarication) mené par des associations de droite et d’extrême droite qui l’accusent de ne pas respecter la loi d’amnistie conclue trente ans plus tôt…

Les arguments de la gauche espagnole (qui défend le juge) sont axés sur le bien en soi de l’oeuvre judiciaire : en ouvrant les fosses communes, Garzon entend donner des noms aux (dizaines de) milliers d’anonymes enterrés là et restituer leur dignité aux familles des disparus. Se faisant, il confronte le pays a une vérité que la loi d’amnistie de 1977 entendait enfouir pour l’éternité : oui, l’Espagne fut bien soumise 40 ans durant à la tyrannie de quelques militaires, et c’est tout à l’honneur de la démocratie espagnole que de vouloir redonner une dignité à ceux qui se sont battus pour elle durant la guerre civile, en attaquant ceux qui l’ont combattue.

L’argumentaire de la droite (le clivage gauche/droite paraît absolu dans cette affaire) est axé sur la dimension politique de l’affaire : en déterrant les cadavres du passé, Garzon conduit l’Espagne à retrouver les vieux démons de la guerre civile, ce qui, loin de conduire à un élargissement de la démocratie, risque au contraire de la miner de l’intérieur sous les assauts de minorités vindicatives se parant du pur manteau de la justice pour mener en réalité un combat bassement politicien dont tous les Espagnols sortiront perdants.

Cette affaire est passionnante à plusieurs titres : d’abord, en ce qu’elle permet de mesurer l’importance de la mémoire pour la présent d’une nation (oui, l’identité nationale existe, et elle est adossée à un passé dont l’interprétation peut être réconciliatrice ou discordante). Ensuite, en ce qu’elle montre, encore une fois, que la vérité n’est pas forcément un bien. Et que la justice ne peut se faire à tout prix. S’il est bon qu’une nation se confronte aux errements de son passé, cela ne peut se faire au détriment de sa cohérence présente. Est-ce une bonne chose de confronter une nation à la vérité si cela doit la conduire à la discorde, voire à la guerre civile?

Le juge Garzon, dans sa recherche effrénée d’une justice universelle, n’obéit-il pas à une quête de pureté morale qui lui a -ironie du sort- fait perdre tout sens de la justice en tant que recherche de l’harmonie et de la meilleure voie pour la réconciliation?

En fait, la question centrale que pose cette affaire est le statut de la vérité dans la construction d’un collectif (qu’il soit d’ailleurs une nation, un parti politique ou une association quelconque). Dans quelle mesure l’harmonie collective nécessitera-t-elle un mensonge pour perdurer? Dans quelle mesure ces mensonges entravent-ils notre évolution et nous poussent-ils à accepter une part de vérité supplémentaire?Les exemples historiques sont en cela aussi divers que variés. D’un extrême à l’autre, nous retrouvons la négation pure et simple de l’extermination amérindienne par la mémoire américaine et la pleine intégration du génocide des juifs d’Europe par la mémoire allemande, l’une et l’autre attitude ayant pour trait commun d’être pleinement assumée et revendiquée par les deux peuples. Entre les deux, nous retrouvons tout le panel possible, de la réconciliation dans la vérité sud-africaine de 1994 à la reconnaissance progressive par la France des crimes de Vichy. Dans ce panel d’attitudes possibles, les Espagnols doivent trouver celle qui leur permette le meilleur vivre-ensemble possible. D’ici là, les questions resteront posées.

Avec pour seule réponse l’éternelle prééminence du politique sur le judiciaire, n’en déplaise aux fanatiques de la Vérité comme absolu.

L’eunuque, le cowboy et le tsar

mars 17, 2010

Excellent article paru sur un site de trop bon goût pour ne pas être réactionnaire.

« L’eunuque, le cowboy et le tsar » est une référence, en cette année d’amitié franco-russe, aux tentations pro-russes de nombre de Français qui croient forger dans une nouvelle alliance continentale le projet grandiose d’une union eurasiatique pouvant contrebalancer la puissance américaine.

