Pensée du jour

septembre 24, 2010

« Savez-vous bien que j’ai été l’homme le plus moralement discrédité qui existe en Europe, depuis quarante ans, et j’ai été toujours tout-puissant dans le pouvoir, ou à la veille d’y entrer »

Talleyrand

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L’ennemi nous veut-il du bien?

septembre 22, 2010

Alertes à la bombe, enlèvements : depuis une semaine, les initiatives des terroristes comme de ceux qui sont sensés les pourchasser ne manquent pas, pour le plus grand plaisir des petits et des grands.

Car il faut l’avouer : il y a définitivement dans le terrorisme un aspect spectaculaire parfaitement saisi par un Don Delillo qui consacre au phénomène pas moins de trois de ses livres. Le mélange de peur et de suspens, d’attente et d’effroi, l’oeil irrésistiblement attiré par le spectacle repoussant, tout dans le terrorisme évoque le langage du cinéma d’épouvante et de suspens, jusqu’à l’apogée du spectacle atteinte en ce jour de septembre 2001 : l’attaque (et plus fin encore, le décalage entre les deux attaques, qui permit à la seconde d’être filmée sous tous les angles), les détournements d’avion, le lieu le plus symbolique des Etats-Unis, la dramaturgie parfaitement orchestrée jusqu’au climax atroce et génial de l’effondrement des tours jumelles : tout dans cet évènement tient du langage cinématographique. A vrai dire, le concept même de film de suspens n’a plus vraiment de sens depuis, tant cet évènement paraît esthétiquement indépassable.

Aussi, il ne faut pas être dupe : le terrorisme est un spectacle en partie issu de notre monde civilisé et libéral. Ajouté à cela qu’il trouve ses bases dans les conditions objectives (politiques de ressentiment, absence de liberté, le tout favorisant des idéologies plus ou moins foireuses) et qu’il se trouve bien souvent instrumentalisé par les mêmes régimes autoritaires qu’il prétend combattre (Algérie) ou par des politiciens occidentaux peu adeptes du langage de vérité (néoconservateurs).

Cependant, de nos jours, le danger de la duperie semble (du moins en Europe) bien moindre que celui, plus préoccupant, de la fausse connaissance. Nombreux sont aujourd’hui les demi-habiles qui se laissent aveugler par  l’aspect spectaculaire du terrorisme au point d’en nier tout simplement l’existence, considérant que tout attentat n’est qu’une création médiatique aux ordres d’un pouvoir politique plus ou moins fantasmatique (voir la remise en cause des attentats du 11 septembre). La rubrique commentaires d’un article de Rue89 consacré au Sahara nous en fournit un bon exemple. Ce raisonnement est évidemment dangereux car, poussé jusqu’à l’absurde, il livre nos métros et nos trains (en plus de régions entières dans le monde) à la furie nihiliste… Le pire étant qu’il continuera à trouver des excuses aux terroristes, sûrement de pauvres victimes du capitalisme, de l’occident et de la vie.

Si nous ne devons pas être dupes de la possible instrumentalisation du terrorisme par les Etats,il ne s’agit pas non plus d’en nier la réalité, pas plus que d’en nier la nature profonde qui nous amène à ce que Julien Freund, après Carl Shmidt, considérait comme le coeur du politique : à savoir le rapport ami-ennemi.

Pour ces deux penseurs, la politique naît dans la reconnaissance d’un ennemi, face auquel la communauté se dote de règles et s’organise afin de se défendre. D’où le lien consubstantiel entre guerre et politique, la première se produisant en général lorsque la seconde n’a pas correctement accompli sa tache.

Effectivement, si la prise en compte du rapport ami-ennemi peut mener à la guerre, sa non prise en compte y mène plus sûrement encore. Lorsque Hitler prend le pouvoir et affirme jour après jour sa volonté d’anéantir l’Europe sous un déluge de feu, les élites franco-anglaises choisissent de ne pas l’écouter, ne regarder ailleurs. Leur désir d’éviter à tout prix le rapport ami-ennemi et le potentiel militaire qu’il contient est tel que Français et Anglais préfèrent croire que le discours de Hitler ne leur est pas adressé. Ou pas vraiment. Et si certains prétendent voir en lui un ennemi, c’est certainement qu’ils ont de bonnes raisons à cela, et qu’ils sont au choix juifs, bellicistes ou communistes (rayez la mention inutile). On ne mesurera jamais assez à quel point l’antisémitisme de Céline ou Pétain trouva sa source dans le pacifisme. Et toute l’histoire des années 30 est résumée dans ce refus de l’ennemi, qui conduit finalement à la plus apocalyptique des guerres.

Tout au contraire, les Etats-Unis reconnaissent immédiatement l’ennemi dans l’URSS, et l’acceptent comme tel. Si bien que les deux puissances mèneront 40 ans de guerre froide en douceur jusqu’à ce que l’une des deux puissances s’effondre sur elle-même, comme n’aurait pas manqué de le faire un régime nazi absurde contenu militairement par une France supérieurement armée.

Aussi, lorsque tonton Mahmoud ou les petits enfants à la croix de bois du Sahara nous disent très clairement et sans la moindre ambiguïté qu’ils sont nos ennemis, qu’ils ne respectent pas nos valeurs et voudraient bien les voir anéanties à coups de machettes, de lance-flammes et de têtes coupées, nous pouvons les écouter. Nous pouvons même les croire. Car la paix repose finalement sur cette reconnaissance, bien plus que sur des résolutions du Machin.

Et toute la frustration de quelques demi-habiles, qui croient dissimuler leur haine de l’Occident sous les oripeaux de la « pensée critique » à géométrie variable, et tout l’humour mordant de ceux qui croient éviter la menace en niant son existence ne combleront pas cet abime ouvert par quelques nihilistes russes au XIXème siècle : il y a des idéologies et des gens qui ne veulent pas du bien à la civilisation.

Car certains ne rêvent que de voir tout bruler.

Décroissance, talibans et bisounours

septembre 19, 2010

Rue89 vient de proposer l’article d’un certain Paul Ariès, docteur ès malbouffe, scientologie, pédophilie et mondialisation, devenu à en croire sa notice wikipedia le penseur de référence du mouvement décroissant. Dans cet article, Paul Ariès décrit les conditions qui pourraient selon lui permettre l’émergence d’un grand acteur politique de la décroissance en France. Mais tout d’abord, et avant que d’aborder l’article proprement dit, il me faut répondre à la question suivante :

1. Le mouvement décroissant, qu’est-ce?

Imaginez un monde dans lequel votre rendez-vous chez le dentiste n’est plus reporté à 4 mois faute de praticiens suffisants, mais à 4 ans, car, pour votre bien, il ne faut pas qu’il y ait trop de praticiens.

Imaginez un monde dans lequel on ne vous propose plus d’acheter un nouveau réfrigérateur lorsque le votre cesse de fonctionner, mais dans lequel on vous propose de réhabiliter votre ancien frigo afin de le transformer en simple garde-manger.
Pour votre bien, évidemment.

