Archive for the ‘repentez-vous, pêcheurs!’ Category

Décroissance, talibans et bisounours

septembre 19, 2010

Rue89 vient de proposer l’article d’un certain Paul Ariès, docteur ès malbouffe, scientologie, pédophilie et mondialisation, devenu à en croire sa notice wikipedia le penseur de référence du mouvement décroissant. Dans cet article, Paul Ariès décrit les conditions qui pourraient selon lui permettre l’émergence d’un grand acteur politique de la décroissance en France. Mais tout d’abord, et avant que d’aborder l’article proprement dit, il me faut répondre à la question suivante :

1. Le mouvement décroissant, qu’est-ce?

Imaginez un monde dans lequel votre rendez-vous chez le dentiste n’est plus reporté à 4 mois faute de praticiens suffisants, mais à 4 ans, car, pour votre bien, il ne faut pas qu’il y ait trop de praticiens.

Imaginez un monde dans lequel on ne vous propose plus d’acheter un nouveau réfrigérateur lorsque le votre cesse de fonctionner, mais dans lequel on vous propose de réhabiliter votre ancien frigo afin de le transformer en simple garde-manger.
Pour votre bien, évidemment.

La décroissance, c’est donc un enfer imaginé par quelques esprits tordus, dans lequel des fonctionnaires habilités de la décroissance jugeraient de la viabilité de tout nouvel achat d’un téléviseur couleur Thompson modèle 1988 que vous prévoiriez de faire pour noël (une fête d’ailleurs réprouvée par le ministère du développement durable pour incitation à la consommation). Un enfer pour tous, donc. Mais pas pour Paul Ariès. Pour lui, la décroissance, c’est une utopie.

2. La décroissance selon Paul Ariès

Pour Paul (tu permets que je t’appelle Paul?), la décroissance repose sur un constat évident : « Comme on sait que le gâteau -le PIB- ne peut plus grossir, la grande question devient celle du partage. Nous marquons le retour des « partageux ». »

Donc, Paul, j’aimerai te présenter Dorothée, de Sciences Humaines, l’auteure d’un article qui va beaucoup t’intéresser. Et oui, Paul, le PIB mondial n’a jamais plus augmenté dans l’histoire que ces trente dernières années! Mais soyons grand seigneur, et continuons notre lecture comme si nous n’avions rien remarqué.

« Je me reconnais pleinement dans le mouvement lancé par d’anciens résistants autour de la republication du programme du Conseil national de la résistance, »Les Jours heureux ». Au moment où la France était ruinée, à genoux sur le plan économique et industriel, on a su trouver effectivement les moyens financiers pour permettre cette solidarité avec la Sécurité sociale. Aujourd’hui, avec une France beaucoup plus riche, on voudrait casser cette Sécurité sociale. Il nous semble possible de rénover, d’approfondir les services publics. »

Bon.
Tout d’abord, j’aimerai qu’on m’explique ce que signifie la décongélation du programme du CNR auquel on assiste depuis quelques années. Honnêtement, il n’y a pas plus récent? Voire plus ancien? Après tout, tant qu’à faire un tour aux archives, pourquoi ne pas invoquer le Serment du jeu de paume? l’Edit de Nantes? Voire la Loi Salique?

Mais admettons : les résistants, depuis leurs cercueils, font entendre leur voix. Paul invoque la vengeance terrible des glorieux aînés qui se réveilleront et viendront, dans un remake plus ou moins minable de la nuit des morts-vivants, dévorer nos âmes de traîtres. Il nous faut donc dès aujourd’hui préparer le passé l’avenir en exhumant d’anciens résistants pour les présenter à la présidentielle de 2012.