Mais là est le problème que ceux qui croient en cette construction continentale sont aveuglés par leur antiaméricanisme  sur la véritable nature de la Russie : un pays qui ne se considère pas comme européen (et fonde précisément son rapport au monde sur son ambiguïté euro-asiatique), une puissance dont les doctrines géopolitiques tiennent de Frédéric II et de la grande Catherine (et non de Robert Schuman et Jean Monnet), un pays, enfin, passé maître dans l’art de se victimiser afin de nier toute responsabilité dans une marche du monde qu’il influence pourtant plus qu’il ne le croit (mais certes moins qu’il se plaît à l’espérer). En clair, les Russes n’ont que faire de nos questionnements identitaires, comme ils n’ont que faire de notre grand projet de construction européenne -à moins, bien sûr, que celui-ci puisse être utilisé comme levier de leur weltpolitik.

Connaissant cela, il semble absurde de défendre un quelconque projet franco-russe hors des domaines économiques et culturels. Mais c’est mal connaître la force de l’aveuglement antiaméricain qui semble toucher tel un cancer l’opinion de gauche -et une part non négligeable de l’opinion de droite- dans ce pays, aveuglement apparu au grand jour lors du conflit russo-géorgien durant lequel les armées de bien-pensants de gauche se firent tout à coup les défenseurs acharnés d’une Russie qui n’en demandait pas tant, et qui conduit ses thuriféraires à courir, tels des eunuques, à la recherche de ce Sultan qui pourrait enfin bouter hors de leur vue l’hydre américaine. C’est mal apprécier l’expansion sans fin du ressentiment, telle une métastase envahissant tout le champs de la réflexion et oblitérant toute raison.

C’est mal connaître, enfin, l’influence mortifère de cette philosophie de la castration politique que l’on appelle la « construction européenne » et qui, amenée à sa Fin (le consensus total et l’harmonie éternelle), nous conduirait peu à peu à devenir des homo europeus, sortes d’eunuques impuissants et bouffis de ressentiments, tout juste capables de passer leurs journées à dénoncer le pensémal-et-la-discrimination-qui-brisent-l’harmonie tout en votant pour un quelconque parti fascisant, histoire de se défouler tous les 5 ans (quoique, la dialectique Halde vs Front National nous révèle que l’homo europeus est déjà notre présent…)

Voici donc notre petite Europe, potentielle puissance politique et militaire -si seulement nous savions nous donner la philosophie politique que nous méritons, disposant des moyens technologiques et culturels aptes à tenir la dragée haute à ces Russie et ces Chine qui semblent tant nous effrayer depuis peu, et qui se résout, au nom de ses « valeurs », de sa « construction européenne », de la « paix », à n’être que le grand lupanar de ce XXIème siècle, tout juste bon à engendrer les maquerelles qui sauront le vendre à quelque puissance de second ordre auprès de laquelle elle ira désormais prendre ses ordres.

Mais cela n’est pas grave.
car en nous passant de la nécessité d’assumer nos décisions, nous resterons aussi purs et vierges de tout « mal » que nos chers « pères fondateurs » le désiraient. Nous serons le continent de l’innocence, jusque dans les crimes que quelque Empire nous fera commettre. Nous serons le continent de la paix, jusque dans les guerres que nous serons obligés de faire au nom de notre puissance tutélaire.
Nous serons les purs et les bons, les homo europeus passant leurs journées à fantasmer sur la « lutte contre le libéralisme » ou l' »islamisation de l’Europe », pendant que le reste du monde sera occupé à des besognes naïves et secondaires.
Celle de faire l’histoire, par exemple.

Mais heureusement, nous en rirons.

La construction européenne pour les nuls

mars 3, 2010

La source

Xynthia, elle s’appelle Xynthia.

février 27, 2010

Son oeil déjà est fixé sur nous, depuis les côtes de la Galice.