La décroissance, c’est donc un enfer imaginé par quelques esprits tordus, dans lequel des fonctionnaires habilités de la décroissance jugeraient de la viabilité de tout nouvel achat d’un téléviseur couleur Thompson modèle 1988 que vous prévoiriez de faire pour noël (une fête d’ailleurs réprouvée par le ministère du développement durable pour incitation à la consommation). Un enfer pour tous, donc. Mais pas pour Paul Ariès. Pour lui, la décroissance, c’est une utopie.

2. La décroissance selon Paul Ariès

Pour Paul (tu permets que je t’appelle Paul?), la décroissance repose sur un constat évident : « Comme on sait que le gâteau -le PIB- ne peut plus grossir, la grande question devient celle du partage. Nous marquons le retour des « partageux ». »

Donc, Paul, j’aimerai te présenter Dorothée, de Sciences Humaines, l’auteure d’un article qui va beaucoup t’intéresser. Et oui, Paul, le PIB mondial n’a jamais plus augmenté dans l’histoire que ces trente dernières années! Mais soyons grand seigneur, et continuons notre lecture comme si nous n’avions rien remarqué.

« Je me reconnais pleinement dans le mouvement lancé par d’anciens résistants autour de la republication du programme du Conseil national de la résistance, »Les Jours heureux ». Au moment où la France était ruinée, à genoux sur le plan économique et industriel, on a su trouver effectivement les moyens financiers pour permettre cette solidarité avec la Sécurité sociale. Aujourd’hui, avec une France beaucoup plus riche, on voudrait casser cette Sécurité sociale. Il nous semble possible de rénover, d’approfondir les services publics. »

Bon.
Tout d’abord, j’aimerai qu’on m’explique ce que signifie la décongélation du programme du CNR auquel on assiste depuis quelques années. Honnêtement, il n’y a pas plus récent? Voire plus ancien? Après tout, tant qu’à faire un tour aux archives, pourquoi ne pas invoquer le Serment du jeu de paume? l’Edit de Nantes? Voire la Loi Salique?

Mais admettons : les résistants, depuis leurs cercueils, font entendre leur voix. Paul invoque la vengeance terrible des glorieux aînés qui se réveilleront et viendront, dans un remake plus ou moins minable de la nuit des morts-vivants, dévorer nos âmes de traîtres. Il nous faut donc dès aujourd’hui préparer le passé l’avenir en exhumant d’anciens résistants pour les présenter à la présidentielle de 2012.

Sans rire, ce n’est pas un argument de pilleur de tombes, ça? Ou plutôt de détrousseur de cadavres…

Mais poursuivons, sans remarquer la contradiction entre l’idée de décroissance et l’éloge d’un programme de sécurité sociale permis par la très forte croissance des Trente Glorieuses…

« Ce revenu garanti est aussi un pari anthropologique, je veux dire que nous sommes conscients que ça peut foirer. Il s’agit de dire que nous ne sommes pas seulement des forçats du travail et de la consommation, mais beaucoup d’autres choses. »

Arrivé là, cher Paul, j’ai bien envie de te dire « merveilleux ». Par hasard, tu ne serais pas au courant d’un ou deux de ses « paris anthropologiques » ayant conduit à des résultats assez peu orthodoxes? Hein? non? dommage, parce que justement, ils ont foiré…
C’est en général ce qui se produit lorsque des apprentis sorciers dotés des meilleures intentions du monde prennent une société postmoderne pour un legoland. En même temps, si pour toi le XXème siècle se résume aux congés payés et à la sécu, je comprends que tu ne saisisses pas vraiment…

« Le succès d’estime du terme de décroissance permet à chacun de mettre des mots sur ce que chacun ressent : on ne peut pas continuer à produire et consommer plus. Et pas seulement sur le plan écologique, mais humain, sans aller jusqu’à péter les plombs. »

Eh bien voilà, Paul, on aborde enfin la question centrale : la décroissance est une question de comportement personnel et de responsabilité individuelle. Effectivement, concevoir la vie sous le seul angle du consommateur abreuvé de publicités à longueur de journée est « anthropologiquement » impossible. Mais avions-nous besoin de toi pour le deviner? Et surtout, Paul, était-il nécessaire de fonder un mouvement politique pour cela?

Alors, qu’est-ce que tu dirais de laisser tout simplement vivre les êtres humains tels qu’ils l’entendent (on dit aussi « librement »)? Mais peut-être penses-tu que la nature humaine imparfaite requiert tes Lumières, ta Supériorité de vue et ton plan quinquennal pour enfin s’accomplir pleinement?

Mais laissons ce ton sérieux, et concluons cet article sur une dernière citation de notre inimitable décroissant :

« Nous nous sommes dotés de deux outils :

  • une charte a minima -il ne faut pas le cacher, la décroissance c’est aussi une auberge espagnole…-,
  • et un logo pour assurer la visibilité du mouvement, l’escargot. »

Tenez-vous le pour dit : l’avenir sera long. Très long.

Pourquoi je ne déteste pas Nicolas Sarkozy

septembre 18, 2010

Connaissez-vous les neutrinos?
Ce sont des particules cosmiques qui ont pour intéressante caractéristique de n’interagir avec aucune autre particule de l’univers. Ainsi, un neutrino peut traverser n’importe quel corps céleste (planète, étoile) à la vitesse de la lumière sans que sa trajectoire n’ait subi la plus petite modification. Son importance scientifique est donc cruciale : les très rares neutrinos captés au moyen d’installations plus que complexes permettent de déterminer des choses aussi sidérantes que la composition de l’univers primitif ou le fonctionnement d’une supernovae.

Le neutrino, donc, présente l’intérêt de résumer magnifiquement le rapport que j’entretiens depuis longtemps avec Nicolas Sarkozy : une indifférence polie. Tout dans le personnage heurte mes valeurs : sa vulgarité, son yacht, ses courses à pied, ses amis jet-setters, sa femme (non, Carla Bruni n’est pas mon genre), ses manières de parvenu enfin, qu’un Talleyrand aurait d’atomisées d’un bon mot. A la limite, et à l’image des Allemands, je verrais bien en lui un comique refoulé : un Louis de Funès, mais au premier degré.

Mais pourquoi tout cela, qui s’oppose en tous points à ce qui m’est cher en tant qu’individu et en tant que français, peut-il me conduire à l’indifférence et non en une seine et franche détestation? Tout simplement en ce sens que ce qui s’oppose à mes valeurs ne m’atteint généralement pas, du moins tant que cela ne m’est pas imposé et ne conduit pas, à mon sens, à un quelconque danger.

Arrivé ici, je dois m’arrêter sur deux points d’importance :

1. Je n’ai pas la télévision.

Ne riez pas, ce qui peut sembler être un détail ne l’est pas : je n’ai jamais subi les discours mal préparés du Guano, ou, pire, les improvisations aléatoires de Sarkozy lui-même. Je n’ai jamais suivi de près les emballements médiatiques plus ou moins stupides et opportunistes des grandes chaînes de télévision qui peuvent se résumer ainsi :

A) Un fait divers X survient, quelque part, comme un million de fois dans l’année.