Sans rire, ce n’est pas un argument de pilleur de tombes, ça? Ou plutôt de détrousseur de cadavres…

Mais poursuivons, sans remarquer la contradiction entre l’idée de décroissance et l’éloge d’un programme de sécurité sociale permis par la très forte croissance des Trente Glorieuses…

« Ce revenu garanti est aussi un pari anthropologique, je veux dire que nous sommes conscients que ça peut foirer. Il s’agit de dire que nous ne sommes pas seulement des forçats du travail et de la consommation, mais beaucoup d’autres choses. »

Arrivé là, cher Paul, j’ai bien envie de te dire « merveilleux ». Par hasard, tu ne serais pas au courant d’un ou deux de ses « paris anthropologiques » ayant conduit à des résultats assez peu orthodoxes? Hein? non? dommage, parce que justement, ils ont foiré…
C’est en général ce qui se produit lorsque des apprentis sorciers dotés des meilleures intentions du monde prennent une société postmoderne pour un legoland. En même temps, si pour toi le XXème siècle se résume aux congés payés et à la sécu, je comprends que tu ne saisisses pas vraiment…

« Le succès d’estime du terme de décroissance permet à chacun de mettre des mots sur ce que chacun ressent : on ne peut pas continuer à produire et consommer plus. Et pas seulement sur le plan écologique, mais humain, sans aller jusqu’à péter les plombs. »

Eh bien voilà, Paul, on aborde enfin la question centrale : la décroissance est une question de comportement personnel et de responsabilité individuelle. Effectivement, concevoir la vie sous le seul angle du consommateur abreuvé de publicités à longueur de journée est « anthropologiquement » impossible. Mais avions-nous besoin de toi pour le deviner? Et surtout, Paul, était-il nécessaire de fonder un mouvement politique pour cela?

Alors, qu’est-ce que tu dirais de laisser tout simplement vivre les êtres humains tels qu’ils l’entendent (on dit aussi « librement »)? Mais peut-être penses-tu que la nature humaine imparfaite requiert tes Lumières, ta Supériorité de vue et ton plan quinquennal pour enfin s’accomplir pleinement?

Mais laissons ce ton sérieux, et concluons cet article sur une dernière citation de notre inimitable décroissant :

« Nous nous sommes dotés de deux outils :

  • une charte a minima -il ne faut pas le cacher, la décroissance c’est aussi une auberge espagnole…-,
  • et un logo pour assurer la visibilité du mouvement, l’escargot. »

Tenez-vous le pour dit : l’avenir sera long. Très long.

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Pourquoi je ne déteste pas Nicolas Sarkozy

septembre 18, 2010

Connaissez-vous les neutrinos?
Ce sont des particules cosmiques qui ont pour intéressante caractéristique de n’interagir avec aucune autre particule de l’univers. Ainsi, un neutrino peut traverser n’importe quel corps céleste (planète, étoile) à la vitesse de la lumière sans que sa trajectoire n’ait subi la plus petite modification. Son importance scientifique est donc cruciale : les très rares neutrinos captés au moyen d’installations plus que complexes permettent de déterminer des choses aussi sidérantes que la composition de l’univers primitif ou le fonctionnement d’une supernovae.

Le neutrino, donc, présente l’intérêt de résumer magnifiquement le rapport que j’entretiens depuis longtemps avec Nicolas Sarkozy : une indifférence polie. Tout dans le personnage heurte mes valeurs : sa vulgarité, son yacht, ses courses à pied, ses amis jet-setters, sa femme (non, Carla Bruni n’est pas mon genre), ses manières de parvenu enfin, qu’un Talleyrand aurait d’atomisées d’un bon mot. A la limite, et à l’image des Allemands, je verrais bien en lui un comique refoulé : un Louis de Funès, mais au premier degré.

Mais pourquoi tout cela, qui s’oppose en tous points à ce qui m’est cher en tant qu’individu et en tant que français, peut-il me conduire à l’indifférence et non en une seine et franche détestation? Tout simplement en ce sens que ce qui s’oppose à mes valeurs ne m’atteint généralement pas, du moins tant que cela ne m’est pas imposé et ne conduit pas, à mon sens, à un quelconque danger.

Arrivé ici, je dois m’arrêter sur deux points d’importance :

1. Je n’ai pas la télévision.

Ne riez pas, ce qui peut sembler être un détail ne l’est pas : je n’ai jamais subi les discours mal préparés du Guano, ou, pire, les improvisations aléatoires de Sarkozy lui-même. Je n’ai jamais suivi de près les emballements médiatiques plus ou moins stupides et opportunistes des grandes chaînes de télévision qui peuvent se résumer ainsi :

A) Un fait divers X survient, quelque part, comme un million de fois dans l’année.

B) Nicolas Sarkozy s’empare du fait divers, le sépare des millions de faits divers équivalents qui l’ont précédé pour en faire un fait divers exceptionnel, dont on comprend après un discours long et soporifique (ou, au choix, improvisé et stupide) qu’il ne doit jamais se reproduire!

C) Les médias « s’emparent de l’affaire », couvrent le fait divers puis le discours de Sarkozy sans le moindre recul ni esprit critique (il ne s’agirait pas de prendre parti), en oubliant par exemple de mentionner que ce fait divers s’est déjà produit 50 fois depuis le début du mois, sans provoquer jusque là la moindre réaction politique.

D) Dans un nouveau discours, Nicolas Sarkozy annonce des mesures visant à prévenir le fait divers X. Les médias relatent la mesure, qui se voit généralement adoptée sans discussion durant une cession extraordinaire du Parlement réunie à ce seul effet. Inapplicable et déconnectée du réel, la mesure sera bien vite oubliée, sans que les médias n’aient pensé à en évaluer l’efficacité (nulle) sur le terrain.

E) Un fait divers Y survient…

N’importe qui disposant d’un cerveau se dira qu’il est impossible qu’une nation moderne et développée ait pu être dirigée de cette manière trois années durant. La particularité du système médiatique et politique français (pour résumer : l’absence de contre-pouvoirs) a pourtant permis cela. Mais j’y reviendrai dans un prochain article.

2. De ce fait, je passe beaucoup de temps sur internet

Ne pas avoir la télévision donne aussi un autre avantage : je passe beaucoup (beaucoup) de temps sur internet. Aussi, j’ai vu depuis l’élection du dit-président monter peu à peu un antisarkozysme militant propre aux forums et sites d’information en ligne. Certes, la nature ayant horreur du vide, il était logique (et légitime) qu’une opposition se forme sur le net. Mais bordel de Deu, était-il nécessaire que cette opposition prenne la forme d’une armée de décérébrés face auxquels Sarah Pallin elle-même semble être  un parangon de finesse intellectuelle, de tact et de bon goût?

Depuis 2007, il suffit qu’un article sur un grand site d’information modéré traite de près ou de très (très) loin de Sarkozy pour que l’on voit instantanément se former dans la section commentaire du dit-article une conjuration d’imbéciles semblant éprouver un malin plaisir à participer à une compétition du commentaire le plus stupide et/ou le plus aberrant, et dont le fonctionnement peut être résumé par l’axiome suivant : pour tout article Y, le nombre de commentaires stupides N sera proportionnel au nombre d’occurrences des thèmes A, B et C suivants :

A) Sarkozy, la réincarnation de Hitler (peut éventuellement être remplacé par Pétain) : tout article traitant de politique française, européenne ou internationale pourra faire l’affaire. De plus, cette version peut venir compléter la version B :

B) Sarkozy, l’agent de la conquête libérale intergalactique. Cette tendance présente l’avantage d’être adaptable à tout types de situation. Deux tendances peuvent néanmoins être dégagées : ou Nicolas Sarkozy est un agent volontaire de l’ultralibéralisme (cette version sera privilégiée par le militant de gauche ou par Dominique) ou il en est un agent involontaire placé sous le contrôle des ondes mentales galactiques du Medef (cette version aura la préférence du militant centriste ou gaulliste sociaux).