B) Nicolas Sarkozy s’empare du fait divers, le sépare des millions de faits divers équivalents qui l’ont précédé pour en faire un fait divers exceptionnel, dont on comprend après un discours long et soporifique (ou, au choix, improvisé et stupide) qu’il ne doit jamais se reproduire!

C) Les médias « s’emparent de l’affaire », couvrent le fait divers puis le discours de Sarkozy sans le moindre recul ni esprit critique (il ne s’agirait pas de prendre parti), en oubliant par exemple de mentionner que ce fait divers s’est déjà produit 50 fois depuis le début du mois, sans provoquer jusque là la moindre réaction politique.

D) Dans un nouveau discours, Nicolas Sarkozy annonce des mesures visant à prévenir le fait divers X. Les médias relatent la mesure, qui se voit généralement adoptée sans discussion durant une cession extraordinaire du Parlement réunie à ce seul effet. Inapplicable et déconnectée du réel, la mesure sera bien vite oubliée, sans que les médias n’aient pensé à en évaluer l’efficacité (nulle) sur le terrain.

E) Un fait divers Y survient…

N’importe qui disposant d’un cerveau se dira qu’il est impossible qu’une nation moderne et développée ait pu être dirigée de cette manière trois années durant. La particularité du système médiatique et politique français (pour résumer : l’absence de contre-pouvoirs) a pourtant permis cela. Mais j’y reviendrai dans un prochain article.

2. De ce fait, je passe beaucoup de temps sur internet

Ne pas avoir la télévision donne aussi un autre avantage : je passe beaucoup (beaucoup) de temps sur internet. Aussi, j’ai vu depuis l’élection du dit-président monter peu à peu un antisarkozysme militant propre aux forums et sites d’information en ligne. Certes, la nature ayant horreur du vide, il était logique (et légitime) qu’une opposition se forme sur le net. Mais bordel de Deu, était-il nécessaire que cette opposition prenne la forme d’une armée de décérébrés face auxquels Sarah Pallin elle-même semble être  un parangon de finesse intellectuelle, de tact et de bon goût?

Depuis 2007, il suffit qu’un article sur un grand site d’information modéré traite de près ou de très (très) loin de Sarkozy pour que l’on voit instantanément se former dans la section commentaire du dit-article une conjuration d’imbéciles semblant éprouver un malin plaisir à participer à une compétition du commentaire le plus stupide et/ou le plus aberrant, et dont le fonctionnement peut être résumé par l’axiome suivant : pour tout article Y, le nombre de commentaires stupides N sera proportionnel au nombre d’occurrences des thèmes A, B et C suivants :

A) Sarkozy, la réincarnation de Hitler (peut éventuellement être remplacé par Pétain) : tout article traitant de politique française, européenne ou internationale pourra faire l’affaire. De plus, cette version peut venir compléter la version B :

B) Sarkozy, l’agent de la conquête libérale intergalactique. Cette tendance présente l’avantage d’être adaptable à tout types de situation. Deux tendances peuvent néanmoins être dégagées : ou Nicolas Sarkozy est un agent volontaire de l’ultralibéralisme (cette version sera privilégiée par le militant de gauche ou par Dominique) ou il en est un agent involontaire placé sous le contrôle des ondes mentales galactiques du Medef (cette version aura la préférence du militant centriste ou gaulliste sociaux).

C) Sarkozy, un sous-homme en général : dans cette catégorie entreront toutes les occurrences de Sarkozy qui, sans pouvoir être directement rattachées de près ou de loin à une manifestation du sarkozysme, peuvent néanmoins, sur certains points hypothétiques, évoquer de manière immédiate ou plus ou moins fantasmatique l’éventuelle possibilité que l’un des thèmes abordés puisse rappeler la présence de Nicolas Sarkozy  (exemple : un article sur les paramécies ou l’accueil des handicapés à l’école pourra rappeler le problème de taille de Nicolas Sarkozy, et pourra susciter nombre de commentaires à priori hors sujets). Ce paramètre C comportant une forte part d’imprévisibilité, il comptera nettement plus dans l’axiome que les paramètres précédemment évoqués.

L’axiome final du commentateur en ligne antisarkozyste peut donc se résumer sous la formule suivante :

N(Y)= ABC²

Mais pour être tout à fait franc, je reproche moins aux antisarkozystes leur trouble obsessionnel compulsif de la sarkozyte que leur totale insignifiance. Il y a une règle de base en politique que lorsqu’on veut s’ériger en juge, on se donne les moyens du procès. On devient inflexible. On devient pointilleux. On devient terrible. Talleyrand, une fois qu’il eut décidé d’anéantir Napoléon, referma son visage tel un masque de cire et prépara minutieusement, des années durant, la chute de son empereur qu’il obtint finalement. Sans avoir jamais eu à employer la moindre vulgarité. Sans s’être jamais abaissé au niveau de son adversaire.
Or, qu’y a t-il de terrible chez ces malheureux obsédés qui, pour toute impertinence, se contentent de donner du « sarko »?

Sarko, ou la vulgarité et la familiarité érigées en valeur.
Ou quand « l’antisarkozyste » devient l’exact reflet de celui qu’il prétend combattre.

Et face à la dialectique infernale de la vulgarité, j’ai quant à moi choisi de ne pas choisir. Les uns et les autres se répondent ici avec trop de complaisance. Le jeu est trop évident. Le triomphe de la facilité trop absolu. Face à l’engrenage, je préfère laisser agir ce même instinct de survie qui m’avait préservé dans le passé de quelques insultes à la raison, de ces petits soldats du Bien alignés tels des robots et prétendant à eux seuls représenter la légitimité, le goût ou la Raison.

Et en attendant qu’arrivent des jours meilleurs, je préfère rester sur la réserve, sans haine ni désespoir, quelque part dans la grisaille du réel…

L’Eve future s’engage

septembre 15, 2010

La première fois que je rencontrai Dominique de Villepin, ce fut sur un étal de la FNAC. Son autoportrait trônait, tel un buste de César, probablement oublié par quelque lecteur que le poids du dit-ouvrage avait sûrement incité à oublier au beau milieu du rayon « politique étrangère » qui se trouvait alors être le plus proche de lui.

Je traversais une période difficile de ma vie : mes cheveux tombaient. Logiquement, lorsque je vis au loin la crinière magnifique, mon sang ne fit qu’un tour. Les yeux débordant de larmes, le coeur battant, les muscles de contractant, je me précipitai au rayon politique étrangère afin de pouvoir toucher de mes propres mains celui qui était déjà devenu, l’espace de quelques secondes, mon nouveau Messie. L’homme qui pourrait enfin combler le territoire vierge sur ma tête, délimité par cette tonsure dont je me rendis compte plus tard qu’elle exteriorisait sûrement le vide métaphysique qui m’habitait alors.