C) Sarkozy, un sous-homme en général : dans cette catégorie entreront toutes les occurrences de Sarkozy qui, sans pouvoir être directement rattachées de près ou de loin à une manifestation du sarkozysme, peuvent néanmoins, sur certains points hypothétiques, évoquer de manière immédiate ou plus ou moins fantasmatique l’éventuelle possibilité que l’un des thèmes abordés puisse rappeler la présence de Nicolas Sarkozy  (exemple : un article sur les paramécies ou l’accueil des handicapés à l’école pourra rappeler le problème de taille de Nicolas Sarkozy, et pourra susciter nombre de commentaires à priori hors sujets). Ce paramètre C comportant une forte part d’imprévisibilité, il comptera nettement plus dans l’axiome que les paramètres précédemment évoqués.

L’axiome final du commentateur en ligne antisarkozyste peut donc se résumer sous la formule suivante :

N(Y)= ABC²

Mais pour être tout à fait franc, je reproche moins aux antisarkozystes leur trouble obsessionnel compulsif de la sarkozyte que leur totale insignifiance. Il y a une règle de base en politique que lorsqu’on veut s’ériger en juge, on se donne les moyens du procès. On devient inflexible. On devient pointilleux. On devient terrible. Talleyrand, une fois qu’il eut décidé d’anéantir Napoléon, referma son visage tel un masque de cire et prépara minutieusement, des années durant, la chute de son empereur qu’il obtint finalement. Sans avoir jamais eu à employer la moindre vulgarité. Sans s’être jamais abaissé au niveau de son adversaire.
Or, qu’y a t-il de terrible chez ces malheureux obsédés qui, pour toute impertinence, se contentent de donner du « sarko »?

Sarko, ou la vulgarité et la familiarité érigées en valeur.
Ou quand « l’antisarkozyste » devient l’exact reflet de celui qu’il prétend combattre.

Et face à la dialectique infernale de la vulgarité, j’ai quant à moi choisi de ne pas choisir. Les uns et les autres se répondent ici avec trop de complaisance. Le jeu est trop évident. Le triomphe de la facilité trop absolu. Face à l’engrenage, je préfère laisser agir ce même instinct de survie qui m’avait préservé dans le passé de quelques insultes à la raison, de ces petits soldats du Bien alignés tels des robots et prétendant à eux seuls représenter la légitimité, le goût ou la Raison.

Et en attendant qu’arrivent des jours meilleurs, je préfère rester sur la réserve, sans haine ni désespoir, quelque part dans la grisaille du réel…

Lâcheté des Américains…

avril 29, 2010

… cela n’arriverait jamais de ce côté-ci de l’Atlantique, où nos meilleurs dessinateurs ont le courage de représenter Benoît XVI en pédophile ou en nazi!

Dieu est-il écologiste?

février 1, 2010

Ce midi, comme tous les jours, je vais sur des sites météo.
Voyez-vous, j’adore la météo. Bien évidemment, cet hiver me comble, et je ne crois pas avoir jamais véritablement pesté contre le verglas qui fut parfois (et pas plus tard que ce matin) à deux doigts de me conduire dans un fossé. Ainsi, le vendredi qui précéda les vacances de noël, et alors que tout le réseau – y compris le réseau principal- était verglacé et enneigé, je pris ma voiture et fit un véritable tour du Loiret (Gien-Montargis-Orléans) à 50-70km/h (30 par moments), histoire de bien profiter du spectacle total généreusement offert par Mère-nature, le tout en jonglant entre averses de neige et chasses-neige (bon, certes, le désir légitime de conjuguer achats de noël et séance d’Avatar n’y fut pas pour rien…).

Tout cela pour dire que si un être humain sur cette planète devait se sentir particulièrement inquiet et horrifié par la survenue d’un réchauffement climatique, c’est bien moi. Tout ça aussi pour vous faire réaliser à quel point je peux me marrer lorsque des journaleux reconvertis apprentis-climatologues viennent m’expliquer le pourquoi du comment du réchauffement global dans un quelconque papier généraliste, en me prouvant par A plus B que mon indifférence criminelle envers le climat entrainera la planète à sa fin.

Eh, les gars, je dévorais des bouquins sur le climat quand vous appreniez à vous servir d’une mobylette!
Que voulez-vous, on est un geek ou on ne l’est pas.

Or, justement, voilà qu’en naviguant sur un site météo, et plus particulièrement dans la section climatologie du-dit site météo, je tombe sur ce lien (et là, lecteur, je t’incite à le lire même si, quand même, je ne te le dis pas, car je respecte trop l’intimité et le libre-arbitre qui font de toi un lecteur d’exception).

Maintenant, toi aussi, cher lecteur, tu sais que le réchauffement climatique n’est qu’un complot visant à nous faire accepter le fait que le pétrole va peu à peu disparaître.
Je ne reviendrais pas sur la logique propre au complotisme, qui est au mieux une paresse intellectuelle (la guerre pour du pétrole, gné), et au pire le symptôme d’une grave incapacité à faire face à la réalité (voir pour cela la bibliographie complète de Pierre Péan, par exemple).
Or, et c’est là que cela devient intéressant, si cette incapacité peut avoir une multitude de sources, elle a toujours comme point commun le rapport torturé à un élément signifiant dans la vie/la pensée d’un individu.
Ainsi le rapport torturé et passionné de Péan à la France l’entraîne-t-il, pour défendre la France, jusqu’à la négation du génocide des Tutsis, ainsi l’opposition quasi religieuse à l’idée officiellement admise d’un réchauffement climatique entraine-t-il ce cher blogueur à imaginer qu’un immense complot réunissant climatologues, pétroliers et grands dirigeants politiques aurait monté de toute pièce ce même réchauffement pour un motif hautement fantaisiste.
Bien entendu, ce qui nous intéresse ici n’est pas sa thèse, mais le contexte qui a pu mener cet homme, et bien d’autres qui se réclament d’une mouvance dite « climatosceptique », a partager cette thèse du complot climatique.

Ce qui nous amène tout droit au principal problème auquel se retrouve aujourd’hui confrontée la recherche climatique, à savoir son intégration -bien malgré elle- dans cet ensemble bien plus vaste -et bien plus politique- qu’est aujourd’hui la lutte contre le réchauffement climatique.

Or, et de plus en plus, cette lutte contre le réchauffement n’est plus scientifique, ni même politique, mais religieuse. C’est à une Croisade que nous sommes conviés, en lutte contre une menace d’autant plus perverse qu’elle se trouve en chacun de nous, et nous force à nous faire la guerre à nous-mêmes, à traquer les moindres traces de ce mal qu’il nous faut expurger à coups de purification (comment puis-je faire pour diminuer mon bilan-carbone?), le tout sous les yeux d’un Dieu-planète omniprésent et omniscient, sans lequel nous ne sommes rien, mais qui, paradoxalement, paraît n’être plus rien si nous ne sommes plus là pour le contempler –et le sauver! Car il ne faudrait quand même pas oublier qu’il s’agit là d’un culte d’Européens postmodernes, festifs et tolérants. Il ne s’agirait pas non plus de se battre pour un Dieu qui se contrefout de nous comme de sa dernière extinction massive couche culotte.
Quant à l’avis que ce Dieu pourrait avoir sur le fait d’être « sauvé » par l’espèce de Jacques Séguela et de Christophe Maé…

Bien entendu, une nouvelle religion ne va pas sans son lot de vrais fanatiques et de faux-dévots. Les premiers sont les héros de notre temps. Prenant sur leurs épaules de titan le sort de la planète toute entière, ils sont les seuls à tracer un avenir à une humanité déchue, qui, sans eux, serait condamnée à regarder Joséphine Ange Gardien en mangeant des pizzas quatre fromage sans même se soucier de ses enfants bientôt promis à la damnation éternelle. Les fanatiques se reconnaissent généralement à leur morgue de citoyens engagés (ce nom que l’on donne aujourd’hui aux commissaires politiques) cools et écoresponsables. Généralement, le citoyen engagé et écoresponsable (que l’on appellera l’écocitoyen), comme tout bon prêtre, n’a d’autre occupation que celle de rapprocher autant que possible sa pratique écocitoyenne de sa conviction religieuse écologique.
Estimant qu’il fait tout son possible pour vivre en accord avec ses convictions, il estimera posséder des droits, et en particulier celui de culpabiliser tout être humain qui ne chercherait pas autant que lui la voie de la pureté.
Ainsi, le fanatique écologiste envahit-il progressivement tout support médiatique qui peut aider à sa lutte contre le mécréant.