A peine rentré chez moi, je me mis à la lecture de l’ouvrage que je ne lâchai plus. Peu importait l’absence de conseil capillaire (bien qu’une marque de shampoing, voire une bonne adresse de coiffeur n’eut pas été de trop), je n’en étais plus là. Deux jours durant, je dévorai le livre qui semblait être, à première vue, une autobiographie romancée de Dominique (tu permets que je t’appelle Dominique?). Les pages s’enchaînant, j’imaginais Dominique, le sabre à la main, provoquer en duel l’émir du Qatar ou le président américain. Je le voyais sauter par-dessus les montagnes afin de délivrer la belle princesse Ingrid emprisonnée par l’horrible colombien Uribus dans sa jungle poisseuse.

Enfin, arrivé à l’apogée de son règne de gloire, je pleurai moi-aussi aux côtés de Mouammar et de Robert en écoutant l’indépassable discours prononcé à l’ANU. Mes voisins durent d’ailleurs me prendre pour un fou lorsque, à la fin du discours et alors que mes quelques cheveux se trouvaient projetés en plein ANU, à des milliers de kilomètres du reste de mon corps, je me mis à applaudir frénétiquement, emporté que j’étais par la gloire villepinienne!

Mais qui n’a pas lu son livre, ou écouté ses discours, ne peut saisir le sentiment qui étreint l’auditeur devant la prose développée par Dominique. Aussi, et non sans vous inviter à y adhérer, je vous livre la pertinente analyse de l’oeuvre villepinienne par un commentateur d’un grand site d’achat en ligne :

« En vérité le livre est un palimpseste: A la surface, les écrivains, leurs idées et leurs batailles sont présentés ; mais les conclusions principales brillent en dessous. Et c’est ça qui compte. De l’underground émerge un discours de valeurs. L’auteur accomplit un travail de conscience permanent formulé en pleine nuit. Ecrire un livre sur ses nuits blanches en tant que premier ministre est en soi un fait courageux. Ces nuits souvent solitaires et douloureuses sont en même temps les seules heures de réflexion, de silence et de paix, permises à un ministre. Indirectement DDV nous montre aussi sa méthode à confronter la politique quotidienne. »

Or, cette politique quotidienne qui étreint le coeur de l’homme tel un serpent, Dominique va y être confronté directement, sous la forme de l’infâme docteur Sarkozus. Originaire des lointains marécages de l’Est, le docteur Sarkozus s’est rendu maître d’un ministère stratégique, à partir duquel il ourdit un complot réfléchi de longue date : devenir tyran à la place du président. Armé de sa hargne, de sa méchanceté et de toute l’intelligence pernicieuse que lui donne son éducation plébéienne, Sarkozus ne va avoir de cesse de détruire celui qu’il pressent comme étant son seul ennemi sur la route du pouvoir : Dominique. Aussi va-t-il s’employer à monter des machinations toutes plus atroces les unes que les autres afin d’abattre le grand homme. Mais Dominique n’est pas homme à renoncer face à la vilenie et la méchanceté! Et surtout, il n’est pas homme à devenir méchant et à monter des machinations stupides et absurdes pour rendre les coups à son vicieux adversaire! Aussi, infâme tragédie, l’horrible docteur Sarkozus parvient-il à tromper le brave paysan français en lui instillant ses idées poisseuses qu’une nature trop faible et un esprit trop dégrossi n’ont pas réussi à déceler.

La gentillesse, cette fois, a échoué. Les Français sont décidément des veaux. Mais comme le disait le Général, éternelle source d’inspiration de Dominique : une bataille est perdue, mais la guerre ne l’est pas. Ainsi continue-t-il le combat, envers et contre tous, et malgré toutes les embûches que l’infâme tyran Sarkozus et ses immondes complices dressent sur son passage! Car le règne de la gentillesse et du bisou a trouvé son souverain. Car Dominique est le seul a pouvoir enfanter un monde sur lequel jamais plus la pluie ne tombera!

Aussi, parce qu’il faut être gentil, parce qu’il faut être solidaire, parce qu’il faut que Mahmoud, Robert et Hugo, ces braves représentants du monde libre, puissent enfin donner une voix à ceux qui n’en ont pas dans le respect de tous, parce que, enfin, il faut être bien coiffé, l’Eve future donne sa voix à Dominique. Elle vote pour un nouvel ordre mondial qui fasse prévaloir le droit et la justice, et ose enfin dire non à la guerre et aux pointes sèches!

Elle vote République Solidaire!

Cycle villes européennes : Prague

septembre 9, 2010

Amsterdam et Prague. Deux villes européennes, deux villes que tout oppose : l’une, plongée dans la mer, regarde encore les pays lointains et exotiques, les océans interminables et la dure vie des marins sur les vaisseaux de bois. L’autre, posée au coeur du continent, laisse encore percevoir derrière les mornes vestiges du communisme, le luxe ostentatoire de son passé impérial.

Alors que le voyage pour Amsterdam se signalait par l’ennui des interminables plaines belges -pays heureusement très petit, l’arrivée en République tchèque est plus rocambolesque : une fois passé Nuremberg, le paysage change radicalement. Aux plaines du Bade-Wurtemberg succèdent désormais des montagnes couvertes de sombres forêts de conifères. Et l’adjectif « sombre » n’est pas rhétorique : le sommet des gigantesques pins (font-ils 40, 50 mètres?) est à ce point épais qu’il empêche toute lumière de filtrer. On croirait voir les elfes sortir de ces bois épais et s’étendre tranquillement dans l’or des champs de blé!

Une fois redescendues les montagnes de Bohème, et alors que nous nous attendions à parvenir dans une de ces régions recouvertes d’un noir linceul de cendres délicatement déposé par les cheminées de quelque conglomérat industriel soviétoïde, il fallu bien nous rendre à l’évidence : l’anticommunisme primaire de certains membres du groupe nous avait trompé. Non seulement la plaine bohémienne n’était pas toute entière transformée en zone interdite réservée aux stalkers de l’Education Nationale (ou aux ultimes membres du Parti Communiste Français), mais qui plus est, elle était plutôt accueillante, inondée de soleil et de panneaux publicitaires géants et de vie! Si bien qu’il ne nous restait plus qu’à ranger nos compteurs Geiger (qui ne donnaient que des taux de radioactivité 7 fois supérieurs à la norme, contre 50 selon le guide du routard) et à nous dévêtir des combinaisons anti-radiation, qui, il est vrai, commençaient à nous peser depuis la frontière allemande.

D’autant plus que (et là, les lecteurs ainés de ce blog qui voudraient tenter l’aventure bohémienne sont priés d’écouter attentivement), contrairement à une idée souvent répandue par les plus sudistes d’entre nous, il ne fait pas froid en Europe centrale. Il y fait même chaud. Très chaud! C’est donc armés de brumisateurs et de parapluies (à défaut d’ombrelles) que nous sortîmes de la voiture  afin de gagner le havre climatisé de l’hôtel…

… Peu avant d’en ressortir,  non sans avoir auparavant profité de la douche glacée de notre chambre afin d’affronter l’infernale chaleur du dehors (il est pourtant 22h!) mais aussi, force est de l’avouer, l’impressionnante beauté de la ville!

Car, trêve de plaisanterie : Prague est sans aucun doute l’une des plus belles villes du monde. Ce que je m’en vais montrer tout de suite, preuves à l’appui,

1. Le Château

La vieille ville sur la rive gauche de la Vltava (prononcer « Vltava ») est dominée par le Château, ancienne résidence des rois de Bohême aujourd’hui occupée par la présidence tchèque. En fait de « château », il s’agit d’un immense complexe de palais dominé en son centre par la splendide cathédrale Saint-Guy (photo ci-dessus : une peinture murale de la chapelle Saint Venceslas), et qui évoque le Kremlin tant par sa taille que par sa position dans la ville. A noter la légende praguoise selon laquelle il serait impossible d’accéder au Château, de nombreuses personnes étant mortes en tentant de le faire… Bien évidemment, le touriste ne doit pas écouter ces élucubrations!

2 la grande horloge astronomique

Edifiée alors que le géocentrisme régnait encore en maître, l’horloge de Prague permet de distinguer les mouvements de la lune et du soleil autours de la Terre. Son fonctionnement basé sur le système de Ptolémée reste d’ailleurs très obscur, et toute étude y fut interdite après qu’un groupe de scientifiques de l’université de Brno (prononcer « Brno ») se soit laissé mourir de faim  sans être parvenus à remporter le pari qu’ils avaient fait avec leurs collègues de Prague, pari selon lequel ils ne devaient pas se sustenter avant d’avoir pu lire la date du jour sur l’horloge astronomique. Leurs collègues de Prague, ayant appris la nouvelle, se seraient alors jetés d’une fenêtre par dépit, épisode resté célèbre sous le nom de défenestration de Prague.

3. Les églises


Après que la peste réformée eut été extirpée jusque dans les bas-fonds les plus sordides de la ville, il était nécessaire d’affirmer que Prague n’avait jamais cessé d’être la perle catholique de l’Empire, pure de toute influence protestante. Aussi les Habsbourg construisirent-ils de nombreuses églises baroques, toutes plus magnifiques les unes que les autres, comme l’église Saint-Nicolas que vous pouvez admirer sur la photo ci-dessus.

4. Le quartier juif

Prague s’est toujours montré tolérante, y compris envers les juifs! Aussi leur a-t-elle confié un quartier inondable sur la rive droite de la Vltava, dans lequel ils pouvaient construite toutes sortes de bâtiments propres à leur culture (bijouteries, banques, magasins de fourrure, synagogues). Attention : notre public sensible doit savoir que le port de la kippa est obligatoire pour pénétrer dans une synagogue, ce qui, bien entendu, n’est signalé à l’honnête non-juif qu’après le paiement du ticket d’entrée (non remboursable).

5. Les moyens de transport pragois

Trois moyens de transport coexistent à Prague :

1. le tramway : entièrement gratuit, le tramway accueille 20h sur 24 le voyageur qui ne doit pas se laisser intimider par l’apparence soviétoïde des rames. Les chauffeurs, en revanche, ont été récemment remplacés par des robots à l’apparence humaine, mais l’office des transports pragois assure qu’il n’y a aucun danger!

2. le cheval : alternative au tramway, il donne une plus grande liberté de mouvement mais présente un rapport coût/vitesse relativement défavorable depuis que la municipalité a interdit le galop en centre-ville. Aussi, nous conseillons plutôt :

3. la skoda : voiture typique de l’industrie bohémienne, la skoda fut longtemps surnommée en Europe de l’est « la lada du pauvre ». Il fallut attendre la fin du communisme pour que justice soit enfin rendue à cette voiture certes un peu bruyante, mais solide et ô combien attachante. Peu de gens savent par exemple que la skoda est capable de parcourir jusqu’à 250km sans aucun ennui mécanique. Il est loin le temps où les assurances exigeaients une assurance-vie avant de laisser leurs clients acheter une skoda! Et c’est aujourd’hui toute la fierté de l’industrie tchèque que de permettre aux Pragois de parcourir leur ville ou les charmantes campagnes de Bohème au volant d’authentiques modèles de collection 1968, 1977 ou 1984!

Prague est donc l’une des plus belles villes du monde. Joyau de l’architecture baroque, elle témoigne par ses monuments de son ancienne position de capitale impériale nichée au coeur de l’Europe, entre ces vingt nations qui coexistaient pacifiquement sous la douce férule des Habsbourg. Tout semble l’opposer à Amsterdam, cette capitale du futur, et pourtant telle est l’Europe, de tout temps partagée entre la construction continentale et l’appel du grand large, entre les monuments millénaires et les navires largués vers l’inconnu, entre le poids de l’histoire et la liberté du présent!

Et pourtant, ces deux faces d’un même continent, d’une même culture, forment bien un tout. Auquel j’appartiens, plus que jamais!

Cycle villes européennes : Amsterdam

septembre 8, 2010

Amsterdam et Prague. Deux villes européennes, deux villes que tout oppose : l’une, plongée dans la mer, regarde encore les pays lointains et exotiques, les océans interminables et la dure vie des marins sur les vaisseaux de bois. L’autre, posée au coeur du continent, laisse encore percevoir derrière les mornes vestiges du communisme, le luxe ostentatoire de son passé impérial.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que (du moins au départ de Paris) le voyage pour Amsterdam est une véritable sinécure. A vrai dire, le plus grand risque qui guette le conducteur vient de l’ennui mortifiant du paysage. Quoi d’étonnant à ce que, de Bouvines à Waterloo, tant de batailles se soient déroulées en cette morne plaine où nul obstacle ne bloquait les ambitions des rois ?

Une fois arrivé à Amsterdam, il faut bien se rendre à l’évidence : il y aura de l’eau. Beaucoup d’eau. C’est donc entre deux canaux que l’on se gare (gratuitement, les Pays-Bas n’exportant pas leurs PV vers la France : qui a dit que l’absence de construction européenne était une mauvaise chose?) peu avant de se rendre vers le centre-ville, guidés par d’autres canaux que nous pouvons suivre jusqu’à tomber sur un énième canal, à moins que l’avant dernier canal ne nous ait finalement conduit à la mer!
Mais c’est certainement la mauvaise foi du pied montagnard qui parle en moi, car selon ce plan de la « ville-centre » (dire : windebrük) au XVIIIème siècle, le plan des canaux obéit en fait à un ordre parfaitement rationnel.

Observez sur ce plan la manière dont les canaux entourent l’île centrale en formant une série de réseaux parallèles. Il faudrait être stupide, ou avoir absorbé des produits spécifiquement néerlandais, pour envisager de s’y perdre.

Mais à Amsterdam, il y a plus que de l’eau : il y a un port. Bon, certes, cela fait bien longtemps que le port d’Amsterdam n’en est plus vraiment un, mais on se rappelle, au détour d’une vieille frégate arborant fièrement l’étendard tricolore marqué de la VOC ou en passant près de la magnifique gare centrale construite en front de mer, la destinée maritime de la ville, et l’incroyable puissance que la minuscule Hollande a su en retirer, elle qui a pu tenir deux siècles durant la dragée haute à l’Espagne de Philippe II et la France de Louis XIV, avant que de s’ouvrir trop facilement aux glorieuses armées de la Révolution.

La puissance maritime fit aussi de la république des Provinces-Unies une société dépourvue d’aristocratie, et, par conséquent, très égalitaire pour l’époque. L’aspect général des maisons (qui se ressemblent beaucoup et refusent toute ostentation : nous sommes en pays protestant) comme l’absence d’architecture monumentale marque clairement cela. On cherchera en vain à Amsterdam l’équivalent des grands hôtels particuliers et des palais parisiens, ou d’une place Stanislas… Bien que dépourvue de cette architecture de grandeur qui fait la gloire des villes françaises, Amsterdam n’en reste pas moins une ville au charme immense bien qu’indéfinissable, car il est difficile de le relier à un « grand » monument, une « grande » place qu’il faudrait absolument visiter.

Mais Amsterdam, ce n’est pas qu’une grande histoire maritime, c’est aussi un présent… euh… spécial. Car il faut le dire, l’amateur de sensations fortes (ou plus douces, d’ailleurs) trouve à Amsterdam tous motifs d’être satisfait. Attention, cependant, car les produits, substances et biens immatériels susceptibles d’être consommés à Amsterdam peuvent s’avérer dangereux. Aussi, une petite classification s’impose, que nous ferons arbitrairement commencer du plus inoffensif pour l’achever au plus nocif des produits en vente libre à Amsterdam.

1. La mimolette


Sympathique formage néerlandais, la mimolette a la particularité de ne posséder ni odeur ni goût particulier. Accompagne généreusement vos repas, particulièrement lors de l’entrée, du plat de résistance et du dessert. Peut aussi être servi à l’apéritif.

2. le cannabis


Plante typique des Pays-Bas. Pousse dans des lieux extrêmement nombreux nommés « coffee-shop ». S’accompagne généralement de fumée et d’une odeur caractéristique. Suscite un grand engouement fêté durant la saison du cannabis, qui se déroule généralement durant toute l’année. malheureusement, la plupart des fumeurs de cannabis n’ont pas conscience de participer à une grande tradition néerlandaise, situation à laquelle l’office du tourisme tente de remédier.

3. la tulipe


L’autre plante typique des Pays-Bas, uniquement visible sous forme de sachets plastifiés (à l’exception de la saison des tulipes où les sachets libèrent provisoirement les fleurs). Attention : seuls les sachets comportant la mention « graine de tulipe du pays » contiennent effectivement des graines de tulipes. Les sachets non-identifiés contiennent généralement des graines d’autres espèces végétales (fougère, rhododendron, pavot). La dangerosité  relative de la tulipe vient de ce que certains tentent de la fumer : la mairie se déclare démunie devant ce nouveau phénomène.

4. la pute

La pute néerlandaise base son commerce sur la frustration. En effet, bien que largement plus attirante que son homologue des autres pays européens, elle se dissimule derrière une vitre qui lui permet paradoxalement de s’exhiber de manière bien plus provocante, suscitant ainsi chez l’Européen moyen une réaction pouvant l’amener à dépenser 30 euros pour dix minutes de sexe (compter par la suite 30 euros à la minute) afin de ne pas repartir frustré. A noter que la thèse selon laquelle les lumières rouges associées aux putes seraient dues à leur affiliation au Parti Communiste néerlandais reste discutée.

5. le vélo (aussi connu sous le nom de bicyclette)

Aux Pays-Bas, le vélo est un objet de la vie quotidienne. Il est de plus muni d’une arme extrêmement dissuasive vis à vis des autres usagers de la route : la sonnette. La sonnette a permis de libérer l’espace des pistes cyclables de piétons et autres objets encombrants. Cependant, des études ayant prouvé que l’usage immodéré de la sonnette provoquait chez les piétons de nombreuses crises cardiaques, voire des réactions de panique qui les conduisaient à se jeter dans les canaux, l’usage de la sonnette a depuis été sévèrement règlementé, avec plus ou moins de succès (en 2008, la sonnette était ainsi encore la troisième cause de mortalité aux Pays-Bas).

6. La croquette (en néerlandais, se dit windebrük)

Première cause de mortalité aux Pays-Bas, la croquette est un objet alimentaire non identifié. Les spécialistes discutent de son origine comme de son utilité réelle. Les « rationalistes » tenant de la thèse selon laquelle la croquette serait une arme de destruction massive des Pays-Bas s’opposent aux « mythologues » pour qui la croquette serait une subsistance des cultes sataniques entretenus par des sectes protestantes entre la fin du XVIème siècle et le milieu du XVIIème siècle. la croquette servirait selon ces derniers aux rituels de passage à l’âge adulte qui permet au garçon de témoigner de sa force virile et du dépassement de soi par l’ingestion d’une croquette entière!

C’est d’ailleurs après avoir survécu à l’ingestion d’une croquette (et après que son armée eut été anéantie par un bataillon de vélocypedistes hollandais) que Louis XIV décida de faire des Pays-Bas le territoire européen de la diplomatie : Utrecht, Rastatt, Nimegue, la Haye, autant de villes, autant de Traités de paix signés entre les grandes puissances européennes qui forgèrent sur ce minuscules bout de territoire le système diplomatique classique qui régit les relations internationales jusqu’en 1914!

Et c’est sûrement dans la continuité de cette tradition paneuropéenne qu’Amsterdam reste sûrement aujourd’hui l’une des villes les plus accueillantes qui soient, et qui le restera, du moins faut-il l’espérer

Sur ce, comme le disent les Néerlandais, windebrük à tous!

Manifeste pour un racisme vertueux

juin 6, 2010

On associe souvent racisme et antisémitisme.

A tort, selon moi : l’antisémitisme est un phénomène intellectuellement bien plus intéressant que le racisme.

Honnêtement, de nos jours, qui sont les racistes, les véritables racistes, capables de disserter des heures durant sur la classification des races suivant leur degré d’évolution tout en se contorsionnant pour prouver que Murakami, Rushdie ou Pouchkine sont bien des représentants purs de la race supérieure? Pouvez-vous en citer un seul? Pouvez-vous trouver un seul site honorablement raciste? (attention : je ne parle pas de cette banale xénophobie de PMU exposée à longueur de journée chez les neuneus de François Dessouche, et dont la seule activité intellectuelle semble consister à compter les racailles dans la banlieue du coin).

Réflexion faite, pourtant, j’en trouverais bien un. (ça va le MRAP, pas trop déçu?)

Et encore, Kemi Seba se revendique autant de l’antisémitisme que du racisme. Pire  : en abandonnant officiellement le suprématisme noir, il semble délaisser le racisme pour se recentrer sur le créneau antisémite. Un signe des temps.

Maintenant se pose évidemment la question : qu’est-ce qui rend l’antisémitisme si intemporel, et, osons le mot, si glamour?

Du laius inutile de réponses moralisantes (la « bête immonde » tapie en chacun de nous, la « connerie humaine ») ou auto-justificatrices (les juifs sont trop « repliés » sur eux-mêmes, ils instrumentalisent leurs malheurs depuis 25 siècles : la preuve, lisez la Bible XD mdr), on peut détacher une base de réflexion : le juif est un objet de projection. Mieux : il est la meilleure machine à fantasme jamais conçue.

Du philosémite à l’antisémite, chacun peut y aller de sa petite construction intellectuelle plus ou moins névrotique, l’un voyant dans « le juif » la réalisation parfaite de l’esprit internationalisé et détaché des basses contraintes nationales et territoriales des autres peuples, un modèle d’autant plus parfait qu’il est vacciné à jamais de la petitesse nationaliste et militariste par les gaz d’Auschwitz. L’autre, au contraire, voit dans le juif apatride l’horreur d’une humanité dépourvue de territoire et de conscience. Agissant par pur intérêt, le juif ignore la profondeur d’un sentiment et n’a de cesse de désirer ce qui lui manque. Etre du vide et de l’absence, il porte symboliquement le poids de tous les malheurs du monde.

Et c’est là, au sein même de ce double fantasme entretenu par le philo et l’antisémite que se niche Israël.

Qu’est-ce qu’Israël? Un Etat. Un Etat comme on n’en fait plus depuis des siècles (à part en Russie et -peut-être- aux Etats-Unis), plus attaché à sa souveraineté qu’un Louis XIV, à son armée qu’un Napoléon et à son territoire qu’un Français. Une construction politique du XXème siècle, mais qui semble sortie armée et casquée du XVIIème. Point donc de ces constructions politiques grotesques qui, des nationalismes arabes aux « chants d’espoir » socialistes ou fascistes en passant par les militarismes latino-américains, ont plongé par milliards les êtres humains dans l’arbitraire, la terreur et la démence.

Juste un Etat souverain au sens fort du terme, dont on ne juge pas la diplomatie avec les critères de Maastricht et de Rome, mais avec ceux de Westphalie, de Nimègue et de Vienne. Un Etat convaincu, contre toutes les leçons des Européens postmodernes, que la liberté et le droit ne se conservent qu’au fil de l’épée. Pire : un Etat qui, malgré son militarisme, n’en croit pas moins charnellement aux vertus de la démocratie, du droit et de liberté, et réussit tout autant à les mettre en pratique que n’importe quelle démocratie postmoderne soumise au diktat permanent de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, et cela va sans dire, infiniment mieux que la série brevetée d’Etats dégénérés issus des poubelles idéologiques du XXème siècle.

Pour le philosémite, postmoderne et éthéré, l’Israélien est donc la trahison de son idéal. Il est celui qui a renié son identité, ou, plus précisément, l’identité que le philosémite projetait en lui. Chaque minute de l’existence d’Israël est  une trahison. Chaque goutte de sang versée au nom de cet Etat est un crime plus épouvantable que le pire des génocides, raison pour laquelle la mort d’un seul Palestinien mérite plus d’attention que celle de millions de Coréens du Nord anéantis par leur propre gouvernement. Car, vous comprenez, d’un côté, il y a normalité : les dictatures tuent, c’est dans l’ordre des choses. En revanche, un Israélien tuant son prochain, voilà le seul Crime!

Et, vérifiant l’adage selon lequel il n’est pire ennemi qu’un idéaliste déçu, les philosémites sont peu à peu devenus les plus grands convoyeurs du fiel anti-israélien. Obsédés par Israël comme l’amoureux transi pour la femme tant aimée, ils ne cessent de la suivre, de l’épier, de lui accorder sans cesse une attention dont elle se passerait bien, la pauvre, mais qu’elle ne peut rejeter d’un revers de main, quoique
Bien entendu, Israël n’est jamais assez irréprochable, ses mots sont toujours trop tranchants, ses gestes n’ont jamais tant de grâce que lorsqu’ils nous sont destinés. Et ses amants, ses amants…!

Dans quel désespoir ces amoureux transis sont-ils de voir l’objet de tous leurs désirs convoler en justes noces avec ce qu’ils considèrent comme l’ennemi par excellence, cet (autre) Etat croyant encore aux vertus de l’histoire et de la liberté, cet Empire… Quels efforts ne font-ils pas pour remettre cette femme tant aimée dans le droit chemin! Combien de pétition, combien d’articles, combien de livres et de contributions! Et tout cela en vain…

Si bien qu’enfin, dérivant dans l’océan de sa mélancolie, le philosémite voit l’éternel objet de son amour quitter sa banale conversation sans même lui accorder un regard, ni un mot, et voguer vers d’autres rivages.

C’est le retour à la réalité, brutal. Finalement, cette grande indifférente, cette femme rebelle, méritait-elle mon amour? Et ce rival qui lui logea une balle dans la poitrine jadis, n’avait-il pas de bonnes raisons de le faire? Ne dissimulait-elle pas en elle les germes de la trahison et de la discorde? Cette femme tant aimée n’aurait-elle été que mensonge et dissimulation? Sa beauté, ses mots aiguisés pour séduire, sa grâce : autant de mensonges, développés au fil des ans par une créature dont les mots, comme autant de serpents, répandaient leur venin sur mes idéaux, une créature perverse et dangereuse, une traitresse, une abomination.

Arrivé à ce point, on pourrait se dire qu’il n’est pire chose que le philosémite puisse penser d’Israël, et qu’il ne pourra faire pire que de haïr cet Etat de 7 ou 8 millions d’habitants. Pourtant, il y a pire encore : le philosémite peut se convaincre qu’il se doit de sauver Israël d’elle-même [petit intermède : Israël doit-il être considéré comme un nom propre de genre masculin ou féminin? Dans l’attente d’une éventuelle réponse et dans l’intérêt de ce récit métaphorique, nous continuerons à employer le féminin].

Dès lors, la ridicule Flottille pour la paix prend tout son sens. Ainsi que la réaction européenne après l’abordage : « c’est donc qu’elle est à ce point diabolique? », ne vaudrait-il mieux pas qu’elle n’ait jamais existé…

L’antisémite est en apparence plus simple que le philosémite. Considérant Israël comme l’Etat juif, autrement dit l’abomination, il n’a de cesse de vouloir le délégitimer. Pour cela, il utilise les chambres à gaz, une création des juifs eux-mêmes qui n’hésitent pas, dans leur monstruosité, à inventer les histoires les plus abracadabrantes [on peut relire L’étoile mystérieuse pour s’en convaincre : tiens, étrangement, on en parle moins que de Tintin au Congo] pour arracher à la communauté internationale le bout de terre qui servira de base de départ à sa méthodique conquête du monde. On en baillerait presque si, au négationnisme, ne s’ajoutait le très rebattu complot juif intergalactique, qui, du Protocole des Sages de Sion au CRIF, en passant par l’Alliance martienne et le Modem, n’avait de cesse de comploter affreusement pour nous imposer, euh, on ne sait trop quoi, mais sûrement quelque chose de terrifiant et d’indiscible.

Bien évidemment, après Auschwitz, les antisémites n’obtiennent en Occident qu’une audience clairsemée. Ils prêchent donc dans le désert et profitent de la base de repli offerte par le monde arabo-musulman en attendant des jours meilleurs. Or, ces jours ont fini par arriver.

Car on rigole, on s’amuse, mais pendant ce temps, une ligne de convergence vient de s’établir entre philo et antisémites : pour sauvegarder leur idéal, Israël doit être anéanti. Le discours de la délégitimation de l’existence d’Israël triomphe désormais en Europe. La femme au port altier est rattrapée par l’ancien amoureux, qui tente vainement de dissimuler ses bouffées de ressentiment sous le masque du transport sentimental ou de la rationalisation absurde.

Cette convergence est facilitée par une double évolution dans la thèse du complot juif : d’une part, la focalisation malsaine et pleurnicharde des sociétés européennes sur Auschwitz semble accréditer la thèse antisémite selon laquelle les juifs imposent leur domination par l’appel à la mémoire torturée (et donc à la faiblesse) des Européens. D’autre part, les bons rapports entre Israël et les communautés juives américaine ou française, chacune structurée par des organisations représentatives (AIPAC et Crif), offre un point de fixation concret à la théorie du complot mondial, qui peut ainsi être rationalisée sans avoir recours aux ridicules Protocoles et autres Illuminatis.

Et cette convergence ne se masque même plus, désormais, les tenants de l’ancien philosémitisme participant sans remords aux opérations de propagande du Hamas. Certes, leurs cries d’orfraie dès lors qu’on les place face au fait accompli réussissent à tromper quelques bonnes âmes.

Mais point de faux-semblants pour l’Eve, cette première femme qui en a vu passer des antisémites, par convois entiers. Remettre en cause la légitimité de l’Etat d’Israël, c’est remettre en cause son droit à l’existence. C’est donc, pour ceux qui ont le courage de leur opinion, rejeter en toute conscience 7 millions de juifs à la mer. Comment donc, « nous ne voulons pas cela »? Tant de commentaires haineux sur rue89 et le monde.fr pour maintenant jouer les mijorées? Lâches que vous êtes! Inconséquents dans votre sentimentalisme pleurnichard comme dans votre haine rance!

J’en viendrais presque à croire que c’est l’inconséquence de ses ennemis qui sauvera Israël, bien plus que ses chars d’assaut!

Quant à moi, je m’en vais rêver à un retour du racisme. Un racisme beau, neuf et parfait, qui puisse tout à la fois convaincre le monde de l’éminente supériorité de la race blanche tout en se parant du masque de la vertu et du droit international.

Mieux, je m’en vais rêver d’une résolution de l’ONU promouvant la supériorité de l’Occident, et qui sera, je n’en doute pas, approuvée par les représentants des races dégénérées d’Afrique et d’Asie sans que cela ne pose le moindre problème aux si nombreuses -et si dévouées- bonnes consciences que compte l’Europe occidentale…

Pensée du jour

juin 2, 2010

« C’était comme dans un film de guerre »

Un passager grec, à propos de sa croisière en Méditerranée orientale.

Engagez-vous!

mai 31, 2010

Tu es européen, tu es jeune, tu te sens concerné par l’avenir du monde, le sort des Palestiniens et la cuisine à l’huile, tu es plein d’énergie mais tu ne sais pas comment exprimer ton amour débordant pour les grandes causes de ce monde? Rejoins donc la Flotte de la liberté!

La Flotte de la liberté te permettra de voyager en Méditerranée (tous frais payés*) à la découverte de paysages sublimes. Embarque sur un bateau de la liberté, et vient sillonner la mer sur les traces des grands citoyens engagés du passé, d’Ulysse à Pythéas, à la découverte des subtiles sirènes de notre temps, qui accompagneront de leur chant béni**  la mission humanitaire de la Flotte.

A travers ses escales nombreuses, la Flotte de la liberté te donnera un vaste aperçu de cette mer aux enjeux si complexes et fascinants. A chaque escale, tu auras l’occasion de confronter ta révolte et ton écoeurement à la révolte et à l’écoeurement de tant d’autres européens, qui, comme toi, sont révoltés et écoeurés du capitalisme, de la faim dans le monde, de la cuisine au beurre et du sort réservé aux Palestiniens par l’Etat impérialiste et colonialiste d’Israël. Chaque rencontre contribuera ainsi à forger une opinion pro-palestinienne et une révolte contre le sionisme criminel qui te sera propre, et fera de toi un être exceptionnel, citoyen éclairé et conscient des enjeux de notre temps!

Ainsi, devenu un homme nouveau dans les embruns de la mer millénaire, tu débarqueras sur les plages de Gaza***, cette immense prison à ciel ouvert dans laquelle survivent un million de Palestiniens, enfermés là sans raison par l’hydre sioniste. Tu y seras accueilli avec joie par nos représentants sur place qui t’indiqueront les chambres d’hôtel réservées par nos soins. La durée du séjour sur place dépendant de notre cher organisateur, tu pourras en profiter pour offrir tes talents aux chers administrateurs et amis de Gaza, qui donnent jusqu’à la dernière goutte de leur sueur pour le réconfort et le soutien aux civils gazaouis victimes de l’oppresseur sioniste. Là-bas, tu découvriras une nouvelle forme d’entraide et de générosité qui te permettront d’oeuvrer dans le sens des valeurs critiques et populaires que tu auras appris à apprécier durant ton périple.

Citoyen engagé, rejoins-nous donc!

Ceci est un message promotionnel en faveur de l’association « une flotte pour la Palestine »****


* La direction décline toute responsabilité dans les frais supplémentaires éventuellement occasionnés par la situation politique de certaines escales. Prévoir devises (euro, dollar, sterling, yen, CFA, -éventuellement deutsche mark pour parer à toute éventualité) en cas d’immobilisation imprévue du navire pour cause de déroutement ou d’abordage, ainsi que des cartes au 1/50 000 en cas (très peu probable) d’échouage.
** prévoir des écouteurs pour les heures de prières, auxquelles la direction recommande d’ailleurs de participer quelques fois (voir la partie « ouverture culturelle » du guide de voyage, p. 7 à 9).
***  La direction décline toute responsabilité en cas de problème dans le débarquement. Lors d’un éventuel abordage, veuillez vous conformer aux règles de sécurité définies en pages 12 et 13 (paragraphes 1.5 à 1.9), ainsi que les suppléments « inconvénients de voyage » réservés aux cas d’abordages par des troupes manifestement hostiles. Nous rappelons aux aimables participants que le lancer de tomates, d’oeufs ou de tout objet contondant sur des troupes hostiles reste déconseillé par l’ensemble de nos guides touristiques.
**** Association à but non lucratif. Vous pouvez contacter nos différents services aux agences suivantes : Beyrouth, Gaza, Londres, Sarajevo, Shiraz, Teheran, Tripoli, Tyr.