Le faux-dévot, quant à lui (et comme l’avait déjà compris Molière), est une source intarissable de rire.
Jean-Philippe, militant UMP des Hauts de Seine, et récemment chaud partisan du Grenelle de l’environnement, en est l’archétype. Au fond, il se fout de la nature et de l’environnement comme de ses derniers électeurs décédés, mais décide que la stratégie électorale impose de faire semblant de s’y intéresser. Alors, bien sûr, des fois, ça réussit, et Jean-Philippe impose à tous sa morgue de commissaire politique à l’occasion du grenelle de l’environnement. Mais bien heureusement, ça rate la plupart du temps, et Jean-Philippe se retrouve alors en train d’approuver un grand projet d’Airbus visant à refroidir la planète en lançant des glaçons sur la banquise. Et c’est justement pour ça qu’on les aime, nos faux-dévots!

Vous me direz, chers lecteurs, qu’il nous manque ici une dernière catégorie : les hérétiques.
Tout système religieux secrétant ses rejets, il n’en va pas autrement du système écolo-climatique. Les hérétiques croient être de grands esprits indépendants, alors qu’ils sont tout aussi soumis à la norme religieuse que les écologistes. Car l’hérétique ne s’intéresse pas à la climatologie en tant que science, mais en tant que religion qu’il pourra retourner contre le dogme officiel au nom de ses propres dogmes.

Car, et c’est là qu’est tout le problème, quand la discussion scientifique se mène sur une base rationnelle qui laisse toujours à ses participants la possibilité d’un terrain de communication et d’objectivation du conflit, la discussion théologique, elle, se mène sur une base par définition non-objectivable, irréductiblement fermée à ceux qui n’adhèrent pas intégralement à ses dogmes. Elle ne laisse que la possibilité de s’inscrire au sein du système, ou de le rejeter dans son intégralité. Pas de juste milieu. Pas de compromis.
Ainsi, ceux qui rejettent la théologie du réchauffement climatique sont aussi tentés de rejeter par là même le réchauffement en tant que fait scientifique. Et notre pauvre blogueur, obsédé par l’idée de rester libre de la théologie climatique, ne fait en réalité que s’inscrire bien malgré lui dans le schéma de pensée de ses adversaires (Un peu comme ces prétendus athées qui passent leur vie à critiquer le pape), renforçant de ses thèses complotistes leur argumentaire sénile…

A la fin de ce petit tour d’horizon de l’Empire du réchauffement, se pose quand même la question : y a-t-il une quelconque chance que nous puissions échapper, dans les années qui viennent, au mouvement des zozos « sauvons la planète »?
Probablement pas. L’Europe, et la France tout particulièrement, a besoin de croire. Et puisque Dieu, la nation, l’histoire ou toute autre chose nous sont désormais interdits (trop fascistes), il nous faut bien le remplacer par quelque culte new age plus ou moins débilitant.

La lutte contre le réchauffement en vaut bien un autre.

Confessions et polaroids

janvier 24, 2010

Petite confession, une semaine après l’ouverture de ce blog : je ne suis plus de gauche.

Non pas pour autant que j’ai « glissé à droite » (bien que j’affectionne cette expression, qui n’est pas sans évoquer les interminables heures de curling qui nous attendent le mois prochain). En fait, et pour tout dire, j’ai toujours ressenti le plus profond mépris pour la majorité des idéologies classées à droite, et particulièrement pour le versant « pétainiste » des dites idéologies : le culte sénile du terroir, la culture française (oui oui, celle de Stendhal, de David et de Racine) réduite au cul de la vache et au marché-du-sud-ouest, tout cela ne provoque en moi que rire ou accès de bile, selon mon humeur. D’où le mépris total que j’ai pu éprouver pour un Chirac, par exemple (dont, soit dit en passant, seules les « affaires » ont pu attirer ma sympathie).

J’éprouve tout juste moins de mépris pour le versant cocardier de la droite : ce spectre des vrais-et-purs-patriotes qui se croient en droit de monopoliser le patriotisme – les Français étant de toute évidence trop bêtes pour qu’on puisse risquer de leur en laisser le libre usage-, d’en user comme bon leur semble et, chose plus comique encore, de décerner à chacun des brevets de bonne conduite patriotique.


Bien entendu, être un vrai-et-pur-patriote impose de respecter des règles de base :

– critiquer autant que possible le libéralisme, parce que le libéralisme, c’est le mal. En plus, le libéralisme, c’est anglo-saxon.

-critiquer autant que possible le « modèle britannique ». Prendre soin de mettre des guillemets à « modèle britannique », afin de bien montrer que les libéraux anglo-saxons ne vous la font pas, à vous. Si vous ne savez pas ce qu’est le « modèle britannique » et que quelqu’un demande ce qu’est le « modèle britannique » dont vous parlez, répondre : « ah, vous aussi, vous ne vous êtes pas laissé berner par ce prétendu « modèle britannique »! »

– critiquer autant que possible les Etats-Unis. Lors d’une discussion sur le dit-sujet, placer au moins une fois les mots suivants : impérialisme, cinéma commercial, Israël, Mac Donald, guerre, inculte, Georges Bush.

– avoir le torse gonflé et les larmes aux yeux lorsque vous évoquez l’épopée napoléonienne. Eviter cependant de la fêter en public, et vanter officiellement l’histoire anglaise : les anglo-saxons préfèrent, vous comprenez

Après les cuistres des brevets de patriotisme vient la droite « force de vente ». Ne sachant pas vraiment faire la différence entre les thèses d’Adam Smith et celles de Michel Edouard Leclerc, croyant dur comme fer que déjà en son époque, Napoléon devait lutter contre la racaille,  l’immigration et le réchauffement climatique, cette droite est à ce point inconséquente qu’elle en deviendrait presque sympathique.

Les représentants de cette droite pensent sincèrement que l’ère des idéologies est morte. Et c’est tant mieux, parce qu’une idéologie, c’est soit communiste, soit fasciste. Or, le fascisme, c’est mal. Presque autant que le communisme. Maintenant que les archaïsmes idéologiques sont morts, on peut enfin gouverner de manière pragmatique, c’est à dire de manière moderne, comme a su le faire avec un talent non discutable Jean Pierre Raffarin. Qu’est-ce que gouverner de manière moderne, te demanderas-tu, cher lecteur? C’est simple : tu vois l’épicerie de tonton Jacob? Eh bien, un Etat, c’est pareil.

Logiquement, la droite force de vente croit au destin présidentiel irrésistible de Xavier Bertrand et/ou de Jean François Coppé.

Si vous avez lu ce grand classique qu’est le livre de René Rémond sur Les droites en France, vous retrouverez dans cette brève description politique du temps présent les formes dégénérées de ces trois socles idéologiques de la droite française que furent les ailes conservatrice, bonapartiste et libérale. Et que sont devenus les véritables représentants de ces ailes politiques, me demanderez-vous? Certainement dissous dans la grande foire à la modernité qu’est devenue la droite dans ce pays, à l’image de la droite italienne (mais sans l’aspect mafieux qui lui donnerait, à la limite, un certain intérêt).

J’ai bien envie de terminer cet article sans parler de Sarkozy. D’abord parce qu’il ne m’intéresse pas. Ensuite, parce que j’aurai très bientôt l’occasion d’en parler dans un article consacré au futur opéra-comique dans lequel il se verra interrogé par Jean Pierre Pernod et son panel de vrais gens.

En attendant, chers lecteurs, je vous souhaite un bon dimanche!

Le jour d’après.

janvier 23, 2010

Et plein d’autres dans cette adresse de bon